L’État-providence, destruction pragmatique

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Parce que le pragmatisme ne reconnait aucun absolu, il offre une couverture à l’État-providence, ses fondements abjects et ses conséquences néfastes.

Parce que le pragmatisme ne reconnait aucun absolu, il offre une couverture à l’État-providence, ses fondements abjects et ses conséquences néfastes.

Par Baptiste Créteur.

Nous vivons un Moyen-âge de la pensée. La fin de l’histoire, plusieurs fois postulée, a nié toute réalité objective et assujetti l’éthique aux circonstances. L’État-providence, injuste dans ses fondements et destructeur dans ses conséquences, ne saurait être remis en question dans les « circonstances exceptionnelles », les « crises sans précédent », le « contexte inouï » et les « événements hors du commun » que nous vivons, à moins de reconnaître que les principes priment sur la subjectivité du besoin.

L’État-providence est par essence injuste et intenable. Injuste parce qu’il donne des droits à certains en en supprimant à d’autres, intenable parce qu’il promet une impossible sécurité économique. La seule réelle promesse de l’État-providence est la destruction de l’économie et des droits.

Dans la mesure où les choses dont l’homme a besoin pour survivre doivent être produites, et où la nature ne garantit le succès d’aucune entreprise humaine, il n’y a pas et il ne peut pas y avoir de garantie d’une sécurité économique. L’employeur qui vous donne un emploi n’a aucune garantie que son entreprise va rester en activité, que ses clients vont continuer à acheter ses produits ou services. Les clients n’ont aucune garantie qu’ils auront toujours la capacité et l’envie d’échanger avec lui, aucune garantie de ce que leur besoins, choix et revenus seront dans le futur. Si vous vous retirez dans une ferme autonome, vous n’avez aucune garantie vous protégeant des conséquences d’une inondation ou d’un ouragan sur vos terres et vos cultures. Si vous laissez tout aux mains du gouvernement et lui donnez tout pouvoir pour planifier l’économie dans son ensemble, cela ne garantira aucunement votre sécurité économique, mais garantira l’abaissement de la nation entière à un niveau de pauvreté misérable – le résultat pratique que toutes les économies totalitaires, communistes ou fascistes, ont démontré.

Moralement, la promesse d’un impossible « droit » à la stabilité économique est une infâme tentative d’abrogation du concept de droits. Elle ne peut signifier et ne signifie qu’une seule chose : la promesse de réduire en esclavage tous les hommes qui produisent au bénéfice de ceux qui ne travaillent pas. « Si certains hommes ont le droit de bénéficier des fruits du travail des autres, cela signifie que ces autres sont privés de droits et condamnés à travailler en esclaves. »* Il ne peut y avoir de droit de réduire en esclavage, i.e. de droit de détruire les droits.

Ayn Rand, « The Ayn Rand Letter » ; *Ayn Rand, « Capitalism: The Unknown Ideal ».

L’État-providence condamne irrémédiablement l’économie en sacrifiant un par un ses niveaux les plus élevés : pour satisfaire les revendications des uns, il doit sacrifier les autres. Il est porté par le besoin, clairement exprimé, de ceux qui formulent des revendications, auquel s’ajoute le besoin tacite de ceux qui trouvent en lui un moyen d’accéder au pouvoir.

Moralement et économiquement, l’État-providence crée une traction sans cesse croissante vers le bas. Moralement, l’opportunité de satisfaire des revendications par la force élargit de plus en plus le périmètre des revendications. Économiquement, les revendications forcées d’un groupe créent des difficultés pour tous les autres, produisant alors un fouillis inextricable de victimes véritables et de purs parasites. Dans la mesure où le besoin, et non l’accomplissement, est pris pour critère des récompenses, le gouvernement n’a d’autre choix que de sacrifier perpétuellement les groupes les plus productifs au profit des moins productifs, entravant progressivement le niveau le plus haut de l’économie, puis le suivant, et ainsi de suite. (De quelle autre façon des récompenses non méritées pourraient-elles être offertes ?)

Deux natures de besoin sont impliquées dans ce processus : le besoin d’un groupe émettant des revendications, besoin ouvertement formulé et servant de couverture à un autre besoin, qui n’est lui jamais mentionné – le besoin des affamés de pouvoir, qui ont besoin d’un groupe de bénéficiaires, dépendant de ses faveurs, pour accéder au pouvoir. L’altruisme nourrit le premier besoin, l’étatisme nourrit le second, le Pragmatisme rend tout le monde aveugle – y compris les victimes et les profiteurs – non seulement à la nature mortelle du processus, mais même au fait qu’un processus est en marche.

Ayn Rand, « The Ayn Rand Letter ».

C’est parce que le pragmatisme ne reconnait aucun absolu qu’il offre une couverture à l’État-providence, ses fondements abjects et ses conséquences néfastes. En considérant que la réalité n’est que perception et qu’on peut assujettir l’éthique et le droit aux circonstances, il balaie d’une traite toute pensée, toute raison, toute existence. La remise en question de l’État-providence passe par l’affirmation de principes universels et leur ancrage dans la réalité sous la forme de libertés individuelles que l’État devrait chercher à garantir plutôt qu’à nier.