Le discret enterrement du rapport Gallois

Un nouveau rapport est-il utile si c’est, devant le sacrilège des propositions, pour l’enterrer aussi sec ?

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Louis Gallois

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Le discret enterrement du rapport Gallois

Publié le 23 octobre 2012
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Bon, ne le répétez pas, ce serait dommage qu’on le remarque, mais le légiste est formel même s’il ne fait que chuchoter pour ne pas éveiller l’attention : le rapport Gallois est mort et a déjà été enterré, sans famille ni amis (ni fleurs, ni couronnes). Pour les causes du décès, il est catégorique : fiscalosclérose carabinée.

Dès son évocation, on savait que le rapport ne ferait pas de vieux os. La couverture de l’épais fascicule était déjà marquée du poids de l’une des armoires qu’il avait déjà commencé à caler, et qu’il irait retrouver bien vite une fois sa présentation à la presse (plusieurs fois repoussée) terminée.

C’était couru d’avance. Quelques informations avaient filtré, notamment dans un Figaro tout ragaillardi d’avoir trouvé des éléments croustillants à jeter en pâture à ses lecteurs, le temps que le gouvernement fasse quelques grimaces et prenne ses distances d’un ensemble de propositions parfaitement blasphématoires.

Enterrement du Rapport Gallois

Il faut dire que le petit Louis n’y est pas allé de main morte ! Il propose ainsi sans vergogne de baisser les charges salariales et patronales de 30 milliards d’euros ! Bon, ok, c’est en trois ans. Du point de vue libéral et compte-tenu de la catastrophe qui s’annonce au niveau de l’emploi en France, c’est plus une gentille papouille qu’un choc, mais c’est déjà un début (en tout cas, c’est mieux que la dose de couenne fiscale que déversent actuellement Ayrault et la clique enragée du Moscovici à Bercy-Les-Paniers-Percés). Et pour financer cette baisse de cotisations de 30 milliards, le brave Louis propose une diminution qu’il dit « massive » des dépenses publiques, présentée comme bien plus importante que celle de 10 milliards envisagée dans le projet de loi de finances actuellement discuté au Parlement. Du reste, ce ne sera pas dur si l’on se remémore le fait que cette baisse de 10 milliards… est en réalité une hausse de 1 milliard.

Baisse drastique des charges compensée par une baisse drastique des dépenses publiques ? Lorsque les bruits de couloirs se sont confirmés et que les rumeurs sont parvenues aux oreilles de tous les fonctionnaires concernés, tous les muscles du mammouth administratif et gouvernemental se sont tendus d’un seul coup – poing ! – comme sous l’effet d’un tétanos fulgurant, et le rapport, à peine posé sur son dos, a donc sauté comme un bouchon de champagne à la fin d’un Tour de France des amphétamines.

Immédiatement, le ministre en sapin a posément expliqué que « Le rapport Gallois est un élément qui sera extrêmement sérieux mais ce n’est pas le seul point de vue qui compte », sous-entendu qu’un tel point de vue comptait d’autant moins qu’il allait sabrer une partie de l’électorat de la gauche. On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde et donc pas de l’électorat avec les élus dont la sinécure dépend qu’il soit bien brossé dans le sens du poil. Pour le ministre du travail, l’oubli d’un tel rapport sera donc rapide et sans remords.

Quant à son minustre de tutelle, Moscovinividivici, il n’a pas hésité à qualifier l’ensemble du projet Gallois avec la précision glaciale d’un neurochirurgien décrivant une belle lobotomie : « Le pouvoir d’achat, c’est très important, mais nous ne voulons pas de réforme qui, dans un contexte difficile pour le pouvoir d’achat, brutalise la société française » Pensez donc : diminuer les dépenses de l’État, favoriser les entreprises, redonner du pouvoir d’achat, c’est, à l’évidence, « brutaliser » la société française. L’aveu caché ici est que l’État, c’est la société française, toute la société française. Le parasite est devenu si gros qu’il ne voit plus son hôte, caché sous les plis gluants et omniprésents de sa ventripotente importance. Accessoirement, je pense que si on demandait vraiment aux Français, ils aimeraient vraiment bien être « brutalisés » de la sorte.

Évidemment, cette "brutalisation" se transformerait rapidement en déroute pour les socialistes de droite et de gauche, en baisse drastique des émoluments de toute cette brochette de saprophytes gouvernementaux, et pour le coup, eux se sentiraient largement brutalisés. Comme je le notais il y a quelques mois, cela ferait 7000 malheureux mais 65 millions d'heureux.)

gallois facepalm

Même les penseurs piposophes comme Jacques Attali, célèbre sur ce blog pour nous avoir offert de nombreuses séances hilarantes d’abdominaux gratuites, ont pu jeter leur pelletée de terre sur le travail de Gallois : « La compétitivité ne se réduit pas à la baisse des charges sociales mais c’est l’innovation, la recherche, le goût du risque ». Goût du risque et de l’innovation que ce gouvernement (et les précédents) auront mis un point d’honneur à fusiller méthodiquement avec la mise en place d’une fiscalité ahurissante, d’un principe de précaution étanche à toute praticité réelle, à une culture de la connivence État/entreprise telle qu’il devient maintenant impossible d’envisager plus que l’artisanat ou l’expatriation voire la fuite si l’on a une idée brillante… Du reste, Attali qui critique le rapport Gallois, c’est l’alcoolique en pleine crise de delirium tremens qui reproche son addiction à l’héroïnomane ; après tout, le brave Jacques a déjà montré qu’il ne faisait pas mieux que les autres en matière de rapports, les siens ayant été aussi bien enterrés que celui de Gallois.

Oui, on peut le dire : ce rapport Gallois, en se concentrant ainsi sur des leviers réalistes et sur des postes crédibles, ne pouvait pas être accepté par une intelligentsia qui comprend là que son avenir (financier) est directement en jeu. De tout ce fatras et de cet enterrement rapide, discret et de seconde classe par un gouvernement et un chef de l’État parfaitement minables, on retient surtout que toute la caste politicienne, qui a le plus à perdre de quelque changement que ce soit, s’est dressée pour l’oublier, lui propulsant moult armoires qu’il servira à caler dans l’une des caves humides de Bercy où l’on enferme le dissident fiscal occasionnel.

Sans surprise donc, la question la plus pertinente ne vient pas des politiciens ou des piposophes, mais bien d’un patron d’industrie, un petit gars confronté au réel, de l’autre côté du miroir fiscal dans lequel se mirent sans fin des élus sous hallucination permanente. C’est Carlos Goshn, le patron de Renault, qui exprime ainsi son soutien à Gallois :

« Si nous voulons créer des emplois et si nous voulons que l’industrie n’émigre pas de manière massive hors de France, nous avons besoin de réduire les charges qui pèsent sur le travail. Il faut traiter ce problème, on n’a pas besoin d’un rapport de plus. »

Oui, Carlos, bonne remarque : un nouveau rapport est-il utile alors que ceux qui ont été confrontés au monde de l’entreprise savent ce qu’il faut faire pour redresser ce pays ? Est-ce utile si c’est, devant le sacrilège des propositions, pour l’enterrer aussi sec ?

Et surtout, était-ce utile alors que tout montre, de façon évidente, que le pays ne donnera aucun coup de volant avant de taper dans le mur ?

—-
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Voir les commentaires (18)

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  • il est pas sérieux ce rapport.

    il va rien réduire du tout, c’est quelques réformes à droite à gauche style sarko.

    pour lire un programme vraiment sérieux (qui pourrait VRAIMENT sauver la france si appliqué) : http://www.morsay.net/programme

    le reste, droite ou gauche, c’est de la démagogie pure

  • Il y a une expression qui revient tout le temps quand on parle de la situation économique et les mesures fiscales du gouvernement : « on va dans le mur ». Je l’entends, je la lis partout. Je me dis qu’effectivement, c’est exactement l’expression qui convient.

  • Gallois n’était-il pas unanimement célébré comme un « exemplaire patron de gauche » ?
    Sic transit…

  • Depuis le temps qu’ils enterrent des rapports la fosse n’est toujours pas pleine ?

    Restons positif, un jour elle débordera et les gens curieux ce rapprocherons de cette pile de vieux papier. (Pour y foutre le feu peut-être vu la misère ambiante et le prix de l’énergie)

  • Un lecteur commun me renvoie à votre post (mieux foutu que le mien sur le même sujet).

    Même analyse, même conclusion, mais avec exemple à l’appui (selon le « style » général du blog) : http://infreequentable.over-blog.com/article-dites-merci-aux-gaz-de-schistes-et-au-nucleaire-111541617-comments.html#anchorComment

    Assez stupéfiant qu’on parvienne, par le bas ou par le haut à des choses si similaires…

    Quoique je ne pense pas que ce rapport sera enterré en catimini : En tout cas, dès qu’il sera en ligne, je reprendrai les « meilleurs morceaux ».

    Bien à vous.

    I-Cube (Pour Incroyable Ignoble Infreequentable)

  • Pour réduire sa taille sans créer de problème sociaux, l’Etat devrait proposer à tous les fonctionnaires une prime à la démission!

  • Le capitalisme a échoué.

    fail

  • Il est temps de tordre le coup aux idées reçues, et surtout imposées par une certaine pensée libérale qui a réussi à faire croire aux Français que les riches étaient maltraités sur notre sol,le champion d’Europe des millionnaires ,n’est autre que notre douce France, avec 9% de millionnaires sur son territoire. Soit 2,2 millions d’heureux chez nous. C’est le destin des gouvernements de gauche de nettoyer le bordel laissé par les gouvernements de droite,et oui les nantis nous avons repris par la force de la démocratie, le pouvoir pour le mettre au service de l’intérêt général. comme le disait si bien Elsa Triolet, « la barricade n’a que deux côtés » : nous ne sommes pas tous du même. La gauche véhicule des valeurs humanistes, des valeurs de progrès, de solidarité, de liberté, de justice, de partage et d’égalité, tandis que la droite, favorisera des valeurs traditionnelles fondées sur l’ordre, le mérite, la sécurité et le conservatisme, valeurs auxquelles il faut ajouter la prédominance de l’individualisme, du libéralisme économique dérèglementé favorisant, avant toute chose, le profit et la crise….ne l’oublions pas!

    • ♪ « La gauche véhicule des valeurs humanistes, des valeurs de progrès, de solidarité, de liberté, de justice, de partage et d’égalité » ♪

      En avant, musique ! Bisous pour tout le monde et tant pis si l’horrible réalité vole dans la figure de cette jolie litanie naïve ! ♪

    • On a là un tel ramassis de contrevérités, d’omissions et d’amalgames, qu’on ne sait par où commencer.
      Le libéralisme n’a donc que peu de choses à voir avec l’économie. Il se borne à dire que le droit de propriété garanti par une justice indépendante est absolument nécessaire à la croissance économique (voir Hernando de Soto) et que les droits de l’individu sont antérieurs et supérieurs à la loi ou à l’Etat. Le libéralisme est de fait une philosophie qui s’applique à trouver les meilleures règles pour que chaque individu atteigne la plénitude de son développement potentiel. Le libéralisme, c’est donc la primauté de l’individu, encadrée par des règles de droit qui s’appliquent également à tout le monde. C’est le seul système philosophique mettant la personne humaine, l’individu en son centre. Tous les autres systèmes – théocratie, aristocratie, ploutocratie, communautarisme, socialisme, communisme, étatisme – en ne mettant pas la liberté individuelle en leur cœur, arrivent toujours à des abominations. Mais qu’est-ce que cela veut dire être un libéral ? C’est tout simple. Cela veut dire que le bien ultime est la liberté et que la liberté ne peut s’exercer qu’au niveau de l’individu. Il n’y a pas de liberté collective. Le libéralisme et l’individualisme (qui n’a rien à voir avec l’égoïsme) ne font donc qu’un.
      Jamais aucune époque n’aura autant que la nôtre aimé ces idées courtes et les slogans. Un jour, sans doute, le langage articulé disparaîtra. Parmi les idées courtes du moment, il y a bien sûr le « libéralisme », malheur absolu pour certains et cause de tout pour la plupart ; parmi les slogans, il y a la « liberté » dont on ne sait trop quand elle commence et où elle s’arrête avec son cortège d’idées reçues sur les primautés des droits de l’homme, de l’individu, de la femme, des animaux, des phoques ou des ours arctiques. Le libéralisme est cette doctrine qui l’a emporté sur bien d’autres doctrines, économiques ou politiques, et pourtant, c’est la seule à ne fournir aucune règle pour aider à conduire la vie humaine. Aux critiques arguant de cette lacune, le libéralisme répond par une croyance implicite entre liberté extérieure et dispositions intérieures : la liberté d’opinion conduirait nécessairement à une opinion de plus en plus vraie.
      Depuis quelques années, une obsession s’est emparée de la vie intellectuelle française : le néolibéralisme. A travers livres et débats, s’est imposée l’idée selon laquelle l’enjeu essentiel doit être de dénoncer “l’invasion des logiques néolibérales”. Dans ce mouvement unanime, on trouve, bien sûr, une dénonciation de l’individualisme. Le néolibéralisme instaurerait le triomphe de l’égoïsme, du repli sur soi. Il fabriquerait un néosujet, l’homo oeconomicus, qui n’aurait aucun sens de la communauté, du collectif. Quelle est en effet la hantise qui traverse ce dispositif idéologique ? Ce sont moins les inégalités que ce qui est désigné comme l’« atomisation de la société » et la pluralité. Par conséquent, la volonté de reconstruire le “lien social”, pourrait bien, sous couvert de s’en prendre au néolibéralisme, n’être qu’un effort réactionnaire pour annuler l’une des caractéristiques majeures des sociétés démocratiques : l’individualisation et la différenciation des modes de vie. Il importe aujourd’hui de tourner le dos à de telles incantations, mais en France c’est impossible et on va continuer à s’enfoncer. Dommage.

    • « La gauche véhicule des valeurs humanistes, des valeurs de progrès, de solidarité, de liberté, de justice, de partage et d’égalité »

      C’est trop trop mignon, les valeurs véhiculées par la gauche humanisme, snif, snif…
      D’ailleurs, ces valeurs ont été très bien comprises par Saloth Sar,Khieu Samphan et Yeng Sary, étudiant à la Sorbonne et membre du PCF. Rentrer chez eux, ils ont fait profité la population des valeurs humanistes et de progrès apprisent par la gauche Française.

      http://goo.gl/06Be4

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