La crise, conséquence logique du capitalisme ?

Qui peut ignorer l’existence de la crise actuelle dans les pays développés ? Mais qui sait vraiment l’expliquer ? Essai d’analyse des vraies causes.

Qui peut ignorer l’existence de la crise actuelle dans les pays développés ? Mais qui sait vraiment l’expliquer ? Essai d’analyse des vraies causes.

Par Boris Navio.

À moins d’avoir passé les quatre dernières années enfermés dans un bunker, vous êtes au courant de la crise colossale qui a frappé l’économie mondiale, la tristement célèbre crise des subprimes suivie de la crise des dettes souveraines. Mais que savez-vous réellement des causes de la crise, et donc des leçons à en tirer ? Si par malheur vous avez trop écouté les brillantes analyses des économistes pouvant se targuer du label « Vu à la TV », vous n’avez aucun doute sur la responsabilité pleine et entière du système capitaliste et des banquiers. Reste juste à savoir dans quelles proportions l’un et l’autre se partagent cette responsabilité.

Vous n’avez pas pu échapper aux accusations contre une finance spéculative et déconnectée de l’économie réelle. Quand on voit dans quel monde vivent ces grands banquiers, ces grands actionnaires, ces traders aux bonus survitaminés, qui peut douter que ces gens ont perdu pied avec la réalité et sont ivres d’argent facile ? À dire vrai je ne suis pas le dernier à le penser. Tout comme je suis scandalisé que de jeunes prétentieux puissent jouer et perdre en bourse les retraites de milliers d’honnêtes gens. Comment a-t-on pu laisser faire de telles choses ?

Remontons aux origines de la crise, donc aux États-Unis, le paradis du marché libre et sauvage selon à peu près tout le monde (sauf vous et moi). De grandes banques ont fait faillite lorsque la bulle immobilière a éclaté, dont les célèbres Fannie Mae et Freddie Mac, entraînant avec elles le reste de l’économie. Pourquoi ? Parce qu’elles ont accordé des crédits beaucoup trop risqués à des familles insolvables, si bien que quand le prix de leur maison, sur laquelle leur crédit était gagé, s’est effondré, ces familles se sont retrouvées à la rue. Les antilibéraux du monde entier hurlent au scandale, ils sont persuadés que c’est la soif de profit des banquiers qui les a poussés à accorder des crédits risqués à de pauvres familles, déclenchant cette méga-crise. Mais les libéraux disent exactement la même chose ! Pourtant les libéraux ont eu un réflexe, le même réflexe qui leur a permis de découvrir le véritable fonctionnement de l’économie : ce réflexe c’est de voir plus loin que le bout de leur nez. Là où certains s’arrêtent à l’explication de façade, les libéraux ont voulu comprendre le pourquoi du pourquoi.

Reprenons : des agents économiques se sont montrés totalement irresponsables, soit. Pour quelle raison ? Pourquoi eux se conduisent-ils de la sorte là où bien d’autres chefs d’entreprise, devant une opportunité de profit immédiat, pourraient prendre des risques démesurés mais ne le font pas ? Lorsqu’on veut enseigner l’économie aux débutants, il faut commencer par leur apprendre que ce qui nous retient de nous conduire n’importe comment ce sont avant tout les conséquences de nos actes, autrement dit la responsabilité qui découle naturellement de toute liberté. Si le patron fondateur d’une PME a des envies subites d’investissement dans un projet risqué, il doit être conscient qu’un échec signifiera pour lui la faillite, la fin tragique de l’œuvre de sa vie, le chômage pour des employés qu’il connaît bien, et la ruine pour les actionnaires qui souvent sont sa propre famille. Alors il préfère se raviser et investir raisonnablement pour assurer son succès à terme. Il en va de même pour toute décision risquée, notre raison nous retient de « tenter le jackpot » car nous supporterions rudement les conséquences de notre échec.

Revenons à nos banquiers aventureux. Que s’est-il passé pour eux ? Dans le pire des cas ils ont perdu leur emploi, ce qui à leur niveau ne les empêchera pas d’en retrouver, et dans le meilleur des cas ils l’ont même conservé. De même pour les traders et autres financiers mis en cause dans les faillites retentissantes de ces deux dernières années. En fait, même Fannie Mae et Freddie Mac ont été sauvées par les super-héros qui dirigent notre planète. Enfin, sauvées… disons que leurs caisses ont été renflouées, au motif qu’une faillite serait le pire scénario pour l’économie, un terrible constat d’échec. Heureusement l’État, avec son pouvoir de financement, a sauvé nos malheureux banquiers. Mais avec quel argent ? Celui du contribuable, le vôtre !

Pouvait-on s’attendre à un tel dénouement ? OUI, et dix fois OUI. Quel homme politique serait assez bête pour laisser passer l’occasion de jouer au sauveteur de l’économie ? Prenez de l’argent au contribuable, dites-lui que cet argent sauvera le pays d’une faillite apocalyptique, et vous devenez un héros au volontarisme politique exceptionnel. Mais les dirigeants de grandes institutions bancaires savaient bien que personne n’oserait les laisser couler, ils le savaient depuis le début. Chers lecteurs, nous voilà arrivés au cœur du problème, il est temps de bien retenir ceci : dans cette histoire les profits ont été privatisés alors que les pertes ont été mutualisées. Autrement dit les banquiers et autres financiers se sont trouvés dans une situation où les gains allaient dans leur seule poche tout en sachant qu’en cas de perte, c’est le contribuable qui paierait la facture. Qui n’aurait pas pris des risques maximums dans ce cas ? Vous pouvez dire ou penser le contraire, mais vous et moi aurions agi comme ces messieurs.

Arrivé à ce stade le libéral se demande alors comment une situation aussi absurde et injuste a pu seulement exister. Les coupables ne sont pas bien loin, vous les voyez à la télé tous les jours. Ce sont les hommes et femmes politiques qui par leurs lois ont d’abord forcé les banques américaines à accorder des crédits à des familles insolvables dans le seul but de faire passer en force leur rêve d’une Amérique de propriétaires ou d’une égalité de condition économique parfaite entre les minorités. Les banques n’ont pas tellement rechigné à s’exécuter, elles avaient la caution des banques de refinancement Fannie Mae et Freddie Mac, qui elles-mêmes avaient la caution de l’État, donc en dernier ressort la caution bien involontaire du contribuable.

Les incitations sont le ressort le plus puissant des comportements humains. Dîtes à quelqu’un que vous serez toujours là pour le sortir des difficultés, et il deviendra le plus irresponsable des hommes. En conclusion, et vous l’aurez compris, tant que vous, contribuables, accepterez de payer les pots cassés, ceux qui le peuvent casseront des pots si cela peut les enrichir. Autrement dit ce n’est pas la dernière crise qui nous menace à l’avenir, et le capitalisme, qui glorifie la responsabilité, n’y est pour rien. En supprimant la responsabilité dans le secteur bancaire, les politiques ont vidé le capitalisme de sa substance, ce système hybride est indigne du qualificatif de capitaliste. Rétablissons les saines incitations, et le système pourra enfin tourner rond.

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