Curieuse campagne électorale aux USA

Malgré un piètre bilan économique et géopolitique, la popularité du Président Obama reste assez élevée dans les sondages. Comment l’expliquer ?

Malgré un piètre bilan économique et géopolitique, la popularité du Président Obama reste assez élevée dans les sondages. Comment l’expliquer ?

Par Charles Gave, depuis les États-Unis.
Publié en collaboration avec l’Institut des Libertés.

Je suis aux États-Unis depuis un mois et je voudrais rendre compte aux lecteurs de mes impressions. La première chose qui me frappe est un total sentiment de déconnexion entre les sondages et les réalités économique et géopolitique.

Réalité économique

L’économie US ne va pas bien et la preuve en est que la Réserve fédérale se croit obligée de prendre des mesures sans précédent pour essayer d’améliorer la situation. L’excuse présentée par l’administration sortante est bien sûr que la situation laissée par Bush était catastrophique.

Certes, certes, mais c’était il y a quatre ans et toutes les mesures prises pour enrayer la crise financière (avec succès) furent prises par l’administration du précédent Président, laissant M. Obama prendre les mesures qui devaient relancer la croissance et ramener le taux de chômage à moins de 5,5% au moment de l’élection présidentielle en 2012 (d’après les prédictions du Président élu).

Quatre mille milliards de dollars ont été dépensés depuis, avec les brillants résultats que chacun connait : la reprise a été la plus faible depuis 1945, le taux de participation (emplois divisé par population active) est au plus bas depuis 1981 tandis que le chômage reste supérieur à 8% et que les rentrées fiscales sont au même niveau qu’en 2007, ce qui amène déficits budgétaires et dettes à des niveaux incroyables. M. Obama a fait exploser la dette fédérale plus que tous les Présidents américains réunis depuis le début de la République…

On ne peut donc que constater (une fois de plus) l’échec total de ces relances keynésiennes qui ont échoué toujours et partout…

Réalité géopolitique

Dans son discours au Caire le Président Obama avait annoncé que les problèmes du Moyen-Orient venaient en grande partie de l’action des autorités US qui auraient « manqué de respect » vis-à-vis des musulmans et favorisé les dictatures locales au détriment de la démocratie. Trois ans après ce remarquable diagnostic, le Moyen-Orient est à feu et à sang, un ambassadeur Américain a été assassiné avec trois autres diplomates et le sport local consiste à bruler la bannière étoilée un peu partout.

Monsieur Obama pensait que pour se réconcilier avec les Arabes, il fallait se fâcher avec Israël, ce qu’il a fait avec beaucoup de talent… Voila qui accroît d’autant la probabilité d’une frappe d’Israël sur l’Iran avant que ce pays n’atteigne le seuil nucléaire, tant le fait de se sentir coupé de son principal allié peut amener ce petit pays à prendre des décisions dangereuses.

Comment expliquer la popularité d’Obama dans les sondages ?

Face à ce qu’il faut bien appeler une série de désastres tant sur le plan économique que géopolitique, on aurait pu s’attendre à ce que les sondages enregistrent un effondrement de la popularité du Président sortant. En fait, il n’en est rien du tout. Les sondages restent imperturbables et rien ne semble bouger. Un peu ahuri de cette extraordinaire stabilité, j’ai décidé d’aller essayer de comprendre comment ces sondages étaient fabriqués. Je commence par la photographie du corps électoral telle qu’elle est bien connue des spécialistes.

Le corps électoral se divise entre 35,4% de « républicains » (inscrits comme tels), 34% de démocrates (inscrits comme tels) et de 30,5% « d’indépendants » inscrits ni dans un parti ni dans l’autre et pouvant voter l’un ou l’autre au gré de leurs préférences.

D’après les sondages, 97% des électeurs inscrits comme républicains voteront Romney et 98% des électeurs inscrits comme démocrates voteront Obama. Voilà une égalité quasiment parfaite, ce qui veut dire qu’une fois de plus les résultats dépendront des indécis. J’ai donc été voir comment les sondages étaient faits dans le détail et quelle ne fut pas ma surprise au vu des résultats.

Les échantillons retenus par les grandes sociétés de sondage aux États-Unis comprennent sur un échantillon de 1300 personnes en général 51% de démocrates, 44% de républicains et le reste d’indépendants. La surreprésentation des démocrates et la sous-représentation des indépendants dans les sondages expliquent à elles seules les bons résultats du Président sortant. Si l’on corrige en appliquant les pourcentages officiels entre les trois catégories de votants, Monsieur Romney mène de plus de 7 points à peu près partout aux États-Unis. Je n’ai pas la moindre compétence dans l’art des sondages et apparemment toutes les sociétés de sondage pratiquent le même genre de corrections statistiques, ils doivent donc savoir quelque chose que je ne sais pas, mais j’ai trouvé cela assez… étrange. Les Américains en moyenne ont l’air de juger leur Président sortant incapable. Les sondages disent le contraire. Nous verrons bien le résultat des élections…

Mais avant de clore cet article, je voudrais faire part d’une dernière impression : jamais je n’ai vu les grands média de la côte Ouest ou de la côte Est aussi acharnés à détruire un homme autant que je l’ai vu pour Mitt Romney, présenté comme un monstre froid, égoïste et détestant les « pauvres ».

L’homme est en fait plus qu’honorable :

  • Il a créé l’une des sociétés de capital-risque qui a le mieux marché dans l’histoire des affaires depuis trente ans (Staples est l’une de leurs créations).
  • Ayant vendu ses parts, il devient gouverneur du Massachussetts qu’il fait passer d’un déficit budgétaire à un surplus tout en aidant à la création de plus d’emplois que la quasi totalité des États adjacents. Pendant toute cette période, il se sert un salaire de… 1$ par an. Bien peu pour un homme que seul l’argent intéresse.
  • Appelé au secours pour reprendre en mains les jeux olympiques d’hiver qui s’enfonçaient dans la désorganisation, il redresse la situation en 6 semaines et verse les 1,6 millions de dollars qu’il a touché à des « charités ».
  • Dans les deux dernières années, il a payé $5 millions en impôts (13% de ses revenus, ce qui est parfaitement en accord avec la moyenne des gens très riches aux États-Unis) mais il a donné $7 millions à diverses charités, ce que personne ne le forçait à faire.

Bon père (cinq fils), bon mari, remarquable homme d’affaires, gérant intègre des deniers publics quand il était au pouvoir, que voilà un candidat idéal.

L’ennui c’est que tout son discours et toute sa vie sont une illustration de ce qui fait la force des États-Unis, et que ce discours est haï à un point incroyable par tous les « Oints du Seigneur » des universités, des média et des milieux syndiqués et donc par tous les membres de ce qu’il faut bien appeler une cléricature qui vit noblement aux dépens des ceux qui travaillent en prenant des risques.

Combien de lecteurs français savent-ils que les fonctionnaires aux États-Unis sont payés 70% de plus à compétence égale avec de bien meilleurs avantages sociaux que les pauvres gars qui travaillent dans le secteur privé ?

Nous avons donc une élection entre le Tiers État, représenté par Monsieur Romney et le clergé étatique, représenté par Monsieur Obama. Est-ce pour cela que les membres de la cléricature essaient d’influencer les résultats des élections en faisant croire que monsieur Romney n’a aucune chance ?

Peut-être. Après tout une semaine avant l’élection de Reagan, les sondages donnaient Carter vainqueur.

Plus que 6 semaines à attendre…

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