Les derniers jours d’Hugo Chávez ?

Alors que l’état de santé d’Hugo Chávez se dégrade, les rumeurs concernant sa succession et l’avenir du Venezuela abondent.

Alors que l’état de santé d’Hugo Chávez se dégrade, les rumeurs concernant sa succession et l’avenir du Venezuela abondent.

Par Juan Carlos Hidalgo.
Publié en collaboration avec le Cato Institute.

La nuit dernière, depuis La Havane, le vice-président du Venezuela Nicolás Maduro a annoncé que Hugo Chávez souffrait de nouvelles complications post-opératoires suite à la quatrième intervention chirurgicale pour son cancer. Les rumeurs abondent sur l’état réel du président, mais il semble dorénavant probable que Chávez ne sera pas en mesure de retourner au Venezuela le 10 janvier pour prêter serment pour un nouveau mandat de six ans.

Hugo Chávez est la figure emblématique de la politique latino-américaine de la dernière décennie. Son populisme autoritaire ne diffère pas beaucoup de celui des autres dirigeants latino-américains, mais son influence sur la politique régionale, soutenue par près de mille milliards de dollars en revenus pétroliers, a été sans précédent. Son éloignement durable aurait des répercussions immédiates non seulement pour le Venezuela, mais aussi pour toute l’Amérique latine.

Commençons avec le Venezuela : la Constitution stipule que si le président élu est frappé d’incapacité permanente l’empêchant d’être assermenté, alors c’est au président de l’Assemblée nationale d’assumer l’intérim et une nouvelle élection doit être tenue dans les 30 jours. C’est actuellement le scénario le plus probable, en vertu duquel le président temporaire serait Diosdado Cabello, une figure influente du PSUV, le parti de Cháve , et ayant un long passé militaire. Cependant, Nicolás Maduro, l’actuel vice-président et ministre des Affaires étrangères, a été adoubé par Chávez comme le candidat de son parti dans l’hypothèse d’une nouvelle élection. Maduro est considéré comme le successeur désigné pour le poste.

La première question est de savoir comment évoluerait l’unité du PSUV en l’absence de Chávez. Certains craignent une lutte fratricide dans les rangs du chavisme pour le contrôle du pouvoir gouvernemental. Cabello peut s’appuyer sur la loyauté des hauts responsables militaires. Maduro compte sur le soutien de La Havane et le puissant appareil de renseignement cubain qui contrôle les services de sécurité du Venezuela. Jusqu’à présent, Cabello et Maduro ont affiché un front uni, mais cela pourrait changer si Chávez venait à disparaître définitivement. L’incertitude plane concernant l’attitude de la milice bolivarienne, forte de 25.000 Chavistes jusqu’au-boutistes, armés de fusils russes et formés par le gouvernement pour « défendre la révolution ». Ni Cabello, ni Maduro ne semblent jouir de leur plein soutien.

Ensuite, nous avons la tenue rapide d’une élection. Trente jours est un temps incroyablement court pour organiser un nouveau vote. Il est très probable que Capriles Henrique serait de nouveau le candidat de l’opposition. Avant l’élection du 7 octobre, qui a vu la victoire de Chávez sur Capriles, les sondages montraient que le candidat de l’opposition était en mesure de l’emporter face à toute autre figure du PSUV, y compris Maduro, lors d’une élection sans Chávez. Toutefois, le chavisme a prouvé qu’il pouvait gagner sans son leader, notamment en battant l’opposition lors des élections des États du 16 décembre. Un scrutin organisé juste 30 jours après la mort de Chávez serait probablement marqué par son empreinte et son héritage. Je m’attendrais à ce que le candidat du PSUV bénéficie d’un important vote de sympathie en raison d’un Chávez récemment décédé. Capriles aurait un rude combat dans ces circonstances.

Au plan régional, la disparition de Chávez aurait un impact important sur les pays satellites du Venezuela. Cuba est certainement la plus vulnérable. L’économie cubaine pourrait probablement imploser sans l’aide pétrolière massive qu’elle reçoit en provenance du Venezuela. Cela mettrait en danger la continuité du régime de Castro. C’est pourquoi La Havane pourrait jouer un rôle actif dans les décisions concernant la succession de Chávez. D’autres alliés régionaux comme le Nicaragua, l’Équateur et la Bolivie pourraient être aussi confrontés à des compressions de l’aide économique, mais sans doute pas assez pour menacer la stabilité des dirigeants au pouvoir.

Il est clair, depuis un moment, que le régime populiste de Chávez ne fonctionne pas. Le Venezuela est en ruine. Le pays connait des pénuries de produits de base. Son infrastructure est littéralement en train de s’effondrer. C’est le pays le plus corrompu de la région. Il possède l’un des taux de criminalité les plus élevés du monde. Pendant ce temps, les pays qui ont choisi le capitalisme démocratique comme le Chili et le Pérou se portent beaucoup mieux et représentent un modèle beaucoup plus attrayant. La mort de Chávez ne ferait qu’accélérer la disparition de son prétendu « socialisme du 21e siècle ».


Sur le web.
Traduction : Raphaël Marfaux pour Contrepoints.