Référendum en Grande-Bretagne : les pro-UE ont tous les atouts, sauf un

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Depuis le discours choc de David Cameron sur l’organisation d’un référendum, les pronostics vont bon train. Londres pourrait-il quitter l’UE ?

Depuis le discours choc de David Cameron sur l’organisation d’un référendum, les pronostics vont bon train. Londres pourrait-il quitter l’UE ?

Par Daniel Hannan, depuis Oxford, Royaume Uni.

Les pro-UE estiment que ce référendum est dans la poche. Ce sera, pensent-ils, une reproduction de 1975, lorsque la campagne « Non » menant à deux contre un s’était renversée en quelques mois en une campagne à deux contre un pour le « Oui ». Et en plus, ajoutent-ils, cette fois, ce sera encore plus prononcé car les chiffres pro et contre sont plus proches.

Ils peuvent avoir raison, bien sûr. Ils seront en mesure de dépenser plus que le campagne des anti sur une échelle d’environ dix pour un. Ils seront soutenus par tout l’establishment : les trois grands partis, les hiérarchies catholiques et anglicanes, la Confédération Industrielle Britannique (CBI), le Trade Union Congress (TUC), la National Farmers Union et les reste de la clique d’organismes non gouvernementaux quasi autonomes. Ils obtiendront le soutien enthousiaste de la BBC et de la plupart des journaux.

Ils auront la chance également de bénéficier des deux avantages inestimables qui ont aidé Heath et Wilson en 1975 : la peur d’un changement majeur et une chose qui peut être présentée comme un meilleur accord. Dans presque chaque référendum, sûrement dans chaque vote en rapport avec l’Europe, il y a un retournement vers le status quo durant la campagne, souvent aux environs de 10 et 20%. C’était la raison principale qui nous a poussé à voter pour rester dans l’UE en 1975 alors que cela nous aurait certainement pousser à voter contre l’adhésion en 1972. La campagne « Gardons la Grande-Bretagne en Europe » (comme elle a pris soin de se nommer) a réussi à argumenter que ce qui était fait était fait : que l’on avait coupé les ponts avec le Commonwealth et que nous ne devrions pas laisser tomber nos nouveaux amis de la même façon.

Les travaillistes ont combattus les dernières élections générales en promettant de « meilleurs accords ou une sortie». Leur manifeste de 1974 s’est engagé à quitter l’UE à moins qu’il n’y ait des réformes de long-terme sur l’agriculture, le rapatriement des politiques industrielles et régionales et de meilleurs négociations pour le Commonwealth et les nations en voie de développement. Aucun de ces buts n’a été atteint mais, le temps qu’on s’en aperçoive, les votes étaient comptés.

La même chose pourrait-elle se reproduire ? C’est clairement une possibilité. La presse est un peu plus équilibré aujourd’hui qu’en 1975, lorsque seuls The Spectator et le Morning Star faisaient campagne pour un vote « Anti ». The Express est désormais férocement anti-UE, comme il l’était avant 1972. The Mail et The Sun sont bien partis pour suivre la même voie. Et si la renégociation échoue, le Times et le Telegraph pourraient bien s’ajouter au groupe. Dans tous les cas, les vieux monopoles des médias n’ont plus le même pouvoir qu’auparavant : la multiplication des médias online garantira une campagne bien plus juste.

De la même façon, pour ce que ça vaut, les corporatistes ne sont plus ce qu’ils étaient. Peu importe ce que prétend la CBI, la majorité des personnalités dans le monde des affaires feront la mesure entre les coûts de la régulation et les avantages particulièrement théoriques des règles d’un marché unique. Combien d’entrepreneurs pensent qu’il est vraiment plus facile de faire du business en Grèce plutôt qu’au Canada ? Peu importe ce que dit la NFU, les paysans ont pu constater que la PAC subventionnait leurs concurrents continentaux et pas eux. Peu importe ce que déclare le TUC, les travailleurs ont bien compris que Bruxelles était du côté des privilégiés et des lobbies protégés.

Concernant le statu quo, normalement la plus puissante possibilité de toutes, il est loin d’être évident que cela sera une option cette fois-ci. L’UE est en train de se fédérer en réponse à la crise de l’euro. L’entité à laquelle nous avons appartenu ces 40 dernières années est, en pratique si ce n’est en termes légaux, en train de disparaitre. S’opposer à ce qui va arriver est sans doute plus proche du statu quo que de se laisser couler.

La campagne « Non » a un avantage final. En 1975, les pro-UE avait continué leur campagne en convaincant les électeurs que le projet européen porterait sur les échanges et, comme l’a dit Heath, sur « la peur que nous pourrions d’une certaine façon perdre notre souveraineté et notre indépendance qui sont, je n’ai pas vraiment besoin de le dire, complètement injustifiés ». Personne ne tombera dans le panneau une deuxième fois.

Si être élu depuis 14 ans en politique m’a bien appris une chose, c’est que la population est bien plus sage que ne le sont les dirigeants. Ceux d’entre nous qui croient en un avenir prospère et global pour la Grande-Bretagne doivent avoir confiance dans le bon sens de nos compatriotes. Si nous perdons, nous ne pourrons accuser personne. Le verdict sera sans appel. Mettons-nous au boulot.


Sur le web.
Traduction : Virginie Ngo pour Contrepoints.