Accepter le déficit de l’Unedic, renoncer aux autres

Le député Germain affirme que s’il y a un déficit à accepter, c’est celui de l’Unedic. Accordé. Voici quelques pistes pour les autres.

En réponse au rapport de la Cour des Comptes pointant la mauvaise gestion de l’Unedic et ses déficits croissants, Jean-Marc Germain, député des Hauts-de-Seine, affirme que « S’il y a un déficit qu’il faut accepter, c’est celui-là ». Accordé. Acceptons celui-là, et résolvons les autres, à commencer par le déficit de l’État.

Il le dit lui-même : en temps de crise, rien de pire que de toucher aux droits des chômeurs. Évitons le pire, et pour protéger les « droits » des chômeurs, touchons aux droits des autres bénéficiaires des largesses de l’État. Le député sera sans doute ravi d’apprendre que l’État peut facilement réaliser 600 millions d’euros d’économies par an, déjà identifiées par h16, en commençant par demander à ses plus zélés serviteurs les efforts qu’ils demandent aux autres.

Rien de pire que de toucher aux droits des chômeurs ; le député ne verrait sans doute pas d’un si mauvais œil la fin des interventions militaires françaises à l’étranger, qui coutent 900 millions d’euros par an alors que nos frontières ne sont pas vraiment menacées.

Supprimons les régimes spéciaux de retraite, et ce sont au bas mot 6,5 milliards que nous économisons chaque année ; auxquels s’ajoutent évidemment les 4 milliards d’euros par an offerts aux syndicats sans qu’on comprenne bien pourquoi. Voilà 10,5 milliards d’euros économisés chaque année, économie qui diminue un peu l’injustice entre public et privé et augmente donc l’équité envers l’ensemble des Français.

L’État peut également se débarrasser de ses organes de communication, superflus tant les Français sentent au quotidien le poids de l’État ; supprimer les dépenses de communication des différents ministères permettrait de faire économiser aux Français au moins 200 millions d’euros par an (les 10 principaux ministères dépensaient 133 millions d’euros en communication en 2010). Toujours dans ce souci d’économie, l’indépendance de la presse exige que cessent les subventions, soit une économie d’un peu plus de 500 millions d’euros. Disparaitraient également les organes de propagande télévisuels et radiophoniques devenus désuets ; non seulement la dépense ainsi évitée représente 2,5 milliards d’euros par an et 450 millions d’euros par an de subvention supplémentaire pour compenser la disparition récente des recettes publicitaires, mais leur vente permettrait sans doute de générer une rentrée d’argent bienvenue par les temps qui courent. Soit au total au moins 3,7 milliards d’euros par an pour la communication.

La suppression du ministère de la culture et de la communication permettrait d’économiser chaque année 7,4 milliards d’euros. Pourquoi continuer à faire peser sur l’ensemble de l’économie une culture dont une partie des Français seulement bénéficie, dans un contexte comme le nôtre ? De la même façon, on voit mal pourquoi l’État s’entête à conserver dans son giron l’enseignement supérieur et la recherche ; il serait plus juste et plus efficace que ces domaines cruciaux au succès du pays suivent les préférences des Français plutôt que celles de quelques serviteurs de l’État. Ce gain d’efficacité génère 22,95 milliards d’euros annuels d’économie pour l’État. Le ministère du logement ne reflétera jamais aussi bien les préférences des Français que les Français eux-mêmes ; faisons confiance au marché, supprimons ce ministère et économisons ainsi 7,8 milliards. Idem pour l’écologie, qui permet d’économiser 7,1 milliards d’euros par an. Au total, la suppression de ces quelques ministères superflus représente une économie annuelle de 45,25 milliards d’euros, et un gain d’efficacité : les fonctions de ces ministères seront désormais remplies par le marché, c’est-à-dire par les Français eux-mêmes.

La liquidation d’actifs dont on comprend mal l’intérêt pour l’État de les posséder permettrait de se séparer de nombreux organes d’investissement publics aux résultats moroses, récupérant ainsi 20 milliards avec le FSI et la bagatelle de 262 milliards avec la CDC, sans mentionner la BPI avec 40 milliards d’euros prévus. On peut donc déjà faire rentrer 320 milliards d’euros dans les caisses de l’État – soit ses recettes annuelles – en le délestant simplement d’organes d’investissement dont on voit mal en quoi ils relèvent du champ de l’action publique. Avec un rapide et très approximatif calcul, en affectant cette manne tant espérée au remboursement de la dette, nous économiserons chaque année 1/6 du service de la dette, soit environ 25 milliards d’euros. Imaginez ce que la cession de l’ensemble des participations de l’État dans des entreprises privées représenterait !

Ajoutons-y la suppression du régime des intermittents du spectacle, qui génère un déficit annuel d’un milliard d’euros par an de l’assurance-chômage. Supprimons les subventions de l’État aux associations, qui créent un manque d’équité entre les associations et une injustice envers les Français – qui peuvent les financer eux-mêmes directement – et nous économisons 1,2 milliard d’euros.

Si le député Jean-Marc Germain fait le compte, il découvrira avec stupéfaction que les quelques mesures proposées permettraient de réduire le déficit de l’État de 88,2 milliards d’euros, soit de générer un excédent budgétaire d’un milliard, tout en ayant remboursé 1/6 de la dette de l’État. Ces pistes d’économies sont certes à étudier plus en détail pour connaître leur réel impact sur les finances publiques, mais il ne fait aucun doute que toutes seront bénéfiques à la France, ce qui devrait être sa première priorité. On peut envisager d’autres pistes de réduction de la dépense publique, et Contrepoints serait ravi de l’accompagner dans sa lutte contre les déficits – tous, sauf celui de l’Unedic, qu’il faut savoir conserver en période de crise. Espérons que personne, au sein de l’appareil étatique aux multiples ramifications, n’aura l’idée saugrenue d’affirmer que son déficit est plus légitime que les autres.