François Hollande est-il un social-démocrate ?

Selon la majorité des journalistes, François Hollande aurait pris le virage social-démocrate. Est-ce vraiment le cas?

Selon la majorité des journalistes, François Hollande aurait pris le virage social-démocrate. Est-ce vraiment le cas ?

Par Jean-Yves Naudet.
Article publié en collaboration avec l’Aleps.

Nos confrères sont unanimes : sous l’impulsion du Président Hollande, la France a pris un tournant social-démocrate. Bien sûr, on n’a pas eu comme en 1981 un tsunami collectiviste – toutes les institutions financières et la plupart des groupes industriels ont été nationalisés. À l’époque on a voulu « rompre avec le capitalisme ». Pour autant, sommes nous entrés en social-démocratie ? La cacophonie règne en haut lieu, et plusieurs ministres et élus socialistes ne manquent pas d’évoquer nationalisations, réquisitions et spoliations. Non seulement ce n’est évidemment pas libéral, mais ce n’est même pas social-démocrate.

Nature de la sociale-démocratie 

Dans la plupart des pays, on voit en gros s’affronter une droite libérale et une gauche sociale-démocrate. Républicains et Démocrates aux États-Unis, Conservateurs et Travaillistes au Royaume-Uni, CDU-CSU et SPD en Allemagne.

La France échappe à ce schéma. La droite y est traditionnellement étatiste et colbertiste, héritage de Louis XIV, de Napoléon et du Gaullisme avec « l’ardente obligation » du Plan. Technocratie et énarchie n’ont guère arrangé les choses.

À gauche, dans la plupart des pays européens la rupture des socialistes avec le marxisme est consommée depuis longtemps. Elle est intervenue entre les deux guerres dans les pays nordiques, et elle a été proclamée au congrès de Bad-Godesberg en 1959 pour le SPD allemand. En Italie, au Portugal, en Grèce ou en Espagne, les socialistes ne sont plus communistes. La gauche européenne est donc ralliée à la sociale-démocratie.

Mais de quoi s’agit-il ? Dans la théorie des systèmes économiques, on ramène les choix à trois questions : que produire, comment, et pour qui ? La social-démocratie accepte le principe de l’économie de marché : c’est le marché qui révèle les préférences des consommateurs (que produire) et qui dirige la gestion des entreprises (comment produire). Mais elle juge le marché « injuste » et cherche à « réduire les inégalités » (pour qui produire ) par une large redistribution et un appel fréquent à l’État-Providence (même si dans beaucoup de pays la sociale-démocratie a évolué et pratiqué de nombreuses privatisations).

On n’a jamais connu en France une telle doctrine, même si la pression de Bruxelles et la mondialisation ont conduit à infléchir la politique économique ; par exemple les dirigistes au pouvoir ont dû accepter la concurrence et l’impératif de la productivité. Cela ne suffit pas à conclure à un « tournant social-démocrate » du gouvernement Ayrault, comme on peut l’observer notamment dans trois domaines.

Nationalisations

Le premier, c’est le retour en force du thème des nationalisations. Dès qu’un secteur est en difficulté, on voit des syndicalistes et des parlementaires réclamer à grands cris la nationalisation des entreprises concernées. Au sein même du gouvernement on trouve des partisans de cette solution, avec la figure emblématique d’Arnaud Montebourg, qui espère réussir ainsi le redressement productif. « La nationalisation temporaire est une solution d‘avenir » a-t-il déclaré. Même Jacques Attali lui a rappelé que « la France n’est pas la Corée du Nord ». Passons sur l’archaïsme de la proposition qui fleure bon le temps du Front populaire, ou du tripartisme de l’après-guerre : aucun pays démocratique n’a sérieusement nationalisé depuis des dizaines d’années.

