Encore un Epic Fail de la HADOPI

Pendant que la France s’enferre avec HADOPI, son peuple et le reste du monde continue de partager à tout va.

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Encore un Epic Fail de la HADOPI

Publié le 17 février 2013
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Ah, Internet ! Quand on ne sait pas trop quoi raconter le dimanche pour détendre l’atmosphère, il suffit de lancer ce sujet là et c’est la foire d’empoigne assurée autour du gigot aux flageolets de belle-maman. Pour assurer un minimum de sport, il faudra glisser les mots sécurité, pédophilie, ou terrorisme et droit d’auteur. Ensuite, l’actualité politique suffira à alimenter la bataille.

Et justement, dans l’actualité, il suffira de regarder un peu les habituels télescopages entre les pignoufs invétérés d’un côté et la dure et compacte réalité de l’autre pour trouver deux douzaines de sujets. Aujourd’hui, je me contenterai d’un seul, à la fois amusant et illustrant à merveille comment on peut taper avec obstination à côté d’une plaque pourtant fort étendue.

Tout commence il y a quelques jours, du côté de l’HADOPI.

Pour les francophones non-français qui me lisent mais ne sauraient pas de quoi il s’agit, voici un petit rappel : HADOPI est la Hautotorité née du mariage consanguin de la politique culturelle foutraque à la française avec le lobbyisme capitalistique éhonté d’une poignée de dinosaures du cinéma et de la musique, et aura assuré le rayonnement français de l’incompétence consternante de ses dirigeants à comprendre, même vaguement, Internet, les clients des majors et le marché culturel en général.

N’oubliez pas : HADOPI, ce sont des milliers de pages de textes de loi écrits tout petit pour sa création, plusieurs litres de café par jour, des douzaines de crayons mâchouillés au bout chaque semaine, des milliers d’heures de processeurs utilisées intensivement dans l’observation des petits internautes, et surtout, trois condamnations à des peines ridicules et 12 millions d’euros cramés par an pour ce résultat grandiose.

Logo HADOPI : haute autorité destinée à observer les petits internautes

HADOPI, ce sont aussi des rapports, des centaines de bricolages statistiques rigolos pour parvenir à justifier sa propre existence, et des études, c’est-à-dire d’autres dizaines de pages permettant de tester toutes les options enfouies de Microsoft Word. Dans l’une de ces études, on en trouve récemment une qui nous annonce, sans rire, je cite,

Les 15-18 ans… se montrent globalement les plus concernés par les droits d’auteur avec un regard plus responsable concernant leurs pratiques illicites.

Grâce à un sondage CSA, la HADOPI est arrivée à la conclusion stupéfiante qu’elle (et d’autres) aurait eu un impact sur les 15-18 ans en les faisant réfléchir sur les droits d’auteur et qu’elle aurait un peu permis à cette génération montante de comprendre que Le Piratage, C’est Pas Beau.

Comme c’est mignon.

Il ne faut pas oublier que HADOPI est exactement au piratage et à la pratique internautique ce que les sites du gouvernement en matière de mangibougisme sont à la consommation de pizzas, de plats préparés (lasagnes au cheval y compris) et autres mets trop gras, trop salés, trop sucrés et trop plein de fun que la morale réprouve : à savoir que tout le monde écoute poliment, et que tout le monde s’en fiche aussi poliment, à l’instar des rodomontades inappropriées de vieux grincheux coincés dans un autre siècle.

En clair, le sondage montre surtout que les 15 – 18 ans ont compris ce qu’il fallait répondre pour ne pas subir la réprobation de leurs aînés mais qu’en pratique, ils font exactement comme eux, dans la même lignée.

Pourquoi suis-je aussi persuadé tant de la parfaite inutilité des messages de la HADOPI que des erreurs de conclusions tirées du récent sondage ?

Eh bien c’est essentiellement Kim Dotcom qui m’a rencardé. Oh, pas moi personnellement, mais simplement, ce brave homme n’a rien trouvé de mieux à twitter, ce samedi, que ceci :

Eh oui, comme il l’indique ici, la France est actuellement la première source de revenus de l’hébergeur de fichiers encryptés. Cela n’a pas manqué de sauter aux yeux de la presse spécialisée qui arrive à la même conclusion que moi : la France est première du classement notamment grâce aux « efforts » de la HADOPI pour, justement, culpabiliser les internautes. Kim montre par l’exemple que les gens (les 15-18 ans comme tous les autres) sont prêts à payer avec du bon argent bien lourd pour pouvoir échanger directement des fichiers dont une majeure partie, il va sans dire, est issue de l’industrie musicale et cinématographique, et ce en parfaite violation du droit d’auteur. Autrement dit, c’est encore un Epic Fail pour la HADOPI qui les enfile comme des nouilles sur un collier à la fête des mères.

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Et si l’on se remémore les chiffres récents concernant justement le partage de fichiers, le doute est difficilement permis : selon les mesures effectuées par ComScore fin 2010, plus de 7,4 millions d’internautes français fréquentaient MegaUpload du temps où cela existait ; MegaVidéo attirait trois millions d’internautes français fin 2011 et était la troisième plateforme en nombre de visionnages et d’heures consommées. En 2010, la Hautotorité était mise en place. En 2013, la France se classe en première place des abonnements payants chez Mega.

Tout ceci serait une coïncidence ?

Serait-ce une coïncidence qu’à mesure que l’État français essaye chaque jour un peu plus de fliquer internet, les internautes se renseignent de mieux en mieux en matière de cryptage, de VPN, ou de solutions simples et abordables pour contourner les restrictions et l’espionnage dont ils sont victimes ? Est-ce une coïncidence si on observe le même mouvement outre-Atlantique (les États-Unis sont en quatrième position dans la liste de Dotcom, tout de même) alors que, précisément, cet État verse lui aussi dans la surenchère policière ?

Au-delà de l’aspect franchement réjouissant des plantages répétés de la HADOPI, plantages qui, chaque jour, montrent l’aspect contre-productif de cette institution, le mouvement général des gouvernements de la planète, qui consiste essentiellement à empiler les systèmes de surveillance sur internet aux lois qui donnent maintenant de larges facilités aux autorités pour s’insinuer dans la vie privée des citoyens, ce mouvement général n’est pas fortuit. Longtemps, les politiciens ont été débordés par la vague numérique et pendant des années, ils ont considéré cet outil comme une simple mode, un nouveau média propre à assurer leur publicité ou à répandre les informations qu’ils voulaient pour asseoir leur pouvoir.

Petit à petit leur est cependant apparu qu’Internet offre une nouvelle possibilité pour que tous les individus s’emparent à nouveau de leur liberté d’expression et qu’ils puissent enfin s’exprimer directement, sans passer par les intermédiaires bien balisés, régulés et muselés que les politiciens se sont employés à borner (presse, radio, télévision, essentiellement). En clair, Internet supprime le monopole d’expression des politiciens, autoproclamés représentants et porte-paroles officiels du peuple.

La perte de crédibilité de ces derniers, qu’on observe actuellement dans toutes les démocraties, provient essentiellement de ce facteur : les citoyens sont maintenant à même d’exprimer directement leur opinion, sans passer par les factotums plus ou moins ridicules ou déformants que sont les élus. En outre, Internet dispose d’une mémoire eidétique, ce dont les politiciens se passeraient fort bien. Si l’on ajoute, par dessus ces deux énormes « défauts », celui d’affranchir les individus de la rareté artificielle qu’introduit un droit d’auteur pensé exclusivement pour le monde physique, on comprend que museler Internet, de toutes les façons possibles, devient un but vital pour les gens de pouvoir. HADOPI n’est, finalement, qu’un exemple de cette démarche.

Les législateurs des pays dits libres parviendront-ils à leurs fins ? J’espère que non.
—-
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  • Présenter un voleur patenté, Kim Dotcom, comme un nouveau chevalier des temps modernes et comme l’homme providentiel qui va nous sauver des griffes de méchants états, on aura tout lu et entendu ! Je rappelle que Kim Doctom ne vole pas les Etats, ce serait un peu plus courageux comme positionnement à la Robin des Bois, et comme prouesse technologique (par exemple s’attaquer aux sites des ministères, des services secrets, de la CIA, du Pentagone, ça aurait un peu plus de gueule…). Non, là il s’agit seulement bien d’un escroc, d’une petite frappe, qui vole des particuliers et entreprises créateurs de biens physiques et intellectuels. Mais où va se nicher la conscience et la morale des commentateurs qui veulent nous faire croire à leur couplet moralisateur protecteur des libertés quand il s’agit de droits d’auteurs et de protection des brevets. Peut-être dans la phrase historique de Lao Tseu : « Souvent le vrai résonne comme le faux et le faux résonne comme le vrai. » Il est vrai que l’esprit français se prête admirablement à ces thèses, antithèses, synthèses qui masquent la criante vérité en l’espèce : les créateurs sont spoliés. Il faut le dire. Non Kim Doctom n’est pas Jésus Christ, un martyr, mais bien Judas, le voleur, le violeur des droits universellement défendus par la DUDHC et appliqués dans les démocraties, le menteur, l’escroc qui spolie et appauvrit les individus créateurs et les entreprises qui les produisent, ce en se faisant passer pour le défenseur, alors qu’il n’est que le receleur, le gourou manipulateur pervers d’une jeunesse en quête de repères, pris à son piège sémantique et idéologique. En France le mensonge est devenu une profession, a pignon sur rue, preuve en donne l’exemple chaque jour le personnel politique qui maintenant creuse le sol, et c’est une habitude que la gauche a bien ancré dans les têtes, comme partout ailleurs, par son «mentez, mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose» aphorisme que l’on attribue à Lenine et à Goebbels, les deux idéologues socialistes qui ont précipité le XX ème siècle dans le chaos que l’on sait. Mais le miroir se brise. Messieurs les menteurs, le XXème siècle socialiste est fini. Vous aussi. La propriété, physique, littéraire et morale, est un droit inaliénable, ne vous déplaise ! Kim Doctom est allemand et adepte de Lenine, comme chacun sait, mais l’histoire ne se repettera pas. La dictature commence toujours par la spoliation de la propriété privée, puis après, suivent les lancinantes descentes aux enfers, comme la chute des dominos… Que le trop jeune h16 relise ses livres d’histoire, les vrais, ceux racontés par les Churchill et le De Gaulle, pas les réécritures imposées par le marxisme barbu dans les cours d’histoire de la deuxième moitié du XX ème siècle. On peut certes dire que les Etats cherchent à contrôler les réseaux, c’est logique et vrai, assez utile aussi pour contrôler les fraudes massives, les mafias et les terrorismes, qui transitent librement par ce biais, mais de là à dire que Kim Doctom est le héros de la résistance, pourquoi pas choisir Illich Ramirez.

    • Carriage Return. Not For The Faint Of Heart.

      Sur le fond : n’importe quoi. Outre l’absence pathétique (et parfaitement logique) de tout argument solide en faveur de la propriété intellectuelle, la méconnaissance du commentateur tant du sujet que du billet en lui-même (où est-il dit que Dotcom serait un héros quelconque ?) montre que notre petit bonhomme a mis beaucoup trop d’affectif dans la question. Dès lors, une discussion rationnelle est d’ores & déjà inutile.

    • Sauf que l’article n’a pas du tout pour but de faire passer Kim Dotcom pour un chevalier ou un héros.

      Hadopi ne fonctionne pas car elle vise uniquement le P2P, aujourd’hui, tout le monde est passé au ddl ou au streaming (et le temps que l’état s’en rende compte, les moyens de télécharger auront encore changer).

      Sans vouloir défendre Dotcom, MU, ou les autres sociétés d’hébergements de fichiers (car il n’est pas tout seul le bougre, y’a du monde sur le coup), le téléchargement « illégale » à des avantages (et ça, même pour les auteurs), et devrait nous faire se remettre en question et revoir la façon de distribuer les œuvres.

  • Adorateur du dieu Internet, l’excellent h16 délire gentiment en écrivant que le  » droit d’auteur interdit une rareté artificielle  » et perd le bon sens qui fait, sur tout autre sujet, la force de ses écrits.

  • La copie, un modèle communiste qui déplait au modèle capitaliste.

    • En fait c’est exactement l’inverse … La rareté artificielle protégée par l’État tient du communisme, privilège réservé, monopole. Libre = capitaliste, droit d’auteur = communisme.

  • Excellent édito, et fort bien écrit.

  • http://www.schneier.com/crypto-gram-1302.html

    (Désolé, c’est en anglais).

    Concernant la sécurité et internet et le rôle des gouvernements, les trois premiers articles sont très intéressants.

    Autre point à noter (pour mieux comprendre) : le chiffrement actuel est, à ce jour (RSA-2048+AES-256), réellement incassable — même par des nuages d’ordinateurs (clouds). La SEULE manière d’avoir d’en obtenir la version en clair, c’est de connaître la clef (il y a aussi les attaque du genre « man-in-the-middle », mais là, c’est encore autre chose, car nécessairement ciblé et prémédité). Quand on sait que pour les signatures et les chiffrements certifiés par certificats le leader mondial est Verisign Inc., société éminemment américaine et que les certificats de nombre de nos banques françaises, par exemple, sont enregistrés auprès de Verisign Inc…
    Joyeuse parano’ à tous et bienvenu dans le monde merveilleux des e-bisounours !

    Et fraserve, dans le premier commentaire, nous sert surtout de l’émotionnel : le droit d’auteur est une invention « récente » datant des années 1790 (à la suite d’une boutade) : avant les musiciens vivaient sur contrats, ce qui est beaucoup plus logique pour tout le monde. Quant aux brevets, ils sont très importants pour protéger la propriété industrielle (matérielle, théoriquement bien délimitée et parfaitement définie, quoiqu’ils soulèvent déjà le problème de la recherche d’antériorité, la compétence des agent, etc., mais bon), mais sont un frein épouvantable dès qu’il s’agit de protéger des contenus intellectuels, au contours, par définition, flous et imprécis (i.e. : les logiciels, d’où l’importance des logiciels libres). Ces derniers ne sont pas utilisés comme ils devraient l’être, mais bien comme arme de dissuasion massive par les grand groupes, comme Microsft, Google, etc., du genre « j’ai 37000 brevets et toi seulement 28600 ? Bon, alors laisse tomber. Sachant que le pecus vulgum n’a pas les moyens financier de se protéger, il n’a en général d’autre solution que de négocier une vente au rabais à celui qui l’a copié).

  • C’est moi ou l’etude csa mentionne que la population sondee des 15/18 ans est de 2 groupes de 4/5 individus? Soit un extraordinaire echantillon representatif de moins de 10 personnes ? FAIL!

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Par h16.

Dix ans déjà ! C'est formidable, comme le temps passe vite ! Eh oui, il y a 10 ans, était instaurée la Haute Autorité Destinée à Observer les Petits Internautes, HADOPI pour faire court, qui, outre une consternation compacte chez tous les acteurs d'Internet un tant soit peu compétents, déclenchait immédiatement la mise en place de toute une série d'intéressantes mesures dont on peut maintenant mesurer les effets réels.

Ah, 2009 ! Rappelez-vous, c'était la fin des années disco tecktonik et Internet était encore, dans l'e... Poursuivre la lecture

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Par h16.

Pour les politiciens français, toute liberté n'est que menace. Elle doit être sévèrement encadrée, régulée voire réprimée si c'est possible puisqu'elle représente une façon de s'affranchir de l'influence de l'État et, plus concrètement, de s'affranchir de leur pouvoir. Or, si les députés, les ministres et tous les autres élus se sont bien fait suer pour arriver là où ils sont, ce n'est certainement pas pour voir se débiner sans mal ceux sur lesquels ils entendent régner, scrogneugneu !

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Par Yann Boutaric.

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