Quand l’armée française « réinstaure la civilisation » au Mali

Si la France est en train de gagner la « guerre » au Mali, de quelle guerre parle-t-on ?

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Quand l’armée française « réinstaure la civilisation » au Mali

Publié le 31 janvier 2013
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Si la France est en train de gagner la « guerre » au Mali, de quelle guerre parle-t-on ?

Par Éric Essono Tsimi, depuis Yaoundé, Cameroun.

Situation au Mali au 30 janvier (cliquer pour agrandir)

Les missions civilisatrices sont de retour et les armées de « libération nationale » sont désormais en Afrique des armées étrangères, celles précisément contre lesquelles on se battait par le passé. Faut-il en conclure que nous, Africains, sommes devenus pour nous-mêmes notre plus grand ennemi ?

François Hollande a annoncé que la France est en train de gagner « la » bataille au Mali. On sait tous que c’est dans une guerre que la France s’est engagée. Alors quelle bataille au juste est-elle en train de gagner ?

Faut pas vendre la peau des djihadistes avant de les avoir tués

Chasser les djihadistes c’est faire à l’envers ce que les djihadistes faisaient il y a quelques mois. C’est que la reconquête territoriale marque simplement un reflux des islamistes dans les montagnes, mais ne signe pas leur capitulation. Comme dans le fameux tour cycliste, comme du temps de Lance Armstrong, l’armée française fait le tour du Mali en chars, elle réinvestit les villes anciennement conquises, étape après étape… Cela lui confère-t-il au bout du circuit la victoire qu’elle revendique déjà ?

Admettre que les djihadistes (que les médias français ont progressivement arrêté d’appeler terroristes) se fondent dans la population, c’est reconnaitre qu’ils sont une partie de cette population. La victoire ne sera pas seulement militaire, pour se pérenniser elle doit selon moi être politique, idéologique et matérielle. De ce point de vue, les appuis financiers qui sont annoncés ici et là seront précieux.

Grâce à la France, les Maliens sont à nouveau autorisés à boire et à fumer, les hommes ne sont plus humiliés devant leurs femmes à coups de fouet, fort bien ! Les femmes peuvent laisser tomber leurs voiles devant le premier tombeur venu, à nouveau l’accès à l’eau et à l’électricité est généralisé. Et après ?

Le Mali est en butte à des problèmes politiques profonds. C’est un pays trop vaste et, comme la plupart des États africains, trop peu décentralisé. Les gouverneurs des régions ne sont pas élus. Tous les pouvoirs sont concentrés en les mains d’un pouvoir central fragilisé par les immixtions régulières de l’armée dans l’exercice du pouvoir.

Par suite, on ne peut être que sceptique face à la stratégie française, qui mise tout sur la logistique et la puissance de feu. Peut-être en réalité faut-il travailler à fédéraliser le Mali, il est temps d’envisager la possibilité de référendums dans l’Azawad, Bamako doit consentir aux islamistes des pouvoirs politiques plus étendus.

Le modèle unitaire et l’absence d’une représentativité de toutes les régions (il n’y a pas de Sénat) au parlement, notamment celles du Nord, sont des causes structurelles des frustrations des Touarègues et de la montée de l’Islamisme dans ce pays presque exclusivement musulman (à plus de 90%).

La guerre sera gagnée sitôt que le vaincu aura reconnu sa défaite, qu’il sera désarmé ou lié par son impuissance à réagir, ce qui n’est pas… gagné. Tant que l’ennemi se bat ou peut frapper à nouveau, mais alors rien n’est réglé ! La guerre n’est pas finie et la victoire est en suspens (en fait de coordination de deux idées, il y a répétition des mêmes faits) tant que l’ennemi se planque.

L’illusion française d’une victoire au Mali

Combien de temps durera la débandade islamiste ? L’emporter sur ses ennemis, c’est aussi les pacifier, installer un dialogue entre les belligérants. Qu’est-ce qui concrètement est fait pour que structurellement le Mali ne soit plus déstabilisé par sa propre armée, par exemple ?

On a tremblé au Sénégal, à la fin du mandat d’Abdoulaye Wade, la Côte d’Ivoire a crashé, le Ghana nous a récemment donné des sueurs froides… Finalement, l’expérience démocratique en Afrique n’est jamais que provisoire. Régulièrement cité en exemple par la Communauté Internationale, après la chute de Moussa Traoré, le Mali est surtout dénoncé aujourd’hui pour les exactions de son armée, et ne fait plus envie aux plus envieux des pires dictatures d’Afrique centrale.

Les « Africains » (dans la bouche du président français on ne sait si ce sont les forces de la CEDEAO ou de l’Union Africaine qui sont ainsi désignées) iront soutenir la France, comme le Mali soutient déjà la France dans cette guerre qui est devenue sa guerre. Si dès la chute d’Amani Toumani Touré, la France avait a priori daigné coordonner son action avec celle des « Africains », on n’en serait pas là.

Plusieurs mois après la destruction des mausolées de Tombouctou, la reconquête de cette ville est tardive. La France s’est trop fait prier et, aujourd’hui, ne peut au mieux que réussir à stabiliser les forces politiques en présence. À moins de compter pour rien les adolescents que CNN nous présentait dans la nuit du 28 février comme des victimes collatérales des missiles français.

À part gagner les droits de se raser la barbe et de porter les minijupes, les Maliens et les Maliennes n’auront rien gagné dans cette guerre, ils se battent surtout pour limiter les dégâts de l’implosion de leur démocratie.

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  • Le Mali est en butte à des problèmes politiques profonds. C’est un pays trop vaste et, comme la plupart des États africains, trop peu décentralisé. Les gouverneurs des régions ne sont pas élus. Tous les pouvoirs sont concentrés en les mains d’un pouvoir central fragilisé par les immixtions régulières de l’armée dans l’exercice du pouvoir. : nous sommes une fois de plus en face de déséconmies d’échelles qui affectent la gouvernance d’un pays…

  • Quand la France occupe l’Afrique c’est mal. Quand la France ne s’occupe pas de l’Afrique c’est mal. Quand les Africains s’occupent d’eux-même c’est mal.

    Une question m’interpelle: Il ne serait pas un petit peu casse c***** ce continent? 😀

  • La dernière ligne de cet article me laisse perplexe et j’ai certainement manqué un épisode. Le Mali est donc une démocratie ? Est-elle advenue après le coup d’Etat ?

  • C’est bien de cracher dans la soupe!
    Aucun intérêt cet article.

    • Henri: « C’est bien de cracher dans la soupe!
      Aucun intérêt cet article. »

      On sent bien que la propagande est passée et restée dans votre cerveau mais faites nous voir la liste de ces mirobolantes « intervention pacificatrices » qui ont si bien marché dans le passé avec à la sortie des pays de miel et de myrrhe ?

      La situation est complexe on ne résout pas une guérilla avec des missiles TOW. Jamais.

      • Cher Ilmryn, certes on ne résout pas une guérilla avec des missiles TOW (plutôt HOT, ,matériel français oblige), mais encore moins sans. Je me permettrai de rappeler que nos interventions au Tchad ont contribué à stabiliser le pays, item dans plusieurs (toutes?) nos ex-colonies. Maintenant, prétendre à instaurer la démocratie quelque part en Afrique…

        • Cher René en empêchant les équilibres et la stabilisation « naturelle » (autonome au moins) des frontières, clans, population et en déversant des tombereaux d’argent des aides ou de politiques de soutiens diverses l’Afrique n’a aucune chance de refermer ses plaies et d’arriver un jour à une situation stable sans l’apport constant d’interventions extérieure.

          Sur le cours terme l’intervention peut sembler une bonne idée mais ça ne résout strictement rien des problèmes de fond. États faibles corrompus, incapable de protéger leurs population, pays non viables maintenu artificiellement. Sur le long terme le malheur des populations est bien plus grand.

          Sans verser dans le complotisme il est évidemment plus intéressant de faire des affaires avec des pays (doté d’énorme ressources minière) qui ont des états faible et corrompu. Je dirais que la situation résulte d’un mélange d’intérêts divers mais bien compris et de bon sentiments appliqué comme des emplâtres sur des jambes de bois pour pallier quelques départ de feu dans une forêt remplie de dynamite et de bidons d’essence.

  • La démocratie moderne est un concept purement occidental et qui n’est pas une fin en soit, vouloir l’appliquer à tout les pays du monde, au nom du bien, c’est du grand délire

  • Yans
    Vous avez tout compris. Comme l’explique Bernard Lugan depuis des années (God Bless Africa), la négation du fait ethnique par l’imposition de la démocratie est une des causes majeures des conflits en Afrique. Il y a aussi bien sûr le découpage post colonial, et la corruption.

  • tous les problèmes du Mali ne se règleront pas par la force armée, mais personne en France n’a jamais prétendu ça sérieusement. Encore une fois, je ne suis pas un grand fan de FH et du PS, mais affirmer « Par suite, on ne peut être que sceptique face à la stratégie française, qui mise tout sur la logistique et la puissance de feu. » est leur faire un procès d’intention absolument infondé. D’autre part, le Mali aurait-il vu ses problèmes réglées par la prise de Bamako par les djihadistes ? Permettez moi d’en douter.

    La stratégie de FH est évidemment politique, comme l’illustre le fait que la France ne laisse pas les soldats maliens continuer jusqu’à Kidal et laisse une marge de manoeuvre au MNLA: le but – évidemment non claironné haut et fort, puisque nous sommes censés intervenir à la demande et au bénéfice des autorités maliennes – est naturellement d’imposer à Bamako une autonomie pour les touaregs, sans doute par le biais d’une fédéralisation du Mali.

    Cependant, il est trop tôt pour pour l’annoncer officiellement, donc la communication officielle insiste sur les réussites militaires, sur le terrain. De plus, j’ajouterai que l’armée semble « se faire plaisir »: deux sauts opérationnels de régiment parachutistes en compagnies constituées (le 2ème REP pour couper les arrières au Nord de Tombouctou, puis après la ville conquise le 17ème RGP pour venir remettre l’aéroport en état), les Atlas 2 de la Marine se mettent à tirer des bombes, etc. Pour l’instant ça fait très « démonstration ».

    • En tout cas, les faits donnent tort au non interventionnisme idéologique libéral.

      Et c’est pas la première fois face à l’histoire.

      • « En tout cas, les faits donnent tort au non interventionnisme idéologique libéral. »

        Tu parle des merveilleux résultats de 60 ans d’interventionnismes en Afrique ?

  • Les commentaires sont fermés.

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Pétronin
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