Japon : l’échec grandeur nature du keynésianisme

Les 20 ans de crise de l’économie du Japon soulignent les dangers des politiques keynésiennes qui ne font grimper que la dette sans relancer l’économie.

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Japon : l’échec grandeur nature du keynésianisme

Publié le 18 février 2013
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Les 20 ans de crise de l’économie du Japon soulignent les dangers des politiques keynésiennes qui ne font grimper que la dette sans relancer l’économie.

Par Yann Henry.

Shinzo Abe, premier ministre japonais, en 2012

Shinzo Abe est redevenu premier ministre du Japon en décembre dernier suite à la victoire de son parti, le Parti libéral-démocrate, aux dernières élections législatives. Son plan pour relancer l’économie japonaise est purement keynésien, ce qui ne manque pas de surprendre puisque c’est précisément le remède qui est administré depuis près de deux décennies dans ce pays, et ce avec une inefficacité notoire.

L’État va ainsi injecter 87 milliards d’euros dans l’économie. Ceux-ci vont se répartir entre des rénovations d’infrastructures (routes, ponts ou écoles), des investissements dans des secteurs considérés d’avenir et des dépenses sociales.

Le gouvernement de Shinzo Abe espère ainsi créer 600 000 emplois et obtenir une croissance de 2% dès la prochaine année fiscale (qui débute en avril). Mais des doutes ont déjà été émis sur la pertinence de ces travaux et certains commentateurs n’y voient même qu’une liste permettant d’atteindre le montant symbolique de la promesse électorale de 10 000 milliards de yens.

Il y a quelques mois, le FMI avait préconisé l’adoption par la Banque du Japon (BoJ) d’un plan pour relancer l’économie. Celui-ci consistait à :

  • relâcher sa politique monétaire ;
  • étendre son programme de rachats d’actifs pour réinjecter des liquidités dans le système bancaire ;
  • relever son objectif d’inflation ;
  • monétiser la dette souveraine de manière plus durable en échangeant les courtes maturités contre des plus longues.

Le gouverneur de la BoJ, Masaaki Shirakawa, avait alors opposé une fin de non-recevoir en jugeant sa politique d’alors « appropriée ». Il se fait en effet peu d’illusions sur l’efficacité de la planche à billets et admet l’échec de ce type de politique : « Pour le moment, l’effet de notre politique monétaire de stimulation de l’économie est très limité. La monnaie est là, la liquidité est abondante, les taux d’intérêts sont très bas, mais les entreprises n’utilisent pas ces conditions financières accommodantes. Le retour sur investissement est trop bas ».

Malheureusement pour Masaaki Shirakawa, Shinzo Abe a repris à son compte les propositions du FMI, notamment sur les taux directeurs et l’inflation. Le deuxième axe de cette politique volontariste consiste ainsi à faire pression sur la BoJ afin que celle-ci adopte une politique monétaire encore plus laxiste et relève son objectif d’inflation annuelle à 2% (contre 1% actuellement). L’indépendance de la BoJ a volé en éclats et le gouverneur a cédé en revoyant à la hausse son objectif d’inflation et en promettant un rachat illimité d’actifs financiers (majoritairement de la dette souveraine) à partir de 2014. Un rythme de 11 milliards d’euros mensuels a été évoqué. Shinzo Abe pouvait jubiler : « C’est historique. Nous changeons de régime monétaire ».

La politique de taux bas a historiquement été peu efficace. On le voit en effet sur le graphique ci-dessous : les taux directeurs sont inférieurs à 1,00% sans discontinuer depuis le 2e semestre 1995, et ce sans impact notable sur la croissance. Le PIB n’a depuis progressé en termes réels que de 14%, soit une progression annuelle moyenne de 0,8% par an.

On constate également que cette baisse des taux courts a fortement pesé sur les taux longs, qui sont depuis la fin des années 1990 sous la barre de 2%, mais cela n’a pas coïncidé pour l’État japonais avec une maîtrise de sa dette. Au contraire, les gouvernements successifs ont profité de ces conditions favorables pour augmenter les dépenses publiques et l’endettement, comme le montre le graphique qui suit.

Le cocktail miracle keynésien de taux bas conjugués avec des déficits publics et de la création monétaire s’est donc révélé inefficace pour la croissance japonaise mais a permis au contraire de creuser une dette colossale.

Nous verrons dans un prochain article comment cet endettement massif a pu se produire alors que dans certains pays de la zone euro, des endettements moindres ont provoqué une explosion des taux d’emprunt et une fermeture de l’accès aux marchés financiers. Nous étudierons également les conséquences et dangers pour le Japon qui peuvent être engendrés par la politique du nouveau gouvernement.


Publié initialement par 24hGold.

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  • Dommage ! Keynes a pourtant inventé une martingale très fun : quand tu manques de fric, tu en dépenses d’avantage, et tout va bien mieux !

    Pas belle, la vie ? 🙂

  • quand j’etait petit, je ne comprenais pas pourquoi il y avait des pauvres, car je voyait les gens se servir au distributeur de billets et ils pouvaient en prendre autant qu’ils en avaient besoin…

    dans l’ ex URSS, il devait faire comme cela, mais quand il allaient au magazin, la, il n’y avait rien a acheter, et les gens devait faire la queue une bonne partie de la journée.
    c’est beau le socialisme, tout de mème.

  • Le keynésianisme est une trappe à dettes (avant dernier §) mais c’est surtout, plus grave, un attrape-cons

  • La volonté politique n’a rien à voir avec Keyne.

  • concernant keynes, la relance par le deficit n’etait pas forcement stupide dans les années 30 au prise avec une grave crise deflationniste, et alors que les etats n’avaient pas de deficits structurels.
    mais de nos jours, cela fait bientot 40 ans que les etats occidentaux sont en deficit: la solution ponctuelle est devenu le problème permanent

  • Les commentaires sont fermés.

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