Monnaie : une brève histoire du franc

L’histoire de la monnaie moderne constitue une illustration symbolique de l’illusion étatique qui consiste à croire pouvoir régir l’économie

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Monnaie : une brève histoire du franc

Publié le 11 octobre 2012
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L’histoire des monnaies modernes constitue une illustration symbolique de l’illusion étatique qui consiste à affirmer la prétention régulatrice des hommes d’État dans le domaine économique, et notamment monétaire.

Par Jean-Louis Caccomo

L’histoire des monnaies modernes pourrait constituer une illustration des plus symboliques de l’illusion étatique qui consiste à affirmer la prétention régulatrice des hommes d’État dans le domaine économique, et notamment monétaire. Certes, l’illusion est toute relative dans le sens où, si le pouvoir de créer de la richesse par la manipulation monétaire est bien illusoire, la capacité de destruction de la richesse par ce même procédé est hélas bien réelle. Illustrons notre propos avec un retour historique sur le franc.

C’est en 1360 que le premier franc est mis en circulation au royaume de France. C’était une époque où le monopole monétaire royal n’est pas vraiment établi car différentes monnaies locales et régionales circulaient à l’intérieur même du royaume. Un second franc est né sous le gouvernement de Bonaparte, par la loi du 27 mars 1803 : c’est le franc germinal. Cette nouvelle monnaie met fin au désordre monétaire provoqué par la révolution française et la mise en circulation des assignats. Remarquons au passage que l’assignat fut un moyen expéditif utilisé par les révolutionnaires jacobins pour s’approprier les biens de l’église et de la noblesse au nom de la « libération du peuple ». L’instrument monétaire comme instrument politique de la spoliation était né (ou plutôt redécouvert car les empereurs romains en avaient aussi abusés).

Alors que les hommes libres avaient spontanément inventé la monnaie pour faciliter les échanges – de la même manière qu’ils avaient découvert la roue pour faciliter le transport -, les hommes d’État font de la monnaie un instrument de pouvoir, de contrôle social et, finalement, de spoliation.

Après la première guerre mondiale, on ne parviendra pas à rétablir le franc germinal qui avait été marqué par une remarquable stabilité pendant près d’un siècle sous le règne de l’étalon-or. Pourtant, le gouvernement français promet à la masse des petits épargnants, ruinés par l’effondrement de la monnaie nationale et les efforts de guerre financés par la création monétaire, que « l’Allemagne paiera les réparations ». Les illusions officielles sont toujours ruineuses, notamment pour ceux qui y croient !

La dévaluation de Poincaré en 1928 supprime tout espoir de retour à une définition basée sur l’or du franc : c’est aussi la naissance du troisième franc, qui fut renouvelé par Pinay en 1958. C’est ce franc là qui a disparu avec l’Euro. Faut-il s’en émouvoir ? On ne peut pleurer la disparition d’une monnaie qui ne faisait que s’affaiblir mais, pour autant, on ne peut se réjouir de la création d’une monnaie européenne fondée sur les mêmes principes que ceux qui ont présidé à la destinée malheureuse du franc. Car cette brève histoire du franc illustre parfaitement la question de la définition des monnaies-papier qui sont un instrument du pouvoir politique : avec la dévaluation de 1928, le franc devient une monnaie-papier sans réelle définition.

Dans le domaine monétaire, l’État substitue sa loi fondée sur la force et la coercition à la loi de l’économie fondée sur les choix libres des individus. Par ce processus, l’État laisse croire qu’il a le pouvoir de créer de la valeur puisqu’il s’approprie le monopole de la production des instruments monétaires. Cependant, en étatisant et en monopolisant la monnaie, le gouvernement se donne le moyen de spolier à volonté les individus, en manipulant les valeurs nominales pour le plus grand malheur de l’économie. L’inflation, qui est toujours et partout un problème monétaire, pour reprendre l’expression de Milton Friedman (plus précisément un problème de politique monétaire), est un impôt déguisé. Et les gouvernements ont toujours recours à des impôts déguisés ou « indolores » (T.V.A.), qui sont les plus sournois, lorsqu’ils ne maîtrisent plus les finances publiques (ce qui est le prélude à une faillite plus générale mais c’est une autre histoire…).

