Déserts médicaux et accouchement dramatique : le bal des tartuffes

maternité

Drame de l’accouchement sur l’autoroute : le témoignage de la mère, qui évoque un concours de circonstance, contraste avec les réactions médiatico-politiques.

Drame de l’accouchement sur l’autoroute : le témoignage de la mère, qui évoque un concours de circonstance, contraste avec les réactions médiatico-politiques.

Un billet d’humeur de Kassad.

Vendredi dernier (19 Octobre 2012) un drame de la vie quotidienne, la mort d’un nouveau né prématuré, a mis le feu aux poudres médiatico-politiques. Il n’a pas fallu plus de quelques heures pour que la sphère médiatique, dans un premier temps, puis le monde politique, dans un second temps, ne s’enflamment sur la désertification médicale dont ce terrible incident serait le révélateur.

La récupération est une seconde nature chez le politicien averti, on le sait depuis longtemps. Le manque de recul et d’analyse sont malheureusement également les caractéristiques les plus saillantes d’une presse française intellectuellement exsangue et sous perfusion de subventions étatiques diverses. En l’occurrence il se trouve que ce fameux jour du 19 Octobre était également celui où était, comme par hasard, discuté l’amendement 533 sur le financement de la sécurité sociale 2013 dont l’exposé sommaire commence par ces mots : Pour faire face aux défis des soins de proximité et lutter contre les « déserts médicaux »…

L’occasion était trop belle sans doute pour que les uns et les autres évitent de s’engouffrer dans ce fait divers tragique la tête la première. On pourrait lister les articles et les réactions politiques sur un mode très stato-centré à la française. Air connu autour de « la casse du » [remplir ici avec le secteur public concerné]. Quand, au milieu de ce barouf médiatique, la mère a enfin trouvé le moyen d’en placer une pour témoigner de ce que madame Delestre avait vécu et que tout cela n’était dû qu’à un terrible concours de circonstances, le journaliste reportant les faits n’a rien trouvé de mieux à faire que d’encadrer les déclarations de cette femme par, en introduction : « La maman dont le drame a relancé le débat sur la désertification hospitalière a décrit mardi auprès du Nouvel Observateur la mort de son bébé sur la route de la maternité comme un concours tragique de circonstances, auquel ni son gynécologue ni elle ne pouvaient rien en l’état actuel de la carte médicale.» et en conclusion «Derrière une banderole portant les inscriptions « Alertez les bébés – Les élus avec nous – Stop à la casse des services publics », les manifestants qui portaient des panonceaux demandant « Un hôpital pour la vie », ont écouté dans le calme des appels au maintien des maternités.».

La simple lecture des déclarations de cette femme montre à quel point journalistes et politiques ont fait montre sur cette affaire d’une décontraction totale et pour le moins assumée quant à leur déconnexion complète vis-à-vis du réel. Il est clair que ce qui compte est bien plus les agendas médiatiques, pour les journalistes, et politiques, pour nos dirigeants bien-aimants (à défaut d’être bien-aimés), qu’une quelconque prise en compte du réel. L’accélération des communications et la compétition médiatique permanente c’est aussi ça : une société qui passe de la réflexion aux réflexes. Tout sportif sait bien que pour avoir les réflexes les plus aiguisés possibles il faut répéter sans cesse à l’entraînement les mêmes gestes pour les perfectionner. Dans le domaine politique cela revient à appliquer une grille de lecture idéologique à tout événement.

Peut-être tenons-nous là une des raisons pour lesquelles le libéralisme a tant de mal à rallier les suffrages : ce n’est pas avec une pratique libérale qu’on trouve instantanément une réponse pré-établie au sein d’une construction idéologique abstraite. Peser les pour et les contre à la lumière de quelques principes généraux pour chaque événement n’est pas gratuit, parfois même impossible, et rien ne promet même une réponse unique. Cela demande du temps, de l’énergie, une remise en cause de ses propres idées permanentes et une certaine humilité devant les drames de la vie.