Les entreprises « malades de la peste »

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La maladie dont souffrent nos entreprises, qui tue les unes et épuise les autres, c’est l’État, ses prélèvements obligatoires et ses réglementations paralysantes.

La maladie dont souffrent nos entreprises, qui tue les unes et épuise les autres, c’est l’État, ses prélèvements obligatoires et ses réglementations paralysantes.

Par Jean-Yves Naudet.

« Ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient frappés ». Jean de La fontaine garde toute son actualité, avec sa fable sur « les animaux malades de la peste ». S’il revenait aujourd’hui il s’interrogerait sur « ce mal qui répand la terreur », sa métaphore animale visant cette fois les entreprises. Elles sont malades en effet, et tous les indicateurs sont dans le rouge. Mais toute maladie nécessite un diagnostic : cette peste dont souffrent nos entreprises, qui tue les unes et épuise les autres, c’est l’État, ses prélèvements obligatoires et ses réglementations paralysantes. Quant aux chefs d’entreprise, ils sont souvent considérés comme des pestiférés.

L’investissement productif en chute libre

La croissance a disparu des écrans radars ; l’INSEE l’a annoncé : 0% de réalisés ou de prévus pour chacun des quatre trimestres 2012 ; le FMI l’a confirmé : ce sera 0,1% en 2012 et 0,4% en 2013, mettant au passage à mal les hypothèses sur lesquelles le gouvernement a bâti son budget pour 2013.

Faut-il s’en étonner ? Au-delà des fantaisies sur les soi-disant moteurs de la croissance, il est évident que celle-ci ne peut venir que du secteur productif, c’est-à-dire des entreprises : ce sont elles qui créent des richesses. Or elles sont malades.

Elles renoncent à investir. L’investissement des entreprises, l’investissement productif, va diminuer en un an de 0,2%, avec une accélération de la chute : – 0,4% au troisième trimestre et – 0,7% au quatrième. Or l’investissement d’aujourd’hui, c’est la production et l’emploi de demain : sans investissement, l’entreprise ne peut créer de richesses nouvelles et ne peut se développer. C’est l’investissement qui prépare l’avenir.

Les investissements sont découragés par les incertitudes étatiques

Pourquoi cette chute accélérée ? Pour investir, il faut le vouloir et le pouvoir. Pour cela il faut d’abord bénéficier d’une certaine visibilité. La vie économique est faite d’incertitudes et c’est le rôle des entrepreneurs que d’anticiper, de prévoir les besoins et les marchés de demain, de créer ce qui n’existe pas encore et donc d’innover. Les entrepreneurs savent le faire, en utilisant toute l’information qu’ils perçoivent avant d’autres, infiniment mieux que ne pourrait le faire un bureaucrate, ne serait-ce que parce que leur rémunération en dépend.

Ce que les entrepreneurs ne peuvent pas faire, c’est gérer les incertitudes artificielles créées par les gouvernements. Comment anticiper si on ne sait pas si demain le pouvoir se met à inventer plusieurs impôts, plusieurs réglementations, qu’il s’agisse de lois « sociales », de règles administratives, de contrôle des prix, de fixation arbitraire du SMIC, etc. Le niveau des prélèvements ou des réglementations est une chose, mais l’incertitude en est une autre, peut-être encore pire, car elle vient déjouer tous les projets, même les plus innovants.

Si les entrepreneurs hésitent à investir, c’est en raison de ces incertitudes artificielles. Les réactions des « pigeons » en sont un exemple. Il n’y a rien de pire que de changer les règles du jeu au milieu de la partie.

Les marges des entreprises sont au plus bas

Mais pour investir, il faut aussi en avoir les moyens.

C’est d’abord le profit qui sert à financer l’investissement : l’autofinancement est la formule la plus économique. On se souvient de la formule de l’ancien chancelier social-démocrate d’Allemagne, Helmut Schmidt : « les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain, et les emplois d’après demain ».

Or le profit est présenté en France comme illégitime, douteux dans ses origines et dans ses utilisations. Le profit, c’est le mal, c’est l’exploitation. Bienheureuses les pertes ! Donc il ne faut pas hésiter à le surtaxer. Dans ces conditions, faut-il s’étonner que le résultat d’exploitation soit réduit au minimum ? Le taux de marge a baissé depuis deux ans ; il était de 30,5% avant la crise et il sera l’an prochain à 27,7%, taux le plus faible depuis 1985. Le résultat d’exploitation de l’industrie, à mi-2012, en rythme annuel, était de 49 milliards d’euros en France contre 184 en Allemagne.

Faute de profits, les entreprises pourraient emprunter davantage. Pourquoi ne pas profiter des taux d’intérêt assez faibles ? Le financement externe est utile pour des entreprises qui veulent se développer rapidement. Mais il a un coût, il est difficile de s’endetter plus en période d’incertitude, notamment fiscale, et l’épargne disponible est largement détournée de son utilisation dans les entreprises, au profit de l’État : le financement de la dette publique vient concurrencer celui des entreprises, et l’État ne se prive pas d’accorder à ceux qui lui prêtent des avantages substantiels.

Dernier avatar dirigiste : la création de la Banque Publique d’Investissement, qui drainera vers les décideurs publics toute l’épargne des livrets A. L’argent disponible pour les entreprises est ainsi confié aux inspecteurs des finances, bien plus intelligents – cela va de soi – que de simples entrepreneurs ou de pauvres banquiers.

L’impôt donne le coup de grâce

L’épisode récent de la taxation des plus-values, qui a provoqué la révolte des Pigeons, illustre l’ignorance de la classe politique de tout ce qui touche à l’entreprise, et en particulier à une start-up. Le choix du gouvernement Ayrault, pour le budget 2013, d’augmenter fortement le poids des impôts, au lieu de réduire les dépenses publiques, va provoquer un effondrement de l’investissement l’an prochain.

Mais il n’y a pas que l’impôt. La question du coût du travail est elle aussi essentielle, et le poids des charges sociales vient peser lourdement sur la rentabilité des entreprises. Notre « chère sécu » ruine nos entreprises.

L’ouverture internationale oblige nos entreprises à s’adapter et à faire des gains de productivité ; c’est heureux et le vent du grand large est profitable et stimulant. Mais dans une économie paralysée par les réglementations, où les entreprises ne peuvent s’adapter, où tout est contrôlé, où des prix sont figés ou sont de faux prix, où le salaire minimum ne cesse de grimper, où le licenciement est si complexe qu’il est impossible ou ruineux, les entreprises ont du mal à faire les gains de productivité nécessaires. Nous ne cessons de perdre des parts de marché à l’exportation. Elles se contentent alors, faute de pouvoir s’adapter, de rogner sur leurs marges de profits, donc sur l’investissement futur.

« Laissez-nous faire ! »

Il y a une incohérence à prétendre d’une part vouloir stimuler la croissance, en poussant nos partenaires à adopter un pacte de croissance reposant sur des redéploiement de crédits publics, ce qui a échoué partout, et d’autre part prétendre renforcer la compétitivité en reportant les charges sociales sur d’autres. Seules la réduction des dépenses publiques et la baisse des taux d’imposition pourraient provoquer le choc de compétitivité nécessaire.

Toutes nos entreprises sont frappées, même si certaines sont plus malades que d’autres ; les pseudo-remèdes et bricolages étatiques n’y changeront rien ; la peste, c’est l’interventionnisme étatique et l’hyper-fiscalité. Pour en sortir, les entreprises n’ont besoin que de liberté. « Laissez-nous faire » est le cri unanime des entrepreneurs d’aujourd’hui. La liberté est le seul remède contre la peste de l’étatisme.

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