Fadaises de gauche et pantalon sur les chevilles

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Accusons les libéraux d’être à l’origine de la crise ! Comme les gens sont peu regardants, peu verront que les sociaux-démocrates sont aux manettes depuis des décennies.

Accusons les libéraux d’être à l’origine de la crise ! Comme les gens sont peu regardants, peu verront que les sociaux-démocrates sont aux manettes depuis des décennies.

Un billet d’humeur de Renaud Clokeur.

Il m’arrive à l’occasion de débattre avec des amis « de gauche », comme on dit. Attention, pas des idiots, des universitaires et tout et tout. Parfois même nous échangeons des lectures. Quoique ce soit souvent moi qui lis : vu que je me déclare libéral (signe de croix, vite de l’ail), je dois forcément être mal informé, on doit me rééduquer ou sauver mon âme, c’est le côté évangéliste de la gauche. Comme je suis un bon type, je me fade des textes « de gauche » où il est question de la crise, du scandale de l’austérité, de décroissance, du fait que le PIB n’est pas la mesure absolue du bien-être dans cette impitoyable société productiviste, etc.

Mon sentiment après ces lectures est souvent celui-ci : hormis l’antienne selon laquelle c’est la faute des méchants turbo-libéraux, et voyez ils continuent les vilains, on cherche vainement une idée dans ces pauvres textes entrelardés d’indignations sélectives. Rien si ce n’est du gloubi-boulga, probablement reconnaissable par des gens appartenant au même monde, et rassurant pour ceux-là.

Je n’ai jamais lu sous la plume d’économistes dits libéraux que ce soit une bonne idée de :

  • Renflouer des banques en faillite, prétendument too-big-to-fail, en utilisant les budgets des États ;
  • Inonder les marchés interbancaires de liquidités, avec pour seul effet de maintenir des marchés d’actions sous perfusion à un niveau artificiellement élevé et d’entretenir une absurde spéculation ;
  • Jouer au bonneteau avec les dettes des États mal en point, en mettant au final ces dettes dans le bilan des banques centrales ;
  • Manipuler les taux d’intérêt (longs en particulier), avec pour seul bénéfice de permettre aux États de continuer à s’endetter à bas prix et à nouveau d’entretenir leveraging et spéculation ;
  • Distribuer de l’argent non gagné pour acheter la paix sociale dans une perspective purement court-termiste ;
  • Prétendre réguler la finance quand en réalité ce qu’on fait a pour seul effet de flécher l’épargne privée vers les dettes des États, et au passage de créer ou entretenir des bulles d’actifs non productifs (immobilier) – pour ceux qui connaissent, c’est très exactement l’effet des régulations dites Bâle III/Solvabilité II ;
  • etc, etc.

Il n’y a strictement rien de « libéral » dans cette gestion de faillite et ce qui l’a précédé. Bien au contraire on y voit très clairement l’effet d’une collusion entre des oligarchies et les hommes de l’État.

Quant aux keynésiens, ils sont les derniers à être légitimes pour parler de ce bazar et de ce qu’il faudrait faire puisque soit ils n’ont rien vu venir, soit ils ont fermé les yeux pour que les États continuent à acheter de la « croissance » par l’emprunt, leur fumeuse « relance », auquel cas ils ont du sang sur les mains.

Alors critique du productivisme et de la mesure PIB, certainement, on peut en convenir, ça ne coûte pas cher, et après ? Chiche, mesurons le bien-être collectif à la manière du Bhoutan. Mais alors il va falloir s’atteler à démontrer et mesurer le bien-être produit par nos chers États-providence. Je devine que ce ne sera guère reluisant. A contrario on peut regarder le Japon, État en faillite depuis 25 ans, mais qui, pour des raisons largement culturelles, conserve néanmoins une certaine cohésion sociale. Je doute qu’on s’en sorte aussi bien ici.

C’est amusant la décroissance, c’était déjà à la mode depuis un certain temps chez les « économistes » « de gauche », avant la crise je veux dire. À bien y regarder la décroissance que ces braves gens appelaient de leurs vœux on risque bien de l’avoir. On a réussi à démolir pour de bon le système productif et la monnaie saine (et je le répète les coupables sont à chercher, sur la droite dans les oligarchies et sur la gauche chez les étatistes, mais en aucun cas chez les libéraux). Et on arrive à la fin des possibilités de distribution d’argent non gagné via la dette.

Mais c’est une décroissance avec le pantalon sur les chevilles. Je devine que quand il sera question de l’expliquer à la population ça va être un peu difficile. Mais qu’à cela ne tienne on chargera les turbo-libéraux et, comme les gens sont peu regardants, tout le monde aura oublié que les sociaux-démocrates (de « droite » comme de « gauche ») sont aux manettes depuis des décennies.

Les « gens de gauche » et moi resteront probablement en désaccord sur l’analyse de ce qui nous a amené là. Mais le constat est sans équivoque, vers le collapsus final on y va, lentement ou brutalement, mais on y va.

J’ai envie de conclure sur une citation de Milton Friedman que j’aime beaucoup : « L’une des plus grandes erreurs possibles est de juger une politique ou des programmes sur leurs intentions et non sur leurs résultats. » Voici une idée pour les dîners mondains, laissez patiemment vos amis de gauche pontifier sur la crise et ses causes indubitablement libérales ensuite lancez-leur cette phrase en l’attribuant à Léon Blum (ou à Lénine, soyez créatif). Vous serez seul à glousser intérieurement mais il n’y a pas de petits plaisirs, c’est la crise.