Protection de l’emploi : des effets néfastes sans contrepartie

Protéger les emplois n’a guère que des conséquences négatives : chômage, précarité et mise en cause de l’avenir.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
imgscan contrepoints 2013396 protection de l'emploi

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Protection de l’emploi : des effets néfastes sans contrepartie

Publié le 25 janvier 2013
- A +

L’expérience de la crise économique actuelle montre que, non content de créer du chômage structurel en période d’expansion, la protection de l’emploi est impuissante à empêcher la hausse du chômage induite par une récession.

Par Acrithène.

Dans un précédent billet, je vous avais exposé quelques raisonnements théoriques sur la protection de l’emploi qui montraient :

  • Que la protection de l’emploi conduisait à une augmentation du chômage structurel ;
  • Qu’elle dégradait la productivité des emplois existants ;
  • Et que son effet sur le chômage conjoncturel était équivoque.

Je ne reviens pas sur les raisons de la perversité de la protection, vous renvoyant aux détails de mon billet sur le sujet. En revanche, je vous propose aujourd’hui quelques graphiques avec des données plus récentes afin de tester ces conclusions.

Un chômage structurel plus élevé

Le premier graphique expose l’effet de la protection de l’emploi sur le chômage structurel, c’est-à-dire la part du chômage qui revêt un caractère permanent et n’est pas réductible à la conjoncture économique. L’année la plus récente pour évaluer le chômage structurel est celle qui précède la faillite de Lehman Brothers et le début de la crise financière.

Le nuage de point répertorie les pays avancés de l’Union Européenne, d’Amérique du Nord et d’Asie (détail dans le fichier excel). Il laisse apparaître une corrélation positive assez nette entre protection et chômage à la veille de la crise financière. Le coefficient de détermination (R²) indique qu’environ 40% des écarts de taux de chômage entre pays peuvent être déterminés par la seule protection de l’emploi. Évidemment, il faut se méfier d’une interprétation aussi simpliste, dans la mesure où la protection de l’emploi s’inscrit souvent dans un lot plus large de mesures créatrices de chômage (SMIC, emplois subventionnés, charges, etc.)

Il s’agit des mêmes résultats que ceux qu’avait établis l’OCDE avec les données de l’année 2002.

Une résistance inexistante à la crise

La question est de savoir si ce renoncement à l’efficacité en période de croissance joue un rôle d’amortisseur face aux crises économiques. La protection joue un rôle pervers sur les créations d’emplois, ce qui explique qu’elle cause du chômage en période d’expansion. Mais en période de récession, ce sont les destructions qui prédominent, ce qui laisserait penser que la protection peut amortir le choc d’une crise économique.

Je vous avais indiqué que ce raisonnement était vicié, car les pays à forte protection ont un plus grand stock d’emplois fragiles maintenus artificiellement en vie, et qui vont être les premiers à succomber au retournement de la conjoncture.

Le prochain graphique représente la hausse du taux de chômage entre 2007 et 2011, en fonction du niveau de la protection de l’emploi. Si cette dernière avait un quelconque effet bénéfique, nous devrions observer une relation décroissante entre les deux variables. Au contraire, le nuage de point ne laisse apparaître aucun lien significatif entre protection et variation du taux de chômage en période de récession.

La qualité des emplois dégradée

Dernier point auquel les commentateurs honnêtes devraient être sensibles, la protection dégrade la qualité des emplois. Généralement, l’argument inverse est opposé à la libéralisation du marché du travail. Pourtant le dernier graphique représente la part de l’emploi temporaire en fonction de la protection des emplois permanents. Comme pour le taux de chômage, la corrélation est assez frappante. Plus les emplois permanents sont protégés, plus les entreprises ont recours aux emplois temporaires.

Et comme en général la protection du passé se fait en compromettant l’avenir, l’effet est trois fois plus important chez les jeunes. Un point de protection sur l’échelle de l’OCDE correspond en moyenne à 13 points de pourcentage dans la part des emplois temporaires chez les moins de 25 ans ! Et ils seront pourtant parmi les premiers à aller manifester pour défendre ce système…

Voir aussi :

Voir les commentaires (8)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (8)
  • Les manifestants les plus nombreux sont souvent ceux qui profitent du système.
    Certains jeunes manifestent, souvent par distraction parce qu’ils n’ont pas de travail, mais ils sont minoritaires.

