Compétitivité en Europe : la France décroche

L’OCDE a publié une nouvelle étude sur les coûts salariaux unitaires de la zone euro qui montre une détérioration de la compétitivité de la France.

L’OCDE a publié une nouvelle étude sur les coûts salariaux unitaires de la zone euro qui montre une détérioration de la compétitivité de la France.

Un article d’Open Europe.

Voici un court billet sur un sujet que nous avons déjà abordé dans notre papier sur la dévaluation interne et que nous serons amenés à étudier plus en détail au cours de la nouvelle année : la compétitivité au sein de la zone euro.

Il y a quelques jours, l’OCDE a publié une nouvelle étude sur les coûts salariaux unitaires (CSU) [1] de la zone euro qui montre une détérioration pour l’Italie et la France et une légère amélioration pour l’Espagne.

Coûts salariaux unitaires, base 100 en 2000. Grèce = rouge clair, Espagne = vert, Allemagne = rouge foncé, Italie = bleu et France = turquoise.

Le CSU est souvent considéré comme une appréciation de la compétitivité d’un pays : même s’il est loin d’en constituer la seule mesure, c’est un indicateur utile pour analyser la situation. Comme le montre le graphique ci-dessus les CSU de l’Italie augmentent plus vite à la fin de cette année que ceux de l’Espagne, de la Grèce et, évidemment, de l’Allemagne. Cette tendance ne fera que s’aggraver et la France pourrait bien se retrouver dans une situation similaire en 2013/2014 si les choses continuent sur leur trajectoire actuelle.

Cela met en évidence un point que nous avons déjà relevé précédemment : en dépit de toute son action sur le plan budgétaire, le Premier ministre italien Mario Monti n’a pas su produire les mêmes efforts pour engager les réformes nécessaires du marché du travail, développer la productivité et améliorer le climat des affaires – d’autres domaines qui favoriseraient également la compétitivité du pays. En raison des élections qui auront lieu en Italie au début de l’année 2013, il faut s’attendre à peu de réforme au cours du premier trimestre. Ce n’est peut-être pas pertinent compte tenu de la forme que pourra prendre le nouveau gouvernement : il n’y a aucune garantie d’une coalition stable favorable à la réforme en Italie.

Les résultats sont également préoccupants pour la France, qui ne peut se permettre de prendre du retard par rapport aux autres pays de la zone euro, notamment parce que beaucoup de ces pays s’efforcent aussi d’améliorer leurs déficits budgétaires et leurs comptes publics, tout en engageant d’importantes réformes des marchés et un certain nombre de déréglementations – que le gouvernement français a montré peu d’empressement à produire.

Quant à l’Espagne et à la Grèce, les chiffres sont un peu plus positifs avec leurs politiques d’ajustements qui ont clairement eu un effet – même si, comme le note l’OCDE, une grande partie de ceci s’est fait par une destruction de l’emploi et une baisse de la demande domestique et non par des mesures de rigueur réussies. Il est également clair qu’il y a encore du chemin à parcourir avant d’atteindre les niveaux de l’Allemagne (ou d’entrer dans une zone d’écarts de coûts acceptables, comme nous l’avons souligné précédemment). Avec un niveau de chômage déjà très élevé dans ces deux pays, les ajustements restant à produire sont susceptibles d’être douloureux.

Beaucoup de gouvernements de la zone euro devraient mettre à profit la période des fêtes pour réfléchir.


Sur le web.
Traduction : Raphaël Marfaux pour Contrepoints.

Note :

  1. Le coût salarial unitaire est le rapport entre le coût du travail et la productivité du travail.