Irina Golovkina : les Vaincus de la terreur communiste

Dans Les Vaincus, Irina Golovkina assume le point de vue des « vaincus », ces Russes blancs défaits par les Bolcheviks et l’Armée rouge, leurs sombres destinées sous le totalitarisme de Lénine et de Staline.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Les Vaincus, par Irina Golovkina (Crédits : Editions des Syrtes, tous droits réservés)

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Irina Golovkina : les Vaincus de la terreur communiste

Publié le 10 janvier 2013
- A +

Dans Les Vaincus, Irina Golovkina assume le point de vue des « vaincus », ces Russes blancs défaits par les Bolcheviks et l’Armée rouge, leurs sombres destinées sous le totalitarisme de Lénine et de Staline.

Par Thierry Guinhut.

L’Histoire est, dit-on, écrite par les vainqueurs. Pourtant, la littérature soviétique est tombée aux oubliettes du réalisme socialiste, médiocre, mensonger. L’envers d’un décor de soixante-dix ans fut alors brossé avec courage par Soljenitsyne, par Chalamov, avant qu’il s’écroule sous le poids de son impéritie.  La plume d’Irina Golovkina assume le point de vue des « vaincus », ces Russes blancs défaits par les Bolcheviks et l’Armée rouge, leurs sombres destinées sous le totalitarisme de Lénine et de Staline.

Oleg est le pivot de cette vaste fresque familiale et nationale. Autour de l’ancien officier du Tsar, gravitent les derniers représentants de la noblesse, de la culture russe et européenne, alors que les brutes prolétariennes les assiègent jusqu’à l’exil et la mort. A l’instar de cette constellation de personnages, le récit omniscient se partage entre plusieurs narrateurs, suivant Oleg ou Liolia, nous confiant le journal intime d’Elizaveta. Ainsi deux femmes aiment le noble et bel Oleg : Elizaveta, infirmière, qui le soigne avant de disparaitre de l’hôpital, gardera dans son cœur une admiration passionnée pour le jeune héros qui est pour elle un symbole de la Russie. Plus tard, à Saint-Pétersbourg, devenue Leningrad, elle le revoit dans les bras de la jeune Assia qu’il épouse. Cette fragile pianiste aux longs cils lui donnera deux enfants. Mais, quoique caché sous un faux nom, chassé de son travail, traqué par la Guépéou, il finira fusillé, à cause de son origine. Une myriade d’acteurs forme une microsociété de l’ancien régime en perdition, tandis que dans les appartements devenus communautaires, les ouvriers du parti, pétris de langue de bois, de vulgarité,  sont infiltrés de mouchards, et que la pauvreté la plus sordide gangrène le pays, hors quelques privilégiés et profiteurs du nouveau régime : ce sont « les attributs incontournables de la dictature du prolétariat », où « la conscience de chacun doit être soumise au contrôle de la société ». Dans les camps, les parmi les vexations, la promiscuité, le froid, les travaux d’esclaves, « la situation sanitaire est désastreuse ». Liola est forcée de devenir indicatrice au service de la Guépéou, avant de goûter du goulag pour avoir tu l’origine aristocratique d’Oleg. Même le parfait prolétaire méritant, Viatcheslav, doute avant d’être broyé par la terreur stalinienne.  Pourtant des rebondissements, des retrouvailles sont parfois possibles : le prolétaire et l’aristocrate, en une union sacrée dans les tenailles de la tyrannie, s’aiment un court instant. Ainsi ce tableau documentaire de la classe abattue, des souffrances populaires est aussi criant qu’historiquement avéré.

Certes, un tel roman-feuilleton tire parfois sur la corde du pathétique, mais il ne perd jamais sa redoutable efficacité. Y compris lorsque, apportant un éclairage inédit,  la romancière montre les protagonistes tentant de conserver leur mode de vie, leurs bonnes manières, le rituel élégant des maigres repas, lorsqu’ils bradent leurs trésors de famille pour subsister, lorsque la fidélité à l’église orthodoxe est une résistance. Le pieux Mika s’écrie : « Mais que valent alors toute cette morale communiste et toutes ces promesses de vie heureuse ? »La finesse psychologique n’est pas en reste : qu’il s’agisse des liens d’amour ou des portraits, surtout féminins, Irina Golovkina met au service de son roman autobiographique une profonde connaissance de l’humanité.

L’on sait en effet que la romancière Irina Golovkina (1904-1989), petite fille du compositeur Rimski-Korsakov, s’appuie sur les avanies subies par sa famille pour écrire dans les années soixante ce qui fut d’abord diffusé en samizdat, puis publié de manière posthume en 1992. Grâce à la technique narrative qui fit la réussite du réalisme du XIX° et de Tolstoï, ce roman bouleversant, à la langue juste et élégante, cette somme sans longueur, mérite de rester, au-delà du témoignage, un classique.

Lien Amazon vers le livre

Article publié dans Le Matricule des anges, novembre-décécembre 2012

Voir les commentaires (3)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (3)
  • Cômment, on ose titrer « Terreur stalinienne », Cômment, par le « petit père des peuples », on m’aurait menti tout ce temps ?

    • Ne vous inquiétez pas. Les communistes mis à l’Education Nationale par DeGaulle, qui font du révisionnisme dans les programmes scolaires, s’occuperont de corriger ce détail. N’oublions pas le « bilan globalement positif ».
      Nos gamins n’auront plus à se poser de questions perturbantes.

      • Bof n’exagérons pas : aujourd’hui Staline est devenu indéfendable même à l’extrême gauche, donc on revient aux textes en expliquant qu’ils ont été perverti par des dictateurs.

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don
poutine
2
Sauvegarder cet article

https://www.youtube.com/watch?v=2y40xZ5sGbM

 

Les premiers commentaires du discours « historique » ont insisté sur le fait que Poutine s’adressait par priorité au peuple russe pour redorer un blason terni par les Ukrainiens qui ont l’audace de lui résister, avec l’aide des Occidentaux.

De fait, il s’est situé dans ce qui lui semble être à la gloire de la grande et éternelle Russie : de Pierre le Grand à Joseph Staline, des tsars à l’URSS, les Russes peuvent être fiers de leur histoire, et c’est la raison pour laquell... Poursuivre la lecture

5
Sauvegarder cet article

Le Secrétaire national du Parti communiste français (PCF) Fabien Roussel a clairement décidé de jouer les trublions au sein de la toute nouvelle toute fragile union de la gauche. On savait déjà qu’il n’hésitait pas à se moquer des obsessions écoféministes hallucinées de Sandrine Rousseau, s’affichant volontiers en train de savourer un splendide steak grillé ou lui rétorquant récemment à propos de la polémique sur le virilisme coupable du barbecue qu’il n’avait que faire des discours sur « le sexe des escalopes » !

Comme si une telle hé... Poursuivre la lecture

communisme France
5
Sauvegarder cet article

Le parti communiste français (PCF) a été créé en 1920 et a eu un rôle politique important après la Seconde Guerre mondiale. Mais il a perdu ce rôle depuis beaucoup d’années. Certes, en principe, le parti communiste français existe encore, mais on n'en entend jamais parler car il ne joue aucun rôle public important.

Ainsi en 2021 ce parti a perdu sa dernière présidence de conseil départemental. Il dispose encore un nombre limité d’adhérents et son journal, L’Humanité, existe encore (mais est fort rarement évoqué).

On a donc le se... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles