Encore un Epic Fail de la HADOPI

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Pendant que la France s’enferre avec HADOPI, son peuple et le reste du monde continue de partager à tout va.

Ah, Internet ! Quand on ne sait pas trop quoi raconter le dimanche pour détendre l’atmosphère, il suffit de lancer ce sujet là et c’est la foire d’empoigne assurée autour du gigot aux flageolets de belle-maman. Pour assurer un minimum de sport, il faudra glisser les mots « sécurité », « pédophilie », ou « terrorisme » et « droit d’auteur ». Ensuite, l’actualité politique suffira à alimenter la bataille.

Et justement, dans l’actualité, il suffira de regarder un peu les habituels télescopages entre les pignoufs invétérés d’un côté et la dure et compacte réalité de l’autre pour trouver deux douzaines de sujets. Aujourd’hui, je m’en contenterai d’un, à la fois amusant et illustrant à merveille comment on peut taper avec obstination à côté d’une plaque pourtant fort étendue.

Tout commence il y a quelques jours, du côté de l’HADOPI. Pour les francophones non-français qui me lisent mais ne sauraient pas de quoi il s’agit, voici un petit rappel : HADOPI est la Hautotorité née du mariage consanguin de la politique culturelle foutraque à la française avec le lobbyisme capitalistique éhonté d’une poignée de dinosaures du cinéma et de la musique, et aura assuré le rayonnement français de l’incompétence consternante de ses dirigeants à comprendre même vaguement internet, les clients des majors et le marché culturel en général. N’oubliez pas : HADOPI, ce sont des milliers de pages de textes de loi écrits tout petit pour sa création, plusieurs litres de café par jour, des douzaines de crayons mâchouillés au bout chaque semaine, des milliers d’heures de processeurs utilisées intensivement dans l’observation des petits internautes, et surtout, 3 condamnations à des peines ridicules et 12 millions d’euros cramés par an pour ce résultat grandiose.

Logo HADOPI : haute autorité destinée à observer les petits internautes

HADOPI, ce sont aussi des rapports, des centaines de bricolages statistiques rigolos pour parvenir à justifier sa propre existence, et des études, c’est-à-dire d’autres dizaines de pages permettant de tester toutes les options enfouies de Microsoft Word. Dans l’une de ces études, on en trouve récemment une qui nous annonce, sans rire, je cite,

Les 15-18 ans … se montrent globalement les plus concernés par les droits d’auteur avec un regard plus responsable concernant leurs pratiques illicites.

Grâce à un sondage CSA (qu’on peut lire en détail ici), la HADOPI est arrivée à la conclusion stupéfiante qu’elle (et d’autres) aurait eu un impact sur les 15-18 ans en les faisant réfléchir sur les droits d’auteur et qu’elle aurait un peu permis à cette génération montante de comprendre que Le Piratage, C’est Pas Beau.

Comme c’est mignon.

Il ne faut pas oublier que HADOPI est exactement au piratage et à la pratique internautique ce que les sites du gouvernement en matière de mangibougisme sont à la consommation de pizzas, de plats préparés (lasagnes au cheval y compris) et autres mets trop gras, trop salés, trop sucrés et trop plein de fun que la morale réprouve : à savoir que tout le monde écoute poliment, et que tout le monde s’en fiche aussi poliment, à l’instar des rodomontades inappropriées de vieux grincheux coincés dans un autre siècle. En clair, le sondage montre surtout que les 15 – 18 ans ont compris ce qu’il fallait répondre pour ne pas subir la réprobation de leurs aînés mais qu’en pratique, ils font exactement comme eux, dans la même lignée.

Pourquoi suis-je aussi persuadé tant de la parfaite inutilité des messages de la HADOPI que des erreurs de conclusions tirées du récent sondage ?

Eh bien c’est essentiellement Kim Dotcom qui m’a rencardé. Oh, pas moi personnellement, mais simplement, ce brave homme n’a rien trouvé de mieux à twitter, ce samedi, que ceci :

Eh oui, comme il l’indique ici, la France est actuellement la première source de revenus de l’hébergeur de fichiers encryptés. Cela n’a pas manqué de sauter aux yeux de la presse spécialisée qui arrive à la même conclusion que moi : la France est première du classement notamment grâce aux « efforts » de la HADOPI pour, justement, culpabiliser les internautes. Kim montre par l’exemple que les gens (les 15-18 ans comme tous les autres) sont prêts à payer du bon argent bien lourd pour pouvoir échanger directement des fichiers dont une majeure partie, il va sans dire, sont issus de l’industrie musicale et cinématographique, et ce en parfaite violation du droit d’auteur. Autrement dit, c’est encore un Epic Fail pour la HADOPI qui les enfile comme des nouilles sur un collier à la fête des mères.

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Et si l’on se remémore les chiffres récents concernant justement le partage de fichiers, le doute est difficilement permis : selon les mesures effectuées par ComScore fin 2010, plus de 7,4 millions d’internautes français fréquentaient MegaUpload du temps où cela existait ; MegaVidéo attirait 3 millions d’internautes français fin 2011 et était la troisième plateforme en nombre de visionnages et d’heures consommées. En 2010, la Hautotorité était mise en place. En 2013, la France se classe en première place des abonnements payants chez Mega.

Tout ceci serait une coïncidence ?

Serait-ce une coïncidence qu’à mesure que l’État français essaye tous les jours un peu plus de fliquer internet, les internautes se renseignent de mieux en mieux en matière de cryptage, de VPN, ou de solutions simples et abordables pour contourner les restrictions et l’espionnage dont ils sont victimes ? Est-ce une coïncidence si on observe le même mouvement outre-Atlantique (les États-Unis sont en quatrième position dans la liste de Dotcom, tout de même) alors que, précisément, cet état verse lui aussi dans la surenchère policière ?

Au-delà de l’aspect franchement réjouissant des plantages répétés de la HADOPI, plantages qui, chaque jour, montrent l’aspect contre-productif de cette institution, le mouvement général des gouvernements de la planète, qui consiste essentiellement à empiler les systèmes de surveillance sur internet aux lois qui donnent maintenant de larges facilités aux autorités pour s’insinuer dans la vie privée des citoyens, ce mouvement général n’est pas fortuit. Longtemps, les politiciens ont été débordés par la vague numérique et pendant des années, ils ont considéré cet outil comme une simple mode, un nouveau média propre à assurer leur publicité ou à répandre les informations qu’ils voulaient pour asseoir leur pouvoir.

Petit à petit leur est cependant apparu qu’internet offre une nouvelle possibilité pour que tous les individus s’emparent à nouveau de leur liberté d’expression et qu’ils puissent enfin s’exprimer directement, sans passer par les intermédiaires bien balisés, régulés et muselés que les politiciens se sont employés à borner (presse, radio, télévision, essentiellement). En clair, internet supprime le monopole d’expression des politiciens, autoproclamés représentants et porte-paroles officiels du peuple.

La perte de crédibilité de ces derniers, qu’on observe actuellement dans toutes les démocraties, provient essentiellement de ce facteur : les citoyens sont maintenant à même d’exprimer directement leur opinion, sans passer par les factotums plus ou moins ridicules ou déformants que sont les élus. En outre, internet dispose d’une mémoire eidétique, ce dont les politiciens se passeraient fort bien. Si l’on ajoute, par dessus ces deux énormes « défauts », celui d’affranchir les individus de la rareté artificielle qu’introduit un droit d’auteur pensé exclusivement pour le monde physique, on comprend que museler internet, de toutes les façons possibles, devient un but vital pour les gens de pouvoir. HADOPI n’est, finalement, qu’un exemple de cette démarche.

Les législateurs des pays dits libres parviendront-ils à leurs fins ? J’espère que non.
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