Dans son expression moderne, la monnaie n’est plus accrochée à un étalon extérieur à elle-même (une vraie définition comme l’or par exemple) et le monopole d’émission à l’intérieur d’un pays interdit l’expression d’un marché des monnaies qui permettrait d’obtenir les vraies valeurs des monnaies en circulation. Le résultat est édifiant pour la France, pays des manipulations en tout genre (des salaires, des prix agricoles, des taux de change, des tarifs médicaux, des taux d’intérêt…). Ainsi, depuis 1928, la valeur du franc fut divisée par plus de 200 ! Autant dire que l’histoire du franc, que nous avons enterré avec l’euro, illustre à bien des égards les égarements et les erreurs des politiques monétaires fondées sur l’illusion monétaire, celle que les politiques entretiennent en affirmant qu’ils auraient le pouvoir de créer de la valeur.

En imprimant des billets, on croit réellement créer de la richesse ! La comparaison avec le franc suisse est encore plus édifiante : le franc suisse a été originellement établi en 1850 à la parité avec le franc français. Au 1er janvier 1999, lorsque le franc français disparut pour laisser la place à l’euro, le franc suisse valait 425 francs français, ce que l’on traduisait pudiquement par 4,25 nouveaux francs (une division par cent de toutes les valeurs nominales procédée par le gouvernement du Général de Gaulle en 1958 pour épurée des décennies d’inflation galopante).

Ainsi, entre 1914 et 1999, la valeur du franc suisse par rapport au franc français a donc été multipliée par 425 !

On ne peut pas comprendre nos relations difficiles avec l’Allemagne, notamment sur la question monétaire, si on n’a pas en tête cette histoire. L’Allemagne a été traumatisée par l’hyperinflation qui a emporté la république de Weimar en ouvrant un boulevard à Hitler. Mais le mal était contenu dans le traité de Versailles, qui imposa des réparations humiliantes et irréalistes au peuple allemand, malgré les avertissements du gouvernement américain. Après la seconde guerre mondiale, fort de cette expérience tragique, les dirigeants allemands ne vont plus tolérer une dose infime d’inflation tandis que le gouvernement français va sans cesse jouer sur les dévaluations et la création monétaire.

Avec l’euro, le problème de la vraie définition d’une monnaie n’est pas supprimé car l’euro est une monnaie-papier dont la définition dépend encore d’une banque centrale, dont le gouverneur croit qu’il suffirait de manipuler (en l’occurrence de baisser) le taux d’intérêt pour relancer la croissance économique en Europe. Avec l’euro, le problème de la définition de la monnaie moderne a été déplacé à un autre niveau : il change de dimension, étant transféré au niveau européen.

Mais ce n’est pas parce que nous sommes encore plus nombreux à utiliser une monnaie-papier que celle-ci a plus de valeur : les concepteurs du Titanic affirmaient que leur navire était insubmersible parce qu’il était gigantesque (mais l’accident ne fut que plus catastrophique) ! Finalement, les problèmes économiques et sociaux deviennent insolubles quand les gouvernements cherchent à manipuler les prix (que ce soient des taux de salaires, des taux de change, des taux d’intérêt…) lesquels ne sont que la traduction nominale de phénomènes réels, conjoncturels ou structurels.

Et ce n’est pas la manipulation des grandeurs nominales qui influence les phénomènes réels dont ils ne sont que l’expression et la mesure de la même manière que l’on ne change pas la température réelle en trafiquant le thermomètre.

Vous pouvez mesurer les distances avec un mètre ou un centimètre mais ce n’est pas en modifiant l’étalon que vous changerez la dimension réelle de votre appartement.

À l’heure où l’on s’inquiète des performances de notre système d’enseignement, on pourrait établir un parallèle éclairant entre un diplôme, qui sanctionne normalement une compétence réellement acquise, et un billet de banque qui doit être la contrepartie d’une richesse créée.

Ce n’est pas en délivrant du jour au lendemain un brevet de pilote à un individu que vous le rendez capable de faire décoller un avion. Si vous délivrez quand même le brevet alors qu’il n’a acquis aucune compétence réelle, je ne monterai pas dans son avion et son brevet n’aura pas grande valeur, aussi officiel soit-il.

De ce point de vue, ce n’est pas le caractère officiel ou pas qui fait la valeur d’un diplôme ; et ce n’est pas la valeur d’un diplôme qui donne sa valeur à son titulaire mais bien le contraire.

Tout étatique et officiel qu’il était, le rouble n’avait aucune valeur car il constituait la monnaie officielle d’un État officieusement ruiné… et les russes préféraient utiliser le dollar sur les marchés parallèles. Les diplômes français sont des diplômes d’État dont on est bien incapable de mesurer la valeur réelle sauf à constater qu’il faut aujourd’hui détenir toujours plus de diplômes pour occuper des postes qui ne nécessitaient que le bac il y a quelques années en arrière. Si cela ne s’appelle pas de l’inflation…


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  • Le fait que les réparations du traité de Versailles soient irréalistes est une pure vision anglo-saxonne. Ceux-ci n’ayant pas eu à subir aucune des destructions et exactions des allemands, ils avaient bon dos de les contester. L’inflation sous Weimar est due au fait que le gouvernement allemand s’est mis à payer les matières à envoyer en France en faisant tourner la planche à billet en se croyant plus malin que les autres.

    Pour le Titanic, la notion d’insubmersible était juste un argument publicitaire. Il faut cependant reconnaître que ce navire était ce qui se faisait de mieux en matière de sécurité à l’époque. Mais tout comme malgré la sécurité actuelle, foncer à pleine vitesse dans les rochers mène à une catastrophe, c’était encore plus le cas avec un iceberg à l’époque …

    Bravo pour l’analogie avec un brevet de pilote qui perd de sa valeur si on le distribue dans des pochettes surprises. C’est très parlant.

  • En total accord sur l’inflation des diplômes.
    Pour effectuer le travail que je faisais, il faut être ingénieur aujourd’hui Le Bac est donné aux jeunes, pour le rater il faut vraiment être nul et avoir passé les dernières années devant les ordinateurs à jouer, ou en boite de nuit.
    Avec ce Bac ils peuvent entrer en Fac sans concours, cela nécessite un corps enseignant pléthorique, bien défendu par leurs syndicats.
    Ils ne veulent surtout pas de concours, ils ne veulent même plus de notes etc., tout pour gonfler le nombre d’élèves donc le nombre d’enseignants inutiles.
    Ceci a un coût énorme sur le budget du pays, créé des jeunes sans formation lorsqu’ils doivent décrocher en 2ème année de Fac, créé du chômage, créé un manque de professionnels etc.
    De plus, lorsqu’un jeune ingénieur s’attend à avoir un poste correspondant au niveau qu’on lui a mis dans la tête, et qu’il voit que son salaire et son niveau de responsabilité est bien loin de ce qu’il espérait, je comprends que certains soient démotivés.
    Mais il est normal qu’un patron embauche ces jeunes diplômés même s’il n’a nul besoin de ce niveau pour le poste proposé, il y en a plein qui attendent à la porte.
    Les socialos des années 80etc. ont détruit le travail manuel, pour détruire plus tard le travail tout court, en s’imaginant que tout le monde pouvait être super dilpômé, voilà le résultat => Dépenses inutiles pharaonesques pour produire des chômeurs ou des sur-diplômés déçus.
    Quant à l’inflation du Franc, on en serait encore là sans l’Euro, mais ils vont quand même arriver à dévaluer, on peut compter sur la BCE pour cela.

