Étoile Noire : Que la force soit avec nous, pas avec le contribuable

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Alors qu’une pétition pour la construction de l’Étoile de la Mort avait récolté assez de signature pour être examinée par le gouvernement américain, un fonctionnaire répond et démontre que ni Le Monde, ni l’administration Obama n’ont compris le réel sens de la pétition.

Par Baptiste Créteur.

Dans le paradigme keynésien, la dépense publique a un effet bénéfique sur l’économie. Afin de dénoncer ce dogme, qui donne aux gouvernements un argument de choix pour continuer à dépenser et donc à s’endetter et taxer le reste de l’économie, une pétition a circulé pour construire l’Étoile de la Mort.

Ce projet aussi pharaonique qu’inutile visait à exposer le ridicule de ce paradigme, mais n’a été compris ni par la Maison Blanche et l’administration Obama, ni par Le Monde.

Aux États-Unis, depuis septembre 2011, chaque citoyen est en droit de lancer une pétition sur le site de la Maison Blanche. Baptisée We The People (« nous, le peuple »), l’initiative permet à ces requêtes d’être publiées sur le site officiel si elles recueillent 150 signatures en un mois, et de recevoir une réponse du gouvernement si elles dépassent le seuil des 25 000 signatures dans les mêmes délais. Une des plus farfelues demandait fin 2012 au gouvernement de trouver les fonds nécessaires pour commencer la construction d’une « étoile de la mort » d’ici à 2016 – cette station spatiale en forme de petite lune tirée de l’univers de Star Wars. « En concentrant nos forces de défense sur une plateforme et dans un système d’armement situés dans l’espace, comme une étoile de la mort, le gouvernement peut stimuler la création d’emplois dans le domaine de la construction, de l’ingénierie, de l’exploration spatiale et plus encore, et renforcer notre défense nationale. »

La dénonciation du paradigme keynésien de relance par la dépense publique et du poids des dépenses de défense américaines semble assez évidente.

La pétition avait très rapidement récolté les signatures nécessaires après avoir été relayée un peu partout sur le Web. À tel point qu’un responsable gouvernemental a pris la peine de répondre très officiellement à cette demande, avec une petite pointe d’humour que les amateurs de Star Wars apprécieront.

Sous le titre « Ce n’est pas cette pétition que vous recherchez », Paul Shawcross expose les raisons pour lesquelles le gouvernement des États-Unis ne pourra pas entreprendre ce projet : premièrement, la construction de l' »étoile de la mort » coûterait 850 000 000 000 000 000 dollars, alors que « nous cherchons à réduire le déficit ». De plus, l’administration Obama « ne soutient pas la destruction de planètes » et ne veut pas « dépenser de l’argent public » dans une infrastructure « qui a un défaut fondamental qu’un petit vaisseau peut exploiter ».

Que l’administration Obama cherche à réduire les dépenses et le déficit ne semble pas si évident compte tenu de la difficulté d’arbitrer entre dépense publique et fiscalité et des idées saugrenues qu’il envisage de mettre en œuvre pour se débarrasser de la contrainte d’endettement maximum autorisé par une création monétaire légale mais dangereuse.

Le fonctionnaire n’affirme d’ailleurs pas que l’administration Obama ne veut pas dépenser de l’argent public – que le fonctionnaire a d’ailleurs la décence d’appeler « argent du contribuable » contrairement au journaliste – dans des secteurs qui peuvent s’en passer ou des activités que le privé pourrait lui-même développer, ce qui semblerait plus logique en ces temps d’endettement colossal. La conquête spatiale, au regard de la menace que fait planer la dette sur la sécurité nationale, l’avenir du pays et celui des générations futures.

Avec un ton plus sérieux, M. Shawcross profite de la tribune que lui offre cette pétition particulièrement populaire pour rappeler que le gouvernement américain investit encore dans la conquête spatiale, notamment dans la Station spatiale internationale (ISS). Il invite enfin ceux et celles « qui veulent s’investir dans les sciences, le technologie, l’ingénierie ou les maths » que « la force sera avec nous », car « la capacité de l’étoile de la mort de détruire une planète, ou même tout un système solaire, est insignifiante comparée au pouvoir de la force ».

Le gouvernement américain investit encore dans la conquête spatiale, sans qu’on comprenne bien pourquoi des milliards de dollars engloutis dans des projets titanesques sont d’une urgence telle qu’on ne puisse les reporter voire, tout simplement, laisser faire le privé. Si on estime que le privé ne se lancerait pas dans la conquête de l’espace parce qu’il n’y trouverait aucun intérêt, on voit mal quelles raisons pousseraient un gouvernement au service des citoyens – i.e. du privé – à persévérer. Si on estime que le privé se lancerait, il n’y a aucun intérêt à ce que l’État s’en charge. Le fonctionnaire évoque d’ailleurs les initiatives privées vers l’espace, sans en tirer de conclusions sur la pertinence de l’investissement public dans ce domaine.

Il est d’autant plus déplorable de ne pas avoir saisi le réel sens de la pétition et de persévérer à appliquer une méthode keynésienne plus proche de l’astrologie que de l’économie dont les modèles n’ont jamais correspondu à la réalité qu’a posteriori que l’administration Obama semble s’amuser du ridicule d’un projet de construction de l’Étoile Noire financé par les contribuables. Qu’en est-il des innombrables autres dépenses, financées par ce même argent, qui pèsent sur l’économie américaine et génèrent une situation d’endettement dont tout tend à prouver qu’elle pèse déjà fortement sur le croissance et aura des conséquences dramatiques sur l’économie ?