Racisme anti-blanc (2) : négation universitaire du phénomène

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Quelle est la réalité du racisme anti-blanc ? Quelle est son importance ? Comment les chercheurs le nient-ils ?

Quelle est la réalité du racisme anti-blanc ? Quelle est son importance ? Comment les chercheurs le nient-ils ?

Par Domi.

Suite de la première partie : le ressenti des victimes.

En utilisant récemment l’expression « racisme anti-blanc », Jean-François Copé a suscité un grand nombre de commentaires. Pour les uns, il dénonçait un phénomène impossible à nier. Pour les autres, l’expression risquait de minimiser le « vrai racisme », celui dont les blancs sont les auteurs, voire de le justifier.

Un article du Monde, écrit par Élise Vincent (week-end du 27 octobre, supplément culture et idées) faisant le point sur cette question, le phénomène sera décrit en commentant cet article.

Pour cela, deux méthodes de mesure de l’importance du racisme anti-blanc seront utilisées :

  • à partir du ressenti des victimes supposées (premier article),
  • en nous intéressant à la négation du racisme anti-blanc par l’université (articles 2, 3 et 4).

Selon le Monde, parmi les chercheurs spécialistes du sujet, seul Pierre-André Taguieff reconnaît l’existence d’un racisme anti-blanc de nature comparable au racisme venant des blancs.

Les arguments des chercheurs niant la réalité/la signification du racisme anti-blanc ont été regroupés en trois catégories :

  • Le racisme anti-blanc n’est pas du racisme car il n’y a pas d’idéologie derrière (article 2, cet article),
  • Le racisme anti-blanc n’est pas du racisme car il s’agit tout au plus d’une réaction à un racisme préalable (article 3, article suivant),
  • Le racisme anti-blanc n’est pas du racisme car il ne s’agit pas d’un système de domination économique (article 4, dernier article).

L’auteur de l’article original utilise fréquemment la technique consistant à former des phrases traduisant la pensée des universitaires qu’elle a interrogés en précisant avec des guillemets quels mots viennent de leur bouche. Pour ne pas utiliser une double série de guillemets je les emploierai pour la phrase issue de l’article et soulignerai les mots utilisés par les universitaires.

Je supposerai pour le reste que la journaliste a correctement traduit la pensée des universitaires qu’elle tente d’exprimer et a fait une synthèse juste de la doctrine universitaire dans ce domaine.

L’absence d’idéologie

Véronique de Rudder (unité de recherche Migrations et société, rattachée au CNRS) :

Il faut trois choses pour définir le racisme : une idéologie, des représentations et des actes.

Selon elle, l’idéologie ferait défaut dans le cas des actes commis à l’encontre des personnes perçues comme blanches.

Décrivons tout d’abord les composantes les plus larges du racisme du fait des blancs (les deux formes de racismes anti-minorités). Recherchons ensuite la définition que l’usage commun et médiatique a retenue pour savoir si les conditions énumérées par Mme de Rudder sont utilisées pour le définir (définition du racisme anti-minorités par l’usage). Tentons alors, d’étendre au cas des minorités la définition qui a été empiriquement retenue pour les blancs, qu’elle respecte ou non les critères de Mme De Rudder pour connaitre leur degré de racisme ou de non racisme (extension de la définition du racisme commune anti-minorité au racisme anti-blanc).

Les deux formes de racismes anti-minorités

La forme la plus extrême du racisme fait de la race un critère suffisant pour définir un ennemi.

Pour de tels extrémistes, les représentants d’une ethnie donnée seront des dangers par définition, qu’il s’agisse de personnages fourbes cherchant à dominer le monde (les juifs) ou d’attardés mentaux incapables de réfréner leurs pulsions sauvages (les noirs). Selon un raisonnement un peu plus sophistiqué, même si une personne d’une autre ethnie pouvait présenter certaines qualités la logique de la « guerre des races » en ferait de toute manière un ennemi objectif.

À côté de ce racisme idéologique existe un racisme commun qui présume qu’une personne d’une race donnée présentera tel ou tel défaut mais qui admet la preuve contraire.

Il y a donc différents degrés de racisme selon les plus ou moins grandes possibilités existant d’apporter la preuve contraire au défaut que le raciste attribue à l’homme d’une race donnée.

Il reste à déterminer le critère utilisé par le raciste blanc « commun » pour faire la différence entre le « bon » noir/arabe et les autres. En pratique une personne d’une race donnée pourra être acceptée par un tel raciste s’il lui est prouvé que cette personne est éloignée de la culture dominante de son groupe racial et proche de celui du raciste.

J’ai connu un restaurateur, lui-même d’origine espagnole, qui rejetait systématiquement les « arabes » qui tentaient d’entrer dans son restaurant estimant « que cela ferait fuir la clientèle » et dont les piliers de bars étaient son frère et un antillais. Cette différence ne correspondait pas à une meilleure considération pour les noirs de sa part.

Cependant, les arabes qui entraient étaient des personnes assez mal vêtues qui baragouinaient un français approximatif avec un fort accent d’Afrique du nord tandis que l’Antillais en question s’exprimait avec l’accent régional et connaissait parfaitement le football (autant qu’on puisse le connaitre devant un poste de télévision).

Comme dans cet exemple, le racisme dont sont le plus fréquemment victimes les minorités combine le rejet fondé sur le critère culturel et une présomption fondée sur la race. Néanmoins, si les stéréotypes sont présents, faut-il y voir l’adhésion à une idéologie raciste ? Il est difficile de faire correspondre de telles attitudes avec la définition restrictive du racisme retenue par Mme De Rudder.

Définition par l’usage du racisme dont les minorités sont victimes

Pourtant, le comportement du restaurateur serait communément considéré comme du racisme. Le mouvement anti raciste, dénonçant traditionnellement les réflexes racistes de la majorité blanche a très largement étendu son champ d’action au-delà de la lutte contre une stricte idéologie raciste au point que la personne commençant une argumentation par « je ne suis pas raciste mais… » est très vite suspectée de racisme. De la même manière, les déclarations d’hommes politiques comme Jacques Chirac « et je ne vous parle pas de l’odeur » ou de Brice Hortefeux « C’est quand il y en a plusieurs qu’il y a un problème » qui relèvent d’un racisme fondé sur les stéréotypes plus que sur l’idéologie ont été considérées comme racistes par la majorité des « antiracistes ».

Comment Mme de Rudder elle-même qualifierait-elle de telles attitudes ? Adopterait-elle une analyse aussi restrictive pour le racisme des blancs que pour celui des minorités ?

Lorsqu’elle s’exprime sur le sujet  Mme de Rudder déclare :

Le racisme est moins un ensemble de faits divers qu’un système où les dominants maintiennent même inconsciemment les dominés (les minorités ethnicisées) à l’écart de certaines ressources.

Elle fait allusion aux discriminations. Ce qui est important ici est le mot inconsciemment. Il est bien sûr possible d’adopter inconsciemment un stéréotype. En revanche, il est difficile d’imaginer comment on pourrait adhérer inconsciemment à une idéologie ! Il semble que quand il provient des blancs, les critères de Mme de Rudder pour définir le racisme deviennent moins exigeants…

Le constat que les stéréotypes suffisent à définir le racisme chez les blancs et que ce racisme allie rejet des cultures étrangères à la méfiance pour un phénotype donné nous invite à adopter les mêmes critères pour définir le racisme des minorités.

Extension de la définition commune du racisme anti-minorités au racisme anti-blanc

En adoptant cette démarche, de nombreuses attitudes n’ayant pas été jugées racistes pourraient l’être.

Comme toute idéologie, le discours raciste s’appuie sur le choix d’un certain nombre de termes lui permettant d’être relayé d’une manière plus efficace. Les termes toubabs, ou « céfrans » sont régulièrement utilisés avec une connotation péjorative tandis que celle-ci est évidente pour les expressions toubabs noirs ou bounty (noir à l’extérieur, blanc à l’intérieur). Ici, le racisme a tendance à se détacher de la race pour se fonder sur l’appartenance à une communauté elle-même définie à partir de la race. Il est en cela assez semblable au racisme « classique » à la différence près que le racisme classique fait des exceptions à la logique raciale pour accepter des personnes, le racisme anti-blanc aura tendance à exclure des personnes de couleur. Cela tient au fait que les personnes issues des minorités intégrant les valeurs de la culture majoritaire sont plus nombreuses que celles faisant le chemin inverse.

Le discours des rappeurs, personnalités particulièrement appréciées dans les banlieues dont ils sont eux-mêmes issus, a de fortes chances d’être représentatif de l’état d’esprit qui y règne. Certains ont été pris à parti suite à  des propos hostiles ou injurieux pour la France. L’absence d’idéologie raciste au sens strict chez les minorités est en partie contestable. L’afrocentrisme, courant sur lequel le savant sénégalais Cheik anta Diop eut une grande influence, est pour le moins une vision racialiste du monde puisque contestant la vision « européannocentrée » de l’histoire, il tente de souligner le rôle selon lui occulté des noirs dans les origines de la civilisation (négritude des anciens Égyptiens, origine nègre des civilisations méso-américaines, contestation de l’originalité de la civilisation grecque, considérée une simple copie de l’Égypte). Or, ceux qui le reçoivent peuvent aisément s’approprier de manière raciste un tel discours.

Bien entendu, les mentalités plus ou moins proches du racisme dont il a été fait état ci-dessus, se traduiront tôt ou tard par des actes hostiles.

Si les gangs et les bandes de banlieues se livrent souvent à des guerres intestines, il leur arrive d’unir leur force contre la police et tout ce qui représente la société française. Alors, des pompiers, comme des professionnels de santé sont attaqués, des écoles, des équipements publics sont la proie des flammes. Dans une société française très attachée à ses « services publics », les attaquer est une manière de montrer son hostilité à la France. Ici, nous sommes peut-être plus proche d’une forme de repli communautaire que de racisme stricto sensu mais comme il a été expliqué plus haut une remarque semblable peut-être faite concernant le racisme dont souffrent les minorités.

Enfin, les agressions gratuites, parfois très graves, à l’encontre de Français de souche n’ont longtemps pas été perçues comme racistes, au contraire des violences équivalentes subies par des personnes issues des minorités. Comme expliqué plus haut, ces agressions peuvent frapper des personnes non blanches mais perçues comme intégrées.

De telles paroles ou de tels actes ne devraient-ils pas être aujourd’hui désignés comme racistes ? Dans ce cas, il conviendrait de les remettre en perspective, d’en mesurer le poids exact et de ne pas en faire abusivement la caractéristique générale des populations minoritaires.

Pourtant les sociologues ne se contentent pas de ces précautions légitimes : ils estiment que les comportements décrits plus haut ne révèlent pas un racisme anti-blancs. Pour eux, il s’agit au pire d’une réaction au racisme des Français comme le montrera notre prochain article.

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À suivre ici.