  • QUand je vois les cretins qui regrettent le Franc ou qui militent pour son retour je rigole: Le Franc et l’Euro c’est la meme chose! : Monnaies fiduciaires et monopolisitiques l’une n’a pas plus de raison que l’autre de rester stable.

    • Pour comprendre la différence entre le franc et l’euro, ainsi que la force de ce dernier par rapport aux monnaies nationales inféodées aux politiciens, vous devriez lire ceci : http://blog.turgot.org/public/documents/Huerta_de_Soto_EN_DEFENSE_DE_L_EURO.pdf.

      • Il faut remettre les choses dans l’ordre. Euro ou pas, c’est l’Etat providence en crise qui est destiné à mourir, miné par les contradictions insupportables inhérentes à tous les systèmes communistes.

        Le mensonge fait aux peuples est d’avoir laissé croire qu’on pouvait maintenir un système communiste sans en payer durement le prix tôt ou tard, par le chômage de masse, la récession et la pauvreté.

        Pour l’avenir, la question se résume à savoir si l’Etat providence entraînera l’euro dans sa chute ou si on aura la sagesse de se débarrasser prestement de la providence étatique tout en préservant intact l’outil monétaire.

        Les sondages montrent que la majorité des Européens n’est pas dupe des discours de certains politiciens, ce qui est une excellente raison d’espérer que la sagesse l’emportera finalement.

        • Vu comme la situation est partie, nous n’aurons plus ni l’un, ni l’autre.

          Bien sur, les modele communiste du CNR était intenable à long terme. Mais il aurait fallu libéraliser à l’intérieur des pays avant d’ouvrir les frontières, pas l’inverse. Ca n’avait aucun sens de procéder autrement.

          Pour cette raison, je suis persuadé que les peuples refuseront plus de libéralisme venant de l’Europe, et donc que l’€ est cuit.

  • « libre délocalisation des capitaux » pourtant le fisc collecte une exit tax.
    « interdiction de taxer le rapatriement des dividendes » pourtant les dividendes sont taxés dans l’IR
    « idem pour les importations » pourtant la TVA je la paie aussi sur les importations

    Bad troll, no cookie.

  • Ce sur quoi l’auteur n’insiste pas assez:
    Lorsque Napoleon a instauré le franc, ily avait plusieurs monnaies en cours sur le territoire. Il a choisi une monnaie qui existait déjà et qui était battue par une banque PRIVEE, la Banque de France. Il a lourdement inciter d’autres monnaies à s’agréger et en peu de temps nous eûmes une monnaie indépendante du pouvoir politique, gérée par de riches « familles ». Ce franc indépendant du pouvoir politique a vécu la première abdication de l’Empereur, le seconde avec l’occupation de la France et les indemnités d’occupation, les évènements de 1830, de 1848, le second empire avec ses calamités et couteuses opérations militaires, la défaite et les indemnités de la Prusse, l’occupation de la Lorraine et de ses hauts fourneaux, bref sept régimes, deux défaites militaires, deux révolutions (avec la commune de Paris) et se comportait comme un charme. Il a fallu que pour financer la première guerre mondiale (dont il est devant l’histoire le principal responsable), Poincaré (qui aurait du prendre quelques cours de mathématique financière auprès de son frère) a instauré le main mise de l’Etat sur la monnaie pour cela parte en …. quenouille (mauvais esprit, va, je vous ai vu sourire…) Et là, effectivement on rembraye sur le texte de l’auteur avec la pipeau de « l’Allemagne paiera »….

  • Vous avez totalement raison. Mais il faut bien synthétiser dans une chronique formatée. Cependant, c’est le cours d’histoire économique que j’enseigne à mes étudiants de première année. Ils decouvrent l’histoire…

  • Les commentaires sont fermés.

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