Les pigeons en blouses blanches prêts à l’envol

La proposition socialiste de supprimer les dépassements d’honoraires aura pour conséquence de grossir le mouvement des pigeons qui préfèrent l’envol vers des cieux plus accueillants.

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Les pigeons en blouses blanches prêts à l’envol

Publié le 21 octobre 2012
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La proposition socialiste de supprimer les dépassements d’honoraires aura pour conséquence de grossir le mouvement des pigeons qui préfèrent l’envol vers des cieux plus accueillants.

Par Alphonse Crespo.

Avant l’intrusion de l’État dans le domaine des soins et de la santé, le médecin était fondamentalement un professionnel indépendant au service du malade. Il était rétribué directement par son patient ou par les proches de ce dernier. Son code de déontologie impliquait des devoirs de diligence et d’équité qui touchaient également l’établissement de ses honoraires. Il adaptait ces derniers aux possibilités du patient. Le médecin se faisait un point d’honneur d’y renoncer lorsque son patient n’avait pas les moyens de payer. En contrepartie il n’hésitait pas à demander des honoraires plus élevés à ses clients nobles ou influents. Sur le plan strictement économique, le montant des honoraires médicaux reflétait ainsi de façon étroite les possibilités du marché. Ce régime assurait au bon médecin une clientèle variée, un niveau de vie correct et la satisfaction d’exercer une profession respectable. La fibre altruiste de la profession médicale et la valorisation qui l’accompagnait constituait en outre un appel puissant aux vocations médicales assurant ainsi la relève professionnelle d’une génération à l’autre. A contrario la dévalorisation de la profession qui marque le débat politique actuel décourage les vocations et ouvre le champ à une pénurie de médecins.

Le mode de rétribution du médecin « libéral » dans nos régimes de sécurité sociale répond à une logique dirigiste héritée du 19e siècle. Il dépend de conventions tarifaires le plus souvent déconnectées des mécanismes de marché. Les ressources allouées aux “prestataires de soins” sont les premières touchées par les mesures de rationnement qui nivellent tôt ou tard vers le bas tout système collectiviste. Les modèles Bismarckiens qui dominent actuellement la topographie institutionnelle de la santé, accordent une autonomie de façade au secteur libéral. La rétribution des actes médicaux résulte le plus souvent de conventions tarifaires négociées par les représentants du corps médical, des cartels d’assureurs et l’État. Les montants attribués à une prestation particulière sont souvent décalés de son coût réel pour le médecin (en temps, en matériel technique ou en frais généraux) ou de sa valeur effective pour le malade (une expertise est souvent mieux rétribuée qu’un acte chirurgical).

La possibilité de dépassement de l’honoraire de base, offerte dans le secteur public français aux médecins conventionnés ne compense que très partiellement la charge de travail et les lourdes responsabilités inhérentes au service médical aussi bien dans le domaine hospitalier qu’en pratique générale. En France et à fonction professionnelle équivalente les revenus nets des médecins sont inférieurs d’au moins 25% (pour les médecins cadres) à plus de 50% (pour certains postes d’internat) à ceux en vigueur en Suisse voisine. L’exode de médecins français vers la Suisse a d’ailleurs déjà commencé et permettra à l’Helvétie de pallier une pénurie latente de médecins formés.

La proposition socialiste de supprimer les dépassements d’honoraires aura plusieurs conséquences d’ores et déjà prévisibles : elle ajoutera tout d’abord une nouvelle catégorie au puissant mouvement de pigeons entrepreneurs et créateurs qui préfèrent l’envol vers des cieux plus accueillants plutôt que d’être la cible de tirs aux pigeons orchestrés par les chantres d’une idéologie confiscatoire dépassée.

Paradoxalement le plafonnement des honoraires proposé par les socialistes anti-libéraux, renforcera la médecine libérale en France. On peut en effet s’attendre à ce qu’une majorité de médecins hospitaliers et spécialistes universitaires choisissent d’abandonner le secteur public pour rejoindre le secteur privé non conventionné. Libérés du joug de conventions réductrices et de bureaucraties chronophages, les médecins retrouveront la liberté perdue d’adapter leurs honoraires aux possibilités de leur patient, devenu leur seul véritable patron. Les cliniques privées pourront élargir la gamme et la qualité de leurs prestations. Le secteur public devra quant à lui apprendre à fonctionner sans médecins dignes de ce nom.

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  • Ou avec des médecins étrangers.
    C’est déjà le cas? Alors que le numerus clausus limite le nombre de français étudiants la médecine, on va chercher des étrangers ?
    Quel absurdité !

  • Je pense que chacun s’accordera pour dire que le déficit de la sécurité sociale provient de l’absence de responsabilité des français en termes de dépenses de santé.
    En effet, pour 1€, on peut aller voir son médecin toutes les semaines si ça nous chante.
    Cet excédent de dépenses de santé part donc dans… les services de santé et les personnels de santé.
    Il y a un effet rémunération basse de la consultation car réglementée qui est faible mais aussi un effet volume important avec beaucoup d’actes et de consultations totalement injustifiés.

    Intégrer les médecins qui sont nourris par le système de redistribution dans le mouvement des pigeons qui eux, alimentent bien trop ce système est une aberration.

    De plus, à un paragraphe d’écart, vous nous expliquez deux points :
    – Les médecins doivent, par déontologie et vocation, ajuster leurs tarifs aux moyens de leurs patients
    – Ce n’est pas juste que les médecins soient mieux rémunérés en Suisse.

    Mystère résolu il me semble.

    Qu’on supprime les numérus closus, qu’on arrête de subventionner les actes inutiles, qu’on responsabilise le consommateur, que chaque médecin soit libéral et fixe ses tarifs comme il l’entend…

    Je pense qu’il faudrait une génération (temps de la formation, non offerte par la collectivité si possible) et là :
    – les médecins seront nombreux
    – les patients feront attention aux coûts
    – le marché sera libre

    Là et seulement là, les médecins découvriront peut être le risque (que celui qui a vu un médecin ne pas se verser de salaire témoigne).

    Alors non, les médecins ne sont pas des pigeons, ils en sont même très très loin.

    • « l’absence de responsabilité des français en termes de dépenses de santé. En effet, pour 1€, on peut aller voir son médecin toutes les semaines si ça nous chante. »

      Quand on met un bien relativement cher au prix d’un carambar il ne faut pas attendre une quelconque « responsabilité », c’est une vue de l’esprit.

    • Ce n’est pas la médecine qui coute chère … Même l’hôpital est sous équipé.
      C’est comme dans toute administration l’inorganisation du système ou personne n’est responsable , avec pour conséquence une multiplication des personnels et une démotivation. C’est une éducation nationale bis.

  • Des articles comme celui-là, ça fait chaud au coeur et ça prouve qu’il existe encore un peu d’intelligence parmi les personnes qui s’expriment sur la santé en France

  • Revenons à un système libéral comme avant (en se méfiant toutefois la facilité du corporatisme dans ce secteur, une entente abusive sur les prix n’est pas à exclure, loin de là, vu l’empreinte du conseil de l’ordr…) .
    En revanche la proposition des médécins d’une énième revalorisation des actes. C’est tout bonnement inacceptable. Comment peut on faire si peu cas de l’opinion publique quand on gagne en moyenne 6 SMIC par mois, pour pas grand chose (enfin d’après mon expérience)?
    Non, la médecine n’est pas un commerce, c’est un vol.

    • Dans un système totalement libre de la santé, l’ordre des médecins aurait bien moins d’influence, sans forcément disparaitre. Mais au moins les médecins n’auraient rien à lui rendre.

    • Que dire du salaire des footballeurs alors: des centaines de SMIC pour courir après un ballon?

      Les généralistes que je connais travaillent autant que des cadres dirigeants d’entreprise tout en ayant un niveau de responsabilité élevé. Du coup l’opinion publique qui pense que – quand même – payer une vingtaine d’euros pour voir son médecin 1/4h c’est cher me fait bien rire.

      La rémunération des actes n’a pas évolué depuis des décennies alors que pendant ce temps-là tout a augmenté (loyers, charges associées aux locaux, salaires des employés des cabinets, coût du matériel médical, coût de la vie, charges et retraite des médecins, coût des assurances… et responsabilités). Il n’y a aucune raison pour que le coût des actes ne reflète pas ces augmentations, par des dépassements d’honoraires ou par une revalorisation de la tarification de base.

  • Le plus cocasse, c’est le raisonnement qui nous est servi : « S’il y a des dépassements d’honoraires, cela va mettre hors de porter la médecine de qualité pour les plus pauvres »

    Cela veut donc dire qu’il y a plusieurs type de qualité dans les prestations médicales, mais qu’il faut absolument les cacher en effaçant l’information du prix ? Voilà un moyen infaillible de niveller par le bas !

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