Passons aussi sur le mépris porté à la propriété privée : on est loin de la conception des grands ancêtres de 1789 et de la reconnaissance du droit de propriété comme inviolable et sacré. Dans la logique du marché, les choses sont simples : ou bien l’entreprise est rentable, et on n’a pas besoin de l’État, ou bien elle ne l’est plus, et on ne voit pas pourquoi elle serait soutenue avec l’argent du contribuable (la nationalisation de Florange aurait coûté au départ un milliard au moins). Nos gouvernants s’acharnent à soutenir des activités et des firmes obsolètes, condamnées par l’évolution de la demande, des goûts et des techniques. En fait, avec leurs idées, on fabriquerait encore des diligences, 90% des Français travailleraient dans l’agriculture, et le minitel concurrencerait l’ordinateur. On n’a certes pas nationalisé, mais M. Montebourg est toujours ministre et il ressort sa solution miracle à chaque occasion.

Réquisitions

Le second domaine, c’est celui des réquisitions. C’est le cas en matière de logement. Que propose Madame Duflot ? D’honorer le droit au logement opposable en réquisitionnant les logements vides. Pas ceux de l’État, bien sûr, nos dirigeants tiennent à leurs palais, mais ceux des particuliers et ceux de l’Église, accusée de ne pas s’occuper des mal-logés, ce qui participe d’une ignorance crasse ou d’un sectarisme primaire. Un gouvernement social-démocrate, et a fortiori un gouvernement libéral, penserait à encourager la construction, en libérant des terrains, en libérant le marché, les prix, et en réduisant les obstacles administratifs qui créent une pénurie artificielle de logements. Mais avec Madame Duflot, on reste dans la grande tradition communiste avec la priorité au logement social. La loi Gayssot, dite SRU (Solidarité et Renouvellement Urbains) a été encore renforcée et désormais c’est 25% du parc immobilier qui doit être « social ».

Autre point commun avec les nationalisations : le mépris du droit de propriété. Il va de pair avec le mépris du marché : l’investissement immobilier privé est pénalisé par les subventions et les privilèges qui bénéficient aux HLM, par le contrôle des loyers, par la chasse aux plus-values et l’impôt sur la fortune.

Spoliations

Le troisième domaine, c’est celui des spoliations. Certes, tout impôt est une atteinte à un droit de propriété. Mais on est loin du temps où Montesquieu considérait l’impôt comme la part que l’on acceptait de verser pour protéger ce que l’on possédait (le salaire de l’État gendarme). Non seulement nous avons l’État providence, les impôts fortement progressifs et redistributifs, mais nous avons désormais la spoliation. Le Conseil constitutionnel, pourtant prudent et guère suspect d’ultra-libéralisme, l’a reconnu. La taxe à 75% en était le symbole, mais d’autres éléments plus discrets, comme l’ISF, vont dans le même sens.

Où commence la spoliation ? Au-delà de 0% d’impôts diront les uns ; à partir de 50% diront d’autres (d’où le bouclier fiscal un temps mis en œuvre sous Sarkozy ou la position pendant un moment de la Cour constitutionnelle allemande). Mais pourquoi 50% ? On peut donc discuter à l’infini, mais personne ne doute qu’à 75%, voire plus, la spoliation crève les yeux et que les effets pervers vont jouer à plein (au-delà du folklore Depardieu, combien de Français « votent déjà avec leurs pieds » ?).

En fin de compte, si le gouvernement semble avoir renoncé à nationaliser, réquisitions et spoliations sont bien à l’ordre du jour. À la différence des sociaux-démocrates de tous pays, les socialistes français sont toujours dans une logique de lutte des classes, avec la haine des riches et de la propriété privée. « L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de la lutte des classes » et « les communistes peuvent résumer leur théorie dans cette formule unique : abolition de la propriété privée » : deux phrases clefs du manifeste communiste de Marx et Engels. L’Humanité de jeudi dernier s’en réclamait. Nombreux, au gouvernement et au Parlement, ceux qui s’activent en ce sens.


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