Apple : la légende de la Pomme sur la Montagne de billets

Détenteur de plus d'un million d'actions, M. Einhorn a saisi la justice pour qu'Apple libère une partie de son trésor à destination des actionnaires.
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Apple : la légende de la Pomme sur la Montagne de billets

Publié le 15 février 2013
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Détenteur de plus d’un million d’actions, M. Einhorn a saisi la justice pour qu’Apple libère une partie de son trésor à destination des authentiques propriétaires de la firme, les actionnaires, sous forme du dividende.

Par Stéphane Montabert.

L’évocation du Trésor Géant d’Apple sur Contrepoints est une lecture conseillée. La plume talentueuse de Georges Kaplan décrit le magot sur lequel est assis la firme de Cupertino :

[Au] dernier pointage, au 29 décembre 2012, Apple détenait pas moins de 137,112 milliards de dollars sous forme de liquidités, de fonds d’investissement, d’actions, de bons du Trésor et autres actifs financiers ; soit pratiquement 70% du total de son bilan. Disons les choses clairement : c’est énorme ; au cours actuel, c’est largement assez pour racheter 48 fois Peugeot ou 60% des actions de Microsoft.

Si Apple a accumulé un tel trésor de guerre, c’est pour trois raisons : primo, depuis le lancement des iPhones et autres iPads, la firme californienne gagne énormément d’argent ; deuxio, elle ne verse pas de dividendes à ses actionnaires (tout au plus rachète-t-elle quelques actions de temps en temps) ; tertio, et c’est là que le bât blesse, elle n’a pas réinvestit cette petite montagne de dollars dans son appareil de production.

Et l’auteur de s’interroger sur les droits des actionnaires face à la mauvaise volonté manifeste d’Apple de partager les bénéfices avec eux. Mais il ne fait qu’entrouvrir la porte d’une situation aussi étrange que potentiellement explosive pour toute l’économie mondiale… Des perspectives qui requièrent quelques explications.

Une action représente une fraction du droit de propriété d’une entreprise. À ce titre, elle accorde à son propriétaire le droit de percevoir un dividende, une part du bénéfice, s’il y en a. La promesse du dividende explique à elle seule la valeur de l’action. Une action assortie d’un dividende toujours nul serait sans aucune valeur. Qui engagerait son épargne dans une aventure dénuée de toute promesse de gain ?

Si le dividende peut être nul un certain temps, il n’a pas vocation à le rester éternellement.

Les sociétés américaines ont une tradition historique de niveaux élevés de dividendes. La rémunération maximale des actionnaires a longtemps été la règle outre-atlantique. La pratique a vu ses limites en temps de crise, lorsque ces entreprises généreuses se retrouvèrent fort dépourvues. Comment moderniser sa gamme et se renouveler sans argent de côté ? Comment se défendre contre la concurrence quand tout a été distribué aux actionnaires jusqu’au dernier sou ?

Quelques déconvenues retentissantes dans les années 90 provoquèrent une remise en cause de la stratégie : rémunérer l’actionnaire certes, mais en gardant aussi de quoi assurer un changement de cap en cas de coup dur.

Parfaitement conscient de ces errements au moment de secourir Apple, Steve Jobs insista carrément pour que la société ne verse aucun dividende. Tout le monde comprit le message : qu’elle utilise plutôt l’argent pour sa propre croissance. Si l’absence totale de partage du bénéfice par une société profitable fut une nouveauté pour le monde financier, les investisseurs s’en accommodèrent bien vite. Après tout, ils ne renonçaient à un dividende immédiat que contre la promesse d’un dividende futur redoublé !

C’est ainsi que, quasiment sans jamais verser d’argent à ses actionnaires, l’action d’Apple atteignit des sommets, au point de devenir pendant une partie de l’année 2012 la première capitalisation boursière mondiale.

Mais qui dit sommets vertigineux dit sommets dangereux…

Pendant les années fastes, Apple alla beaucoup trop loin. Nous ne sommes plus dans l’investissement pour une quelconque croissance future. Le trésor de 137 milliards de dollars sur lequel s’assied la société n’est absolument pas réinvesti dans quoi que ce soit, mais simplement thésaurisé. Tout au plus est-il placé dans quelques outils financiers pour ne pas dormir sur un compte, mais peu s’en faut.

Les choses pourraient changer avec la plainte déposée par un certain David Einhorn, actionnaire minoritaire et détenteur du fonds Greenlight Capital.

Détenteur de plus d’un million d’actions, M. Einhorn a saisi la justice pour qu’Apple libère une partie de son trésor à destination des authentiques propriétaires de la firme, les actionnaires, sous forme du dividende tant attendu.

Il est trop tôt pour savoir comment se conclura la plainte de M. Einhorn, même si la justice américaine a toutes les chances de statuer que ce genre de décision revient en fin de compte à l’Assemblée Générale des actionnaires. Mais la brèche est ouverte. Dans le meilleur des cas, elle donnera des idées à d’autres. Qu’il s’agisse d’une OPA hostile ou d’une fronde des actionnaires, le magot d’Apple suscite la convoitise.

Le trésor est devenu un boulet.

Alors que les experts financiers d’Apple planchent sur les moyens de dégonfler le tas de dollar, les sommes en jeu donnent des maux de tête. Imaginez l’effet sur le cours de l’action de l’annonce d’une distribution prochaine d’une centaine de milliards de dollars de dividendes !

Que ce soit en un gros paquet ou par « petits bouts », la firme de Cupertino va être contrainte de libérer l’argent, tôt ou tard. Le cours de l’action Apple s’envolera fiévreusement à l’approche de la nouvelle, et plus encore près du jour d’un versement. Et dans le meilleur des cas, les hausses colossales s’effaceront finalement avec des baisses de même ampleur lorsque le trésor pesant aura été restitué.

Autrement dit, l’action Apple s’apprête à jouer les montagnes russes dans un proche avenir. Des variations énormes sur une des plus grosses capitalisations boursières mondiale, de quoi faire tousser toutes les places financières de la planète ! Et de susciter à l’occasion de jolis mouvements de panique.

L’économie mondiale n’avait certainement pas besoin de ça !

Beaucoup de malheurs à venir auraient pu être évités si M. Steve Jobs (paix à son âme) avait été un tout petit peu moins intransigeant dans ses positions économiques, et si la clique de hauts responsables qui lui succéda avait fait preuve d’un peu moins de suivisme. Mais le mal est fait.

Comme souvent dans l’histoire, la distribution du butin risque de dégénérer.


Sur le web.

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  • Bonjour,

    Est-ce que cela va se produire comme avec les héritages ?

    Joli feuilleton en perspective …

  • Il faut noter que les 137bn invoqués ici est le montant de la trécsorerie consolidée d Apple a travers le monde. Or la législation américaine est telle que si Apple souhaitait rapatrier son cash aux US (préalable avant de pouvoir le distribuer) elle devrait payer un impot assez substantiel.
    Le choix a donc été fait de laisser le cash dans les filiales afin de pouvoir le cas échéant procéder à des acquisitions ou ouvrir des filiales (notamment de distribution).

  • la trésorerie dormante représente plus de 30% de la capitalisation boursière, elle pèse donc négativement sur le rendement des fonds propres, l’actionnaire a raison de protester car il juge que cet argent sur lequel il a des droits serait mieux employé par lui, sauf si Apple pense en utiliser une grande part pour des projets rentables …

  • Newton n’est pas tombé sur la tête mais la pomme à du ver dans l’ame.

  • Lol les libéraux qui pleurent et appellent à l’État pour qu’une entreprise privée respectant les règles du jeu fasse une action autre.

    Apple est dans son bon droit, si les actionnaires veulent des dividendes, qu’ils placent leur argent ailleurs.

  • « Une action assortie d’un dividende toujours nul serait sans aucune valeur. Qui engagerait son épargne dans une aventure dénuée de toute promesse de gain ? »

    H

    • Oops…

      « Une action assortie d’un dividende toujours nul serait sans aucune valeur. Qui engagerait son épargne dans une aventure dénuée de toute promesse de gain ? »

      Hum, si les dirigeants gèrent particulièrement bien l’entreprise, de telle sorte qu’elle grossisse, que ses actifs augmentent constamment, le cours de l’action augmentera, toutes choses égales par ailleurs, même si elle ne verse et ne versera JAMAIS de dividendes. Il y a donc espérance de gain due aux plus-values à la revente des actions. Non?

      « Le trésor de 137 milliards de dollars sur lequel s’assied la société n’est absolument pas réinvesti dans quoi que ce soit, mais simplement thésaurisé »

      Apple ne met pas son fric sous le matelas, il est placé… Après la question de la pertinence de ces placements peut être questionnée par les actionnaires, ça c’est vrai.

      • Et d’où sortent les plus-values à la revente des actions, sinon de l’espérance du versement d’un dividende futur?

        Franchement, essayez de fonder une entreprise en récoltant des fonds pour la constitution de capital et en expliquant bien aux futurs actionnaires qu’ils ne toucheront jamais, jamais-jamais-jamais, le moindre dividende. Dites-nous combien vous avez ramassé et amusez-vous bien!

        • « Et d’où sortent les plus-values à la revente des actions »

          De l’appréciation des actifs.

          Bon amusement à vous aussi…

          • Racontez-nous donc comment l’appréciation des actifs (ou quelque hausse de la valeur de l’entreprise de quelque moyen que ce soit) pourrait se traduire par une hausse de la valeur des actions sans passer par la case  » versement de dividende ».

            Sérieusement, votre théorie m’intéresse.

            Rappelons que pour que celle-ci tienne la route il faut qu’elle implique que le dividende soit perpétuellement nul.

            Développez donc.

          • Il n’y a pas que les dividendes pour maintenir l’espoir de l’actionnaire. Il y a aussi le rachat d’actions. L’histoire du magot d’APPL paraît un faux débat.

