Les bons et les mauvais économistes

Les nombreux problèmes que l’on connait viennent principalement de l’interférence des politiciens, ou encore des conseils qu’ils reçoivent de « mauvais » économistes.

Les nombreux problèmes que l’on connait viennent principalement de l’interférence des politiciens, ou encore des conseils qu’ils reçoivent de « mauvais » économistes.

Par Pierre-Guy Veer, depuis Laval, Québec.
Un article du Québécois Libre.

Le Wiktionnaire français définit un économiste comme une personne qui se préoccupe d’économie politique. Il ajoute les paroles de deux grands économistes français, Turgot et Bastiat, pour apporter une définition plus poussée. Le premier affirmait que l’axiome principal des économistes, c’est « laissez faire, laissez passer », tandis que le second avançait qu’un mauvais économiste ne tenait pas compte des conséquences à long terme, préférant un bon effet immédiat à court terme.

Suivant ces définitions, on peut immédiatement exclure du lot des « bons » économistes les keynésiens. En effet, les fidèles de Lord Keynes ne font que vivre à court terme. Le principal intéressé voyait dans le gaspillage des ressources une façon de créer de la richesse, tandis que Paul Krugman voit dans la destruction une excellente nouvelle pour l’économie. Toutes ces idées folles, Bastiat les a démontées avec son célèbre sophisme de la vitre cassée. Oui, la destruction peut amener des dépenses qui sont comptabilisées dans le PIB, mais ça ne crée pas de richesse ; ça la déplace. Si sa vitre était restée intacte, Jacques Bonhomme aurait pu s’acheter un nouvel habit.

Ce « court-termisme » se reflète également dans les solutions keynésiennes pour se sortir de la morosité économique, soit l’augmentation des dépenses publiques. Comme pour une vitre cassée, ces programmes de dépenses créent peut-être des emplois et entrainent un supposé effet multiplicateur. Par contre, on oublie de dire que l’argent « dépensé » par le gouvernement vient d’ailleurs, soit de la poche des contribuables. Un dollar dépensé par le gouvernement (obtenu au moyen des impôts ou d’emprunts publics) est un dollar de moins dépensé par un particulier ou un entrepreneur. S’il a été obtenu par l’impression de monnaie, il entraîne une perte du pouvoir d’achat des particuliers et des entrepreneurs, ce qui revient au même. 

Le rôle de la propriété privée

Les socialistes, les communistes et toutes les personnes qui remettent en doute le bien-fondé de la propriété font également partie des « mauvais » économistes. Sans elle, la civilisation moderne serait sans doute impossible.

La propriété privée, et la possibilité pour une personne de l’exploiter selon son intérêt personnel, est la justification morale pour le capitalisme et un des rares gage de succès assuré pour un pays. C’est en grande partie ce qui explique la prospérité aux États-Unis avant le XXe siècle : c’est le premier pays de l’histoire qui a laissé libre cours au génie humain. C’est d’ailleurs la propriété privée qui a sauvé les colons anglais de Plymouth et c’est son absence qui peut, en grande partie, expliquer la pauvreté crasse des autochtones qui vivent aujourd’hui sur des réserves. Sans propriété privée, point d’encouragement à la multiplication des richesses.

Par ailleurs, les bases de la théorie socialiste sont à peu près inexistantes. Sans propriété privée, et donc sans système de profits et de pertes, il est strictement impossible de connaître les coûts d’opportunité, c’est-à-dire savoir si telle production ou tel emploi d’une ressource est optimal, comme l’a démontré Ludwig von Mises. Le système est donc appelé à s’effondrer, comme l’URSS, ou à se réformer en profondeur, comme la Chine, qui a introduit la propriété privée depuis Deng Xiaoping.

Toutefois, ce ne sont pas tous les économistes qui prodiguent de mauvais conseils. Ceux de l’école autrichienne, les plus fidèles héritiers des économistes classiques comme Smith, Ricardo et Say, sont ceux de qui on devrait le plus suivre les conseils. Après tout, ils ont pu venir voir les grandes crises économiques des 100 dernières années.

Se spécialiser pour mieux produire

Une des pierres d’assises de la théorie autrichienne combine la division du travail de Smith et l’avantage comparatif de Ricardo. Parce que les ressources naturelles sont inégalement réparties sur la planète – le Japon importe presque toutes ses ressources, tandis que le Québec exploite ou a la possibilité d’exploiter presque le quart de tous les éléments naturels – et parce que le talent est mal réparti chez les humains – nous ne pouvons pas tous être Wayne Gretzky, Albert Einstein ou Bill Gates –, une division du travail permet à tous de profiter du talent des autres. Alors plutôt que de s’encombrer d’industries inutiles et inefficaces, un pays gagne à se spécialiser dans ce qu’il produit mieux, que ce soit des ressources naturelles ou des produits manufacturés.

Suivant ces paroles de sagesse, il est facile de comprendre pourquoi les économies de plusieurs pays du Tiers-Monde ont eu (et ont encore, surtout dans le cas de l’Afrique subsaharienne) tant de difficulté à se développer et se sont endettés autant. Ils ont préféré forcer leur développement par des interventions de l’État, principalement au moyen de programmes d’industrialisation par substitution d’importation. À l’image des pays communistes, les pays d’Amérique du Sud et d’Afrique ont laissé les clés de leur développement à leurs gouvernements ; ces derniers décidaient quelles industries pouvaient se développer et parfois même les prix. Bien que le dirigisme semble avoir connu un certain succès, notamment dans des pays qui ont mis l’accent sur les industries d’exportation, l’épargne, la formation de la main-d’œuvre et le développement technologique, comme les tigres asiatiques, ce fut généralement un échec retentissant. 

De l’importance d’un système monétaire solide

Une autre base de la théorie autrichienne est l’importance d’un système monétaire pleinement basé sur un véritable étalon de valeur (par opposition à une monnaie fiduciaire et/ou fractionnaire). En effet, dans un tel système – celui qui a plus ou moins régné entre 1815 et 1914 –, toute pièce de monnaie et tout billet de banque a son équivalent en or (ou, plus rarement, en argent) dans les voutes d’une banque. Un pays qui tente de tricher le système (en imprimant plus de billets qu’il n’a d’or ou qui facilite trop le crédit) voit ses prix augmenter et son or fuir. Pour éviter la faillite, il n’a d’autre choix que de contracter la masse monétaire pour inverser le flot d’or. Cet effet est connu depuis très longtemps ; l’économiste du 18e siècle Richard Cantillon a déjà fait remarquer qu’une abondance d’argent fictif augmentait rapidement les prix de tout, créant une illusion d’abondance, « mais cette abondance furtive s’évanouit à la premiere (sic) bouffée de discrédit, & précipite le désordre ».

Malheureusement, le système de Bretton Woods, adopté à la fin de la Seconde Guerre mondiale, n’avait qu’un lien ténu avec l’étalon-or. Ce n’était en fait qu’un étalon-dollar, le dollar américain, dont la valeur était considérée comme aussi bonne que celle de l’or. C’est lui qui servait d’étalon de valeur pour toutes les autres monnaies et il a dorénavant été utilisé comme monnaie de réserve dans toutes les banques du monde, avec une possibilité pour les gouvernements étrangers d’échanger leurs dollars pour de l’or auprès de la Réserve fédérale américaine.

Libérés de toutes contraintes d’avoir à maintenir la valeur de leur monnaie, qui était en demande partout, les politiciens américains en ont profité pour augmenter considérablement les dépenses publiques sans augmenter les impôts, en les finançant par la création monétaire. Et comme les autres pays ne demandaient pas (ou si peu avant le milieu des années 1960) d’or en échange de leurs dollars, la création de dollars augmentait sans cesse. Les États-Unis exportaient ainsi systématiquement leur inflation dans les autres pays.

Les commentateurs et économistes de l’époque, croyant toujours en la solidité du billet vert, se sont moqués des autrichiens qui critiquaient cet arrangement. Mais le temps a donné vite raison aux seconds. En effet, comme le président Johnson ne voulait pas mettre fin aux interventions militaires à l’étranger (en particulier au Vietnam) ni équilibrer son budget dans les années 1960, le déficit du compte courant des États-Unis continuait sans cesse de se creuser, augmentant encore plus la quantité de dollars en circulation dans le monde. Sentant la soupe chaude, plusieurs pays européens se sont mis à demander un remboursement de leurs réserves de dollars en or, comme le prévoyaient les accords de Bretton Woods.

Richard Nixon, élu en 1968, a poursuivi les politiques inflationnistes de Johnson. Il a mis un terme à ce qui restait de l’étalon-or en 1971 en suspendant la convertibilité du dollar en or le 15 août 1971. Depuis, le monde ne contient que des monnaies fiduciaires flottant les unes par rapport aux autres. Le résultat ? Une inflation galopante en temps de paix et des taux de changes très variables.

Conclusion

L’histoire et la réalité actuelle le démontrent : les pays les moins interventionnistes ont le plus haut PIB par habitant, la plus haute espérance de vie, le plus haut niveau de revenu pour les plus pauvres et les plus bas niveaux de corruption. Les nombreux problèmes que l’on connait viennent principalement de l’interférence des politiciens, ou encore des conseils qu’ils reçoivent de « mauvais » économistes. En conclusion, oui, suivre les conseils des économistes, principalement ceux qui veulent « laisser faire » et qui pensent à long terme, aurait des impacts très positifs sur la société.


Publié initialement sur le Blog du QL le 30.01.2013. Reproduit avec l’aimable autorisation du Québécois Libre.