Et si l’austérité marchait ?

En Espagne, la rigueur intransigeante du gouvernement, imperturbable face aux protestations, donne des premiers résultats positifs.

En Espagne, la rigueur intransigeante du gouvernement, imperturbable face aux protestations, donne des premiers résultats positifs.

Par Guy Sorman.

Mariano Rajoy

L’économie est une science impopulaire, cruelle, mais relativement exacte et plutôt efficace. Ainsi, face au déficit gigantesque des finances publiques en Europe, la plupart des économistes classiques sont d’accord sur l’analyse de la crise et les solutions. Le déficit était dû à un excès de générosité de l’État envers lui-même et au bénéfice des plus nécessiteux ; à cette dérive bien pensante s’était ajoutée, à partir de 2008, une politique dite de relance. Celle-ci avait encore augmenté les dépenses publiques, sans susciter le moindre sursaut de la croissance ni de l’emploi. Pareil déficit des finances publiques a effrayé les épargnants, également appelés Marchés financiers pour mieux les dénoncer. Ces épargnants, dont beaucoup de retraités, exigent des taux d’intérêt de plus en plus élevés pour prêter aux États par crainte que ceux-ci ne fassent faillite, comme l’Argentine, et ne remboursent pas leurs obligations.

Il aurait été théoriquement possible de s’extraire de ces déficits par la croissance qui fait rentrer les impôts. Ce fut la norme lors de précédentes crises des finances publiques dans les années 1980. Hélas ! la croissance, cette fois-ci, a fait défaut parce que les coûts salariaux de la production ont rendu de nombreux produits et services européens, au Sud particulièrement, plus onéreux que leur strict équivalent fabriqué dans des pays à coûts salariaux moindres. La solution économique classique exige donc et de réduire les dépenses publiques et les salaires pour s’en retourner, à terme, à la croissance et au plein emploi. Ces politiques dites d’austérité ne sauraient être populaires puisque nul ne peut garantir leur résultat certain, ni à quel terme ?

Dans l’attente d’un succès hypothétique, les salariés et les bénéficiaires des services publics sont priés de se serrer la ceinture, de ne pas trop protester et de faire preuve de patience. Certains activistes qui sont parfois économistes, par rage, conviction, ignorance ou démagogie ont envisagé des alternatives comme la sortie de l’euro : ils n’ont, par bonheur, pas été entendus puisque sortir de l’euro quand on est endetté en euros n’aurait aucun sens. Mais sur ce fond crépusculaire, voici qu’apparaissent des nouvelles encourageantes. En Espagne, la rigueur intransigeante du gouvernement d’obédience libérale, imperturbable face aux protestations, donne des premiers résultats positifs. La baisse des salaires espagnols, une sorte de dévaluation interne sans sortir de l’euro, a fait baisser les coûts du travail très en-dessous de la moyenne de la zone euro (-30% selon la banque Arcano), tandis que la productivité est à peine inférieure à la moyenne européenne (-10%). L’économie espagnole retrouve donc des couleurs : depuis 2008, les exportations espagnoles ont augmenté de 17%, contre +12% en Allemagne et 5% en France. Renault qui supprime des emplois en France et en supprimerait plus encore si le gouvernement ne s’y opposait pas, annonce la création de 1 300 postes nouveaux en Espagne, en même temps que Ford et PSA y augmentent leur production. PIMCO, le premier gestionnaire au monde de dettes publiques obligataires, lâche l’Allemagne dont les obligations ne rapportent rien et investit de nouveau dans des obligations espagnoles, considérées désormais comme rémunératrices et sans risque majeur.

En conclura-t-on que l’Espagne est sauvée par l’austérité ? En même temps, la France inquiète toujours plus en raison de l’incapacité du gouvernement socialiste de réduire vraiment les dépenses publiques – tout en augmentant fortement les impôts, donc les coûts de production. Seul le temps apportera la réponse : si les Espagnols acceptent leur appauvrissement pendant deux ou trois années encore, en grande partie grâce à leur remarquable solidarité familiale, ils retrouveront leur prospérité antérieure et mieux. On rappellera que ces politiques de rigueur avaient déjà fait leur preuve au Nord de l’Europe, en Suède, dans les pays Baltes et en Allemagne. Mais au Sud, jamais. Un succès espagnol démontrerait donc que la science économique ne dépend pas du climat ni de la culture locale, mais bien de la cohérence et de la continuité avec laquelle elle est appliquée. La seule bonne politique économique, disait Raymond Barre qui fut économiste et homme d’État, une combinaison plutôt rare, est celle qui s’inscrit dans la durée.

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