  • Il est tellement évident qu’une « protection » provoque l’effet inverse que l’on ne s’étonnera pas du résultat final dans quelques mois/années.
    Tout ce que l’Etat veut mettre en place se traduit par un désastre, le logement etc., on le paiera cher sous peu.
    Mais ça donne des électeurs qui même victimes iront chercher la responsabilité chez les autres, c’est l’aveuglement du populisme gaucho qui marche trop bien, ils en paieront le prix mais nous aussi et même surtout nous.

  • @Acrithene

    Sans vouloir mettre en doute tes compétences, tu ne trouves pas que tes coefficients de détermination (R²) sont trop faibles pour en tirer une quelconque conclusion.

    • Non, le coefficient de détermination n’est pas l’instrument statistique qui permet de définir la fiabilité d’une corrélation. Le coefficient de détermination mesure le pouvoir explicatif d’une relation.

      Il n’y a rien de surprenant à avoir des coefficients de détermination faibles, car à l’évidence il existe d’autres causes explicatives du chômage que la protection de l’emploi.

      L’instrument correct pour juger la fiabilité (est-ce un résultat fortuit ou non) est le test de student, et son corollaire qui est la probabilité d’une corrélation fortuite (p-value). Je ne l’ai pas mis dans l’article, car ce n’est pas un article pour statisticien.

      Pour chaque graph, la p-value est de :

      ~ 0.1% (lien quasi certain)
      ~ 61% (lien probablement inexistant)
      ~ 3% (lien très très probable)
      ~ 0,4% (lien quasi certain)

      Autrement dit, la probabilité que la relation entre les deux variables du premier graph soit fortuite est de 1/1000

      • Article wikipédia sur la valeur p : http://fr.wikipedia.org/wiki/Valeur_p

      • Sur les deux premiers graphiques, n’a-t-on pas une relation en forme de U (ou plutôt de J) que l’on devrait retrouver sur les deux derniers graphiques s’il y avait les mêmes données en abscisse ? Ne pourrait-on en conclure qu’aucune protection est moyennement efficace, un peu de protection offre l’optimum, beaucoup de protection est totalement contre-productif ?

        • C’est possible. C’est difficile à dire. Le problème c’est qu’un échantillon comme ça est suffisant pour tirer un grand trait, mais on ne construit pas une cathédrale sur du sable. C’est assez risqué de faire une interprétation à ce point sophistiquée sur un nuage de cette taille.

  • Le vieux sénile de Rocard propose que l’on abaisse davantage le temps de travail pour créer des emplois, les américains, selon lui, ne travaillant pas plus de 31 heures par semaine. Vous ne comprenez donc rien !

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

La situation des finances publiques n'est pas brillante. Le niveau de dette s'établit à 112,9 % du PIB (2800 milliards d'euros, soit 164 000 euros par foyer imposable, environ 17 millions), le déficit public est attendu à -5 % en 2022 après -6,5 % en 2021. La trajectoire de retour au déficit sous les 3 % en 2027 suppose une croissance des dépenses limitées à 0,7 % sur la période, ce qui n'a jamais été réalisé sur plusieurs années et suppose des économies massives. Par ailleurs, la hausse des taux d'intérêt va augmenter mécaniquement la charge... Poursuivre la lecture

Par Christopher Paige. Un article du Mises Institute

Un cliché typique dans les milieux socialistes est que les pauvres et les opprimés refusent de voter pour leurs intérêts économiques. Voir, par exemple, l'ouvrage de Thomas Frank What's the Matter with Kansas ? How Conservatives Won the Heart of America.

Cette théorie est utilisée pour justifier divers stratagèmes antidémocratiques visant à "protéger" les personnes vulnérables contre elles-mêmes. Si, après tout, les pauvres ne votent pas dans leurs intérêts, alors pour... Poursuivre la lecture

Jeudi dernier, le gouvernement annonçait triomphalement que le nombre de chômeurs (catégorie A, sans activité) avait enregistré en France une nouvelle forte baisse de 5 % au premier trimestre 2022 par rapport au trimestre précédent. 169 100 personnes en moins se sont inscrites à Pôle Emploi, ce qui porte le nombre de chômeurs en catégorie A (celle sur laquelle communique le ministère du Travail) en France à 3,193 millions.

Si on regarde de manière plus granulaire les chiffres, en incluant les catégories B et C, la baisse n’est plus que... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles