Charlie Hebdo : soutenir ou censurer ?

Contrairement à la société socialiste, la société libre pose le principe de la liberté absolue de la presse et affirme la responsabilité pleine et entière de cette dernière quant aux conséquences de ses actes.

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Charlie Hebdo : soutenir ou censurer ?

Publié le 25 septembre 2012
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Contrairement à la société socialiste, la société libre pose le principe de la liberté absolue de la presse et affirme la responsabilité pleine et entière de cette dernière quant aux conséquences de ses actes.

Par Georges Kaplan.

Une des grandes différences qui opposera toujours les libéraux et leurs antagonistes socialistes, c’est que les défenseurs de la Société libre n’ont pas la prétention de construire une société parfaite et n’envisagent pas une seconde que nous puissions un jour vivre dans un paradis terrestre.

Dans une Société libre, vous ne pouvez pas exiger pour vous-même le droit de disposer librement du fruit de votre travail tout en réclamant que l’État subvienne à vos besoins.

Dans une Société libre, vous ne pouvez pas exiger pour vous-même le droit d’élever des enfants tout en réclamant que ce droit soit refusé à celles et ceux dont les orientations sexuelles vous déplaisent.

Dans une Société libre, vous ne pouvez pas exiger pour vous-même le droit de vous vêtir comme bon vous semble tout en réclamant que l’on interdise à d’autres de porter une burqa ou une kippa.

Dans une Société libre, enfin et puisque c’est le sujet qui nous occupe, vous ne pouvez pas exiger pour vous-même le droit d’exprimer librement votre opinion tout en réclamant que l’on interdise à d’autres de faire de même.

Dans une société libre, vous devrez souffrir que d’autres soient plus riches que vous, vous devrez admettre que des couples homosexuels forment des familles, vous devrez supporter que votre voisine soit voilée de la tête aux pieds et vous devrez accepter que Charlie Hebdo se complaise dans la provocation. La liberté, ça a des inconvénients.

N’est responsable que celui qui est libre

Il n’a échappé à personne que la publication des caricatures incriminées ne relève de rien d’autre que du coup marketing à peu de frais. Ce faisant, Charlie Hebdo à fait usage de sa liberté mais cette liberté a aussi ses inconvénients ; au premier titre desquels : la responsabilité. En provocant sciemment une partie du monde musulman – la partie moyenâgeuse, violente et revendicatrice – l’hebdomadaire expose nos concitoyens et plus particulièrement ceux qui vivent en terre d’Islam à des représailles. Dans une Société libre, Charlie Hebdo, en faisant usage de sa liberté, engage aussi sa responsabilité : si cette caricature met effectivement en péril la sécurité ou, pire encore, la vie d’un certain nombre de Français, l’hebdomadaire devra répondre de ses actes et en assumer pleinement les conséquences. La liberté, contrairement à ce que certains se plaisent à faire croire, ne signifie pas l’absence de règles.

Mais dans une société socialiste, il en irait tout autrement. Dans une telle société, la liberté d’expression et donc la liberté de la presse seraient contraintes par les lois. Parce que l’égoïsme des hommes, s’il n’est pas réfréné, pousse à « la guerre de tous contre tous », parce que les intérêts individuels doivent céder devant l’intérêt général, la société socialiste ne peut souffrir qu’un hebdomadaire, fût-il satirique, mette la sécurité de la nation en péril pour s’offrir un coup de pub. Dans une société socialiste, les restrictions imposées à la liberté de la presse ne sont pas seulement légitimes, elles sont une responsabilité de l’État ; dans une telle société, Charlie Hebdo aurait donc agi dans le cadre des règles fixées par la puissance publique : la publication de telles caricatures, si elle est autorisée, c’est l’État lui-même qui en porte la responsabilité. Et l’État, comme vous le savez, c’est nous.

La liberté et son alternative

Ainsi donc, nous sommes placés face à deux choix de société parfaitement antagonistes. La société libre pose le principe de la liberté absolue de la presse et affirme la responsabilité pleine et entière de cette dernière quant aux conséquences de ses actes. La société socialiste, au contraire, encadre cette liberté par la loi et fait porter la responsabilité de ce qui est publié sur l’État, c’est-à-dire, en régime démocratique, sur la nation toute entière. Dans le premier cas, le gouvernement peut regretter officiellement la provocation de Charlie Hebdo tout en rappelant à ceux qui s’en offusquent que les lois de la République lui interdisent d’intervenir. Dans le second, il doit choisir entre soutenir explicitement ou implicitement l’hebdomadaire – et donc nous en faire subir les éventuelles conséquences – et le censurer purement et simplement.

La liberté d’expression, quand elle est absolue, quand, au-delà du marbre de nos édifices publics, elle est gravée dans le cœur de chaque citoyen comme un principe qui ne souffre aucune exception, n’engage que celles et ceux qui en font l’usage. Je ne suis pas responsable de ce qu’écrit ou dessine Charlie Hebdo. Bien sûr, un monde de liberté d’expression sans limites n’a rien d’un paradis terrestre : on ne peut pas exclure que quelques islamistes décident néanmoins de se venger sur certains de nos concitoyens et c’est aussi un monde dans lequel les idées les plus abjectes auront droit de cité. Les inconvénients, pour vous comme pour moi, sont nombreux mais considérez bien l’alternative et souvenez-vous, comme l’écrivait Karl Popper, que « ceux qui nous promettent le paradis n’ont jamais rien créé d’autre que des enfers. »

—-
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  • Bonjour M. KAPLAN

    Excellente piqûre de rappel. Une (petite) remarque, si je puis me permettre : plutôt que d’opposer le libéralisme au socialisme, j’aurais peut-être opposé le libéralisme à l’étatisme. (Que l’on se comprenne bien, nous sommes bien évidemment d’accord sur le fond, aucun problème).

    Cette nuance permet aux non-initiés au libéralisme de mieux saisir votre pensée, je crois.

    Bien à vous

  • Dans une société libre, Charlie Hebdo n’a certainement pas à assumer la responsabilité des actes de violence que peuvent commettre d’autres personnes en France ou ailleurs. C’est uniquement les personnes commettant des actes de violences qui doivent en répondre.

    • Oui, voilà. C’est ce qui me gêne dans cet article (une fois n’est pas coutume avec les articles de Georges Kaplan).

      • Vous publiez un article dans lequel vous accusez M. Untel d’être un assassin d’enfants. Les gens se rendent chez M. Untel et le tuent. Après vérification, ces accusations étaient infondées…

        • Les responsables du meurtre sont les meurtriers.
          De façon tout à fait séparée, celui qui a calomnié peut être également condamné, avec, pourrait-on imaginer, comme cause aggravante que sa calomnie a poussé d’autres au crime (dans le monde réel, un journal sérieux ne s’amuserait pas à cela, et un journal pas sérieux ne serait pas cru).
          Il s’agit donc dans ce cas de déterminer si la calomnie entre ou non dans le cadre de la liberté d’expression.

          Mais ceci est un tout autre sujet.

          Ici on parle de caricature, pas de calomnie. Et je ne vois pas trop comment les auteurs d’une simple caricature, « impersonnelle » dans le cas qui nous intéresse, pourraient être responsables de l’agissement de quelques cinglés.

    • +1 pour LeBreton66 et Mateo
      Il est bien clair que un taré quelconque déclare « faites ce que je vous dit ou je tue les otages », c’est un taré auquel on a aucune raison de faire confiance, et qui tuera les otages (ou pas) selon son bon plaisir, qu’on fasse ce qu’il demande ou pas. Lui obéir ou pas n’engage en rien notre responsabilité dans la mort éventuelle des otages.

  • soutenir ou censurer ?

    ni l’un ni l’autre, retirer les subventions.

    s’ils veulent parodier mohammed ils le font avec leur argent, pas celui des citoyens (dont un grand nombre est musulman)

    il en va de même pour tous les journaux (et pour tous les thèmes)

    c’est pour ça qu’il faut supprimer les subventions à la presse tout court

  • Ce que nous apprend Charlie Hebdo, et l’enseignement que nous devons en tirer, c’est que plus que jamais notre liberté d’expression est bien en danger. En ce moment même, il existe des lobbys très actifs, financés avec l’argent des occidentaux via le pétrole, qui cherchent à convaincre les membres des nations unies a promouvoir un texte qui protègerait « le sacré ». Et j’ai malheureusement la conviction que ce texte passera un jour, surtout si Obama est élu. