UE : Un axe Berlin-Londres ?

Tour d’horizon des commentaires de la presse européenne à propos de l’accord budgétaire de l’UE : voici la naissance d’un axe anglo-allemand.

Tour d’horizon des commentaires de la presse européenne à propos de l’accord budgétaire de l’UE : voici la naissance d’un axe anglo-allemand.

Un article d’Open Europe.

L’accord sur le prochain budget de long terme de l’UE (que nous avons analysé ici) a été largement commenté par les journaux européens. L’histoire politique principale portait clairement sur la chancelière allemande Angela Merkel qui se positionnait aux côtés de David Cameron, plutôt qu’avec le président français François Hollande – faisant  finalement pencher la balance en faveur du groupe d’États membres demandant une réduction plus poussée des dépenses de l’UE.

Nous avions déjà rédigé des billets sur le besoin de cultiver cet axe anglo-germanique (notamment depuis l’élection de Hollande à la présidence française) par le passé – par exemple notre récente analyse sur le discours de David Cameron à l’UE, cette lettre que nous avons écrite au FT, plusieurs articles dans The Telegraph – et bien d’autres encore. Si la décision de Merkel de prendre parti avec Londres ne doit pas être exagérée – c’est une vraie pendule en fin de compte – il était intéressant de remarquer la réaction de la presse européenne.

Commençons par l’Allemagne.

Le rédacteur en chef des pages internationales de Die Welt déclare que même si le budget de l’UE a été réduit pour la première fois de l’histoire, le gros de l’argent assigné aux subventions agricoles « demeure le symbole du sous-développement culturel » des dépenses de l’UE. Il note également que « la Grande-Bretagne n’est désormais plus en marge de l’UE mais devient un allié de choix des Allemands. » Le correspondant à Bruxelles Martin Winter du journal Süddeutsche Zeitung remarque que le fait que les autres dirigeants de l’UE ont fait l’effort de satisfaire les demandes de Cameron démontre que « l’UE veut garder la G-B en son centre. »

Hendrik Kafsack, correspond pour FAZ dans la capitale belge, soutient que le nouveau budget de l’UE « ne mérite pas le qualificatif de moderne » étant donné que la majorité de celui-ci est dépensé dans l’agriculture et dans des fonds structurels pour les États membres du Sud.

Florian Eder et Silke Mülherr pour Die Welt estiment qu’ensemble « Cameron et Merkel ont réussi à renforcer l’austérité budgétaire [de l’UE] », tandis que le correspondant londonien Thomas Kielinger déclare : « Angela Merkel est la carte maitresse dans la pioche britannique ».

Carsten Volkery pour Der Spiegel Online décrit cet accord comme « un triomphe pour les gardiens du budget » notant que « la Chancelière allemande a appuyé Cameron, le couvrant contre les attaques » de Hollande et des autres dirigeants.

Un commentaire particulièrement intéressant des Pays-Bas par le journaliste néerlandais Fokke Obbema qui écrit dans De Volkskrant :

Le président français Hollande s’est clairement positionné comme le leader du Sud de l’Europe [au sommet de l’UE]. La raison pour laquelle un événement historique – la sortie d’un pays de l’UE – serait indésirable pour les Pays-Bas n’en est que plus claire. Sans la Grande-Bretagne, la balance de pouvoir entre le Nord et le Sud dans l’UE n’en serait que plus perturbée.

D’un point de vue français, Cameron et Merkel luttant côte à côte à Bruxelles est loin d’être une bonne nouvelle – car cela signifie que l’axe franco-allemand est sous pression. Le correspondant à Bruxelles pour Le Figaro, Jean Jacques Mével, déclare ainsi que David Cameron a « frappé un grand coup » au sommet de la semaine dernière. Il écrit :

Un homme peut en revendiquer le crédit [pour les coupes dans le prochain budget de long terme de l’UE] : David Cameron, que beaucoup voyaient déjà marginalisé dans l’UE, après sa décision de demander d’ici à 2017 aux Britanniques s’ils veulent ou non rester dans l’union. Au contraire il rentre en vainqueur au 10, Downing Street, à la frustration des Français et des Italiens.

De façon intéressante, il note aussi que les discussions confirment la « paralysie » de l’axe franco-allemand.

Un édito du quotidien économique Les Échos affirme :

La discussion budgétaire a été prise en otage par un pays, le Royaume-Uni, qui n’est pas sûr de faire encore partie de l’Union demain. David Cameron était venu pour saboter l’intérêt général européen, c’est réussi. Dont acte. Mais, dans ce cas, allons au bout des choses : le club des Vingt-Sept étant voué à l’impuissance, les réflexions stratégiques doivent avoir lieu au niveau de la zone euro. Encore faudrait-il pour cela réparer les relations avec l’Allemagne. Car c’est l’autre leçon du drame bruxellois : l’axe Paris-Berlin ne répond plus.

Le couple anglo-allemand n’est pas passé inaperçu dans les autres pays méditerranéen non plus. Le professeur italien Mario Deaglio écrit dans la Stampa :

Les Allemands pro-rigueurs, en accord avec les anglais pour une fois – l’axe Berlin-Londres ayant remplacé de fait, du moins pour cette fois, le traditionnel axe Berlin-Paris – et avec l’aide de certains pays nordiques, ont fait passer le principe que les budgets des Européens pouvaient être réduits également. Le mot ‘austérité’, jusqu’à présent inconnu, va commencer à planer au dessus des bâtiments de Bruxelles.

Claudi Pérez, correspondant à Bruxelles pour El País, écrit :

L’UE semble distraite. Elle oscille entre ancien et nouveau régime… Au milieu de cette paralysie, Berlin (que Londres soutient) accumule le pouvoir et un retrait vers le [niveau] national ou intergouvernemental est à noter. Et les politiques d’austérité restent bien assises dans le siège conducteur.

Et un message de Pologne. Selon Dziennik Gazeta Prawna, le résultat du sommet sur le budget de l’UE est la preuve d’un « changement substantiel dans la balance des pouvoirs en Europe », avec la France, autrefois l’un des pays les plus influents de l’Union, « se retrouvant sur la défensive ». Et il est intéressant de le noter, l’article explique :

L’Union se dirige vers la zone de libre échange rêvée par les Britanniques et soutenue par les Allemands plutôt que vers la « structure fédérale solidaire » voulue par Paris… Il ne fait aucun doute, qu’en imposant des restrictions, l’Allemagne a démontré sa force économique. Les préceptes de Berlin vont être de plus en plus rigoureux, tandis que les abondants transferts de Bruxelles se transformeront en bons souvenirs pour le club franco-hispano-latino-polonais qui échoue à convaincre de sa force.


Sur le web.
Traduction : Virginie Ngo pour Contrepoints.