École : plus de notes, cent balles, un mars, et des journées de 6h max

Après l’École des Fans, l’École du Flan, où tout le monde a une bonne note, une gommette verte ou une image de footballeur célèbre.

Ah, il y avait longtemps qu’un débat sur les questions éducatives n’occupait plus l’actualité. Cela remonte facilement à … ben disons 13 jours, où l’on découvrait que ce qui taraudait nos politiciens, c’était l’égalité des sexes en classe. Une poignée de jours plus tard, Hollande remet donc une pièce dans le bastringue et nous jette quelques os à ronger pendant que la France s’effondre comme un flan au soleil.

Avant d’aborder toutes les bonnes idées que François a sorties de sa besace, il faut rappeler que cette « question éducative » est, en réalité, une préoccupation intellectuelle de tous les instants. Mais si, c’est, de nos jours, devenu un souci de tous les parents, de tous les enfants, de tous les étudiants, de tous les politiciens, de tous les journalistes que de savoir comment on va éduquer les générations actuelles pour qu’elles aillent ensuite illuminer le monde de la culture française.

Certes, jadis, les morveux enfants allaient à l’école sans discuter, y apprenaient bêtement à lire en utilisant une méthode syllabique éprouvée depuis des millénaires, découvraient les joies de l’écriture et les douleurs du calcul en passant par les tables de multiplication, la division euclidienne, la preuve par neuf et la règle de trois. Parfois, ils se prenaient un coup de règle sur les doigts quand ils écrivaient des bêtises de façon illisible ou papotaient avec le voisin au lieu d’écouter. Et cette école, surannée, terrible, vieillotte, produisait aussi bien des politiciens que des boulangers, sachant lire, écrire et compter correctement.

De nos jours, on a doté nos fières têtes blondes de multiples syndicats (oui, des syndicats, pour les lycéens, pour défendre leurs droits devant le patronat devant … Breeef défendre leurs droits). Ces derniers pondent, assez régulièrement, quelques communiqués de presse plus ou moins loufoques réclamant par exemple une limitation légale de la journée à six heures de cours (oui, légale – tiens, une loi, une réforme), une pause à mi-journée d’au moins 1h30 (avec une petite sieste au milieu, je suppose), ainsi que, je cite, « un temps libéré le soir pour faire du lycée un lieu de vie en plus d’un lieu d’études » (tiens, une loi, une réforme) pour de nécessaires ateliers poterie ou création de bougies parfumées, j’imagine.

Ces revendications, si elles étaient entendues, apporteraient quelques bisous réconfortants à la dure constatation qu’ils font ensuite qu’un bac, c’est très bien, mais c’est tout de même fort douloureux puisque cette épreuve sanctionne en une semaine quinze années de scolarité (minimum !), comme un vilain couperet, paf. Et pour bien faire, il faudrait aussi que l’organisation et le contenu des épreuves soient revus (tiens, une loi, une réforme) pour prendre en compte des domaines plus larges et utiles dans la vie courante (domaines laissés à l’imagination du lecteur, laquelle se restreindra pour ne pas y mettre une playstation ou un joint d’afghane bien solide).

Que ces lycéens syndiqués se rassurent : ils ont été entendus. Après tout, le changement, maintenant, c’est tout le temps, et Hollande ne pouvait pas laisser s’abattre la consternation dans son gouvernement suite à la découverte qu’ils avaient écrit absolument n’importe quoi dans le projet de loi des finances pour 2013. Poudre aux yeux et diversions obligent, notre Président fromager a donc décliné dans un discours à la Sorbonne mardi dernier quelques unes des idées phares qui illumineront l’Éducation Nationale pendant son quinquennat.

À l’évidence, les ampoules choisies pour ces phares-là sont en lumière bleue. On n’y voit pas à dix mètres et on comprend que l’édifice hollandesque va s’écrouler rapidement avec fracas ou se prendre le mur de la réalité en pleine poire (et dans la pénombre, donc).

Comme prévu et à l’instar de tous les ministres précédents, Peillon avait eu l’idée de tripoter les rythmes scolaires, pour rire. La semaine de 4,5 jours est donc réinstaurée comme avant mais pas tout à fait parce que ce sera en mieux. Et puis, c’est, dixit Flanby, « le levier de la réussite » puisque cela va réinjecter plein de journées de classe dans une année dépeuplée, préférant visiblement les microscopiques bidouillages comptables en demi-journées à toute remise à plat des congés. Finalement, raccourcir les vacances, c’est comme diminuer les dépenses, c’est, définitivement, impossible.

Après cette petite mise en jambe, il fallait frapper fort.

Comme je le disais en introduction, la question éducative étant dans tous les esprits, tout le monde, et spécialement tous les funestes prédécesseurs de Flanby et de Peillon ont déjà copieusement pissé autour du dossier pour marquer leur territoire avec évidemment l’avalanche de lois et de réformes qui accompagnent la miction ministérielle ou présidentielle. Il était donc nécessaire d’aller beaucoup plus loin que les autres. Uriner du vitriol chimiquement pur fut donc choisi sans état d’âme afin d’asperger généreusement l’Éducation Nationale et en dissoudre sans attendre quelques piliers fondateurs.

Si, par exemple, réduire les redoublements est une idée intéressante lorsqu’on aménage intelligemment les solutions de repli pour les élèves en difficulté ou ces catégories d’enfants pour lesquels l’éducation en batterie ne fonctionne pas, c’est une idée impraticable dans une école où absolument rien n’est proposé en remplacement, et où les structures d’accompagnements sont étiques. Et c’est une idée absolument et totalement ridicule dans un pays où l’ensemble de l’appareil éducatif n’est plus guère qu’un gros automate bureaucratique dont la capacité d’adaptation est non seulement nulle mais plongée dans le bain d’azote liquide double de syndicats calcifiés à mort et d’une disette financière létale.

Pendant ce temps, François, lancé, ne s’est pas arrêté en si bon chemin. La dissolution d’autres principes éducatifs ne s’arrête pas là et le voilà qui propose de supprimer les « notes sanctions ». Notez la création pratique du mot double : on laisse ainsi entrevoir la possibilité de conserver les notes « pas sanction ». Autrement dit, et pour faire plus simple, le Président propose de supprimer les mauvaises notes. Pour faire bonne mesure, il ajoute qu’en supprimant aussi les devoirs à la maison, ce sera plus bisou.

Je le trouve timoré. En supprimant les lundis matins et les vendredis après-midi, quitte à avoir un mercredi franchement plus joufflu, on aura eu un triple-bingo et les élèves, les parents, les philosophes, les neurologues spécialistes en rythmes biologiques ainsi que les pédagos auraient applaudi de tous leurs membres.

Il fallait y penser : après l’École des Fans, voici l’École du Flan ou tout le monde a entre 15 et 20 sur 20, ou une gommette verte, ou une image de footballeur célèbre, ou un tatouage Malabar. On se prend à imaginer les copies de philosophie de terminale avec une gommette verte ornementée d’une appréciation sur le mode « Bel effort Mathis – pense à barrer tes T la prochaine fois et essaye d’écrire bien droit sur la grosse ligne ».

Pour rincer tout ça, le président a terminé sur le renouvellement de sa promesse de rajouter du corps enseignant au corps enseignant (avec l’argent qu’on ira chercher au fond des 1700 milliards de dette, je présume) en mettant des professeurs expérimentés dans les milieux difficiles. C’est évidemment une proposition que seuls les newbies qui débarquent dans les ZEP et autres banlieues sinistrées peuvent vaguement gober (ceux-là même qui votèrent pour lui il y a quelques mois et ont eu cette douloureuse sensation qui ne s’appelle pas du tout Coke au bas du dos en voyant leur dernière feuille de paye avec heures supplémentaires refiscalisées). En réalité, les professeurs installés vont copieusement refuser ce genre d’affectations et il y a fort à parier que le changement, ce sera ailleurs et pas maintenant.

On pourrait croire, à lire ces idées géniales, que le pauvre Hollande a trouvé ça sous le sabot d’un cheval. Malheureusement, l’homme est un habitué du consensus, et avait donc pris la précaution de faire intervenir un maximum d’imbéciles d’intervenants dans les projets de réforme pour obtenir ce résultat flamboyant comme une explosion de Challenger un tragique mois de janvier. L’institution concernée, déjà largement minée par les idées idiotes et les coteries de crétins qui s’entendent comme larrons en foire pour profiter tant qu’ils peuvent du mammouth avant qu’il ne meure d’une calcification complète, ne pouvait pas accoucher d’autre chose que d’une consternante suite de bêtises impropres à la consommation comme des saucisses industrielles laissées bien trop longtemps dans leur emballage de plastique.

Il faut, véritablement, avoir du courage, de nos jours, pour emmener son gamin à l’école publique quand on lit les idées des énarques débridés et pédagogos en roue libre. Heureusement, des centaines de professeurs tenteront, malgré ces perversions ahurissantes, de corriger le tir, tous les jours, discrètement. Mais devant l’inertie de leur hiérarchie, devant l’incompétence des dirigeants, devant la volonté partagée par certains, aux postes stratégiques, de tout saboter, feront-ils le poids ?

Ce pays est foutu. Mais il le faudra et je leur souhaite bien du courage.

Education
—-
Sur le web