            Je trouve votre conclusion plutôt pessimiste voire infondée quant à l’influence d’une seule société sur les cours mondiaux. D’une part, l’expérience montre que la baisse récente du cours n’a pas fait baisser les marchés malgré son poids dans les indices (alors que l’action baissait de 700 et des poussières à 440, ce n’est pas une paille tout de même). D’autre part, rien n’empêche la direction de panacher la distribution du dividende d’ores et déjà promise avec quelques rachats d’actions bien ciblés d’un montant équivalent.

            Enfin, je rappelle que la distribution d’un dividende est absolument neutre pour l’actionnaire d’une société cotée et liquide, puisqu’il peut toujours vendre ses titres. Dans le cas d’AAPL, certains ne s’en sont visiblement pas privés. Le dividende a de l’importance uniquement pour les sociétés non cotées. Accessoirement, la distribution des dividendes peut avoir une influence sur les décisions des gestionnaires de PF, par exemple pour des raisons d’optimisation fiscale.

            Bref, pas de quoi faire corriger les indices. Il y a bien d’autres raisons pour les faire baisser, beaucoup plus sérieuses que la trésorerie d’AAPL, notamment la répression fiscale actuellement à l’oeuvre dans toute l’OCDE pour rembourser les dettes colossales des Etats.

  • La valeur de l’action tient aussi compte de ce que peut toucher l’actionnaire en cas de liquidation de l’entreprise. Elle n’inclut pas que l’espérance de gain via les dividendes.

    • La liquidation de l’entreprise n’intervient qu’en cas de faillite (dans 99,999% des cas au moins) et dans cette situation les actionnaires sont les derniers sur la liste, et la valeur purement comptable de leur action est évidemment inférieure à celle qu’elle valait lors de la période de constitution du capital.

      Bref, cas particulier sans aucun sens dans le cas qui nous intéresse.

  • Tout cela se résume à du droit.

    La loi est-elle claire ? Apparemment pas assez. Voilà une occasion de reposer certaines définitions.

  • On se demande à quoi ont servi les Assemblées Générales.

  • Je repose ma question que j’avais posé dans les commentaires de l’article précédent et qui est restée sans réponse:
    Qui décide de ne pas verser les dividendes? On dit « Apple » mais Apple c’est l’entreprise qui appartient … aux actionnaires. Donc c’est les actionnaires qui décident de ne pas verser les dividendes non? Parce que sans le soutien des actionnaires, Cook n’a pas de légitimité non?

  • « Une action assortie d’un dividende toujours nul serait sans aucune valeur. Qui engagerait son épargne dans une aventure dénuée de toute promesse de gain ? »

    Il y a aussi un simple aspect speculatif sur le rapport offre/demande. Sans dividende aucun, acheter une action c’est faire un pari sur une hausse de la demande de cette action…comme avec n’importe quel objet.

  • Sans dividende, le seul cash flow qui peut sortir de l’entreprise pour rémunérer les actionnaires, ce serait la liquidation: cette solution est peu probable comme le rappelle l’auteur, car personne n’envisage de liquider une entreprise rentable afin de rémunérer ses actionnaires. La revente d’action savec plus value semble pour certains possible sans dividende: il ne s’agit pourtant que du changement de nom de l’actionnaire, si l’entreprise ne versera jamais de dividende, il n’y a pas d’intérêt pour les investisseurs de spéculer sur la capacité à créer de la valeur de la part de l’entreprise, puisque cette valeur ne leur sera jamais distribuée.

  • Et voilà, on part encore du postulat que l’actionnaire est le maitre à bord, ce qui est totalement faux.
    On reste sur des impressions, des « traditions », un peu comme dire que le Nutella c’est bon pour la santé !
    Non, l’actionnaire n’a rien à dire, sauf à voter pour l’élection du board qui défini la stratégie et l’action d’une entreprise.
    En cours de route il se la ferme ou il revend ses actions si il estime que cela ne correspond pas à ses attentes.
    J’ai toujours agit de même avec mes company et je continuerais ainsi, et ca marche.
    L’ actionnaire ne sert que pendant le laps de temps dont on en a besoin pour lancer correctement une société à moindre frais. après cela c’est un boulet dont il faut se séparer, en rachetant les actions en propre, par exemple.
    Dans tous les cas, l’investisseur ne perd pas d’argent, il en gagne. c’est donc gagnant gagnant.

    Pour en revenir à Apple, je me tord de rire lorsque je vois que certains jugent Jobs après sa mort, pour une action qu’il à commis pendant près de 15 ans sans que personne ne s’en offusque !
    Le Message de Jobs n’était pas « On garde l’argent pour grossir » mais « on ne donne rien à personne ».

    Le truc le plus amusant c’est de voir les financiers s’arquebouter sur leurs « acquis » à la manière du prolétaire CGTiste …

    • « Dire que l’actionnaire est le propriétaire légitime de l’entreprise est totalement faux. C’est comme dire que le Nutella c’est bon pour la santé ! »
      Ouh la, on a un économiste de compétition, là !

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