Europe : le timing subtil de David Cameron

David Cameron (Crédits : UK Home Office, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

Le but des annonces de David Cameron sur l’Europe ne se limitent pas à des motivations politiciennes.

Le but des annonces de David Cameron sur l’Europe ne se limitent pas à des motivations politiciennes.

Par Fabio Rafael Fiallo.

David Cameron

Avec sa décision de renégocier les liens de la Grande-Bretagne avec l’Union européenne, puis d’en soumettre le résultat à un référendum sur le maintien ou non de son pays comme membre de l’UE, le Premier Ministre britannique a mis en ébullition ses partenaires européens et la presse du continent.

D’aucuns ont prêté de basses motivations politiciennes à cette initiative. Malmené dans les sondages, David Cameron avait besoin, dit-on, de faire oublier les difficultés politiques qu’il traverse. D’où sa décision de convoquer un référendum cher à 60 pourcent des Anglais.

On aurait pourtant tort de réduire la démarche de Cameron à ce genre d’objectifs. Car on passerait alors à côté de l’essentiel. En réalité, brandir l’arme du référendum représente le moyen de pousser l’Union européenne à accepter ce qui, pour la Grande-Bretagne, représente le véritable but de cette bataille diplomatique, à savoir : déplacer vers les intérêts britanniques le centre de gravité des négociations à venir sur l’évolution de l’UE.

À l’heure où certains, la France en tête, poussent l’Europe vers plus de projets communs et plus de réglementation économique, le Premier Ministre britannique jette un pavé dans la mare en mettant l’emphase sur plus de libéralisation commerciale, plus de flexibilité et plus de compétitivité.

Pour se rappeler à son bon souvenir, David Cameron n’aurait pas pu choisir meilleur moment. Un moment où les sujets de divergence entre François Hollande et Angela Merkel ne cessent de croître. Aussi, en dévoilant en pareilles circonstances son projet de renégociation, Cameron sait qu’il ne fera pas l’objet d’un tir groupé de la part du couple franco-allemand. Bien au contraire, il risque même de semer la zizanie au sein de ce couple.

Pour la Chancelière le choix sera vite fait entre pencher pour une « intégration européenne solidaire », comme le prône François Hollande, ou essayer d’accommoder les souhaits britanniques de renforcer le marché unique, le libre-échange et la compétitivité. L’« intégration solidaire » chère au président français entraînerait pour Berlin le boulet de plus de transferts de fonds, ce à quoi rechigne l’opinion publique allemande.

D’autre part, l’Angleterre représente pour l’Allemagne un partenaire commercial plus dynamique que ne l’est la France. D’après l’institut d’études allemand IMK, les exportations allemandes vers l’Angleterre ont crû trois fois plus que celles vers la France au cours des trois premiers trimestres de l’année 2012 (11,5% contre 4%) [1]

Rien d’étonnant à ce que, lors du Forum économique de Davos, la Chancelière s’empressât de déclarer tout le bien qu’elle pense de la démarche britannique [2]

L’Angleterre pourra compter sur d’autres voix amies dans les négociations à venir. Les gouvernements irlandais et néerlandais ont déjà manifesté leur compréhension, voire leur approbation, envers les propositions du Premier Ministre britannique. Ajoutons à cela les pays de l’Est qui, ayant connu les ravages de la planification centralisée et de la réglementation à outrance pendant le cauchemar soviétique, ne peuvent que soutenir la tournure « libérale » de l’initiative anglaise.

D’autre part, l’éventualité d’une sortie de la Grande-Bretagne de l’UE est de nature à susciter quelques inquiétudes chez ceux qui envisageaient d’investir en Angleterre ou d’y accroître leurs investissements. Cela pourrait produire une pression à la baisse sur la livre sterling, tout au moins tant que ces inquiétudes ne se seront pas dissipées. Or, les analystes financiers s’accordent à dire que nous nous trouvons à l’aube d’une guerre de monnaies (« dévaluations compétitives »). Et dans un tel contexte, une tendance à la baisse à court terme du taux d’échange de la livre, consécutive à l’annonce de David Cameron, serait plutôt un atout pour une économie anglaise qui fait preuve de morosité. Le timing de la démarche anglaise paraît donc astucieux y compris à la lumière de la conjoncture monétaire actuelle.

Enfin, et peut-être surtout, le Premier Ministre britannique a lancé son initiative à un moment où la France – principal opposant à la conception britannique – risque de se trouver en position de faiblesse au sein de l’UE. En effet, il est de plus en plus vraisemblable que la France ne pourra pas tenir son engagement d’atteindre en 2013 l’objectif européen de limiter le déficit public à 3 pourcent du PIB (la fameuse « règle d’or »). Elle voudra discuter, notamment avec l’Allemagne, d’un éventuel assouplissement de la règle d’or. L’Allemagne pourra alors réclamer à la France – en contrepartie – de lever ses réticences à l’égard des propositions britanniques que Mme Merkel trouve intéressantes.

Une négociation – comme celle visant à faire évoluer les pouvoirs de l’UE – ne se déroule pas forcément dans le sens souhaité par ceux qui l’ont conçue et déclenchée. Surtout quand la Perfide Albion s’invite au rendez-vous.


Notes :

  1. Commerce International (L’actualité des chambres de commerce et d’industrie dans le monde »), « Les exportations restent le pilier de la croissance allemande en 2013 », 8 janvier 2013.
  2. Voir « Merkel soutient Cameron pour une Europe plus libérale », Le Figaro, 24 janvier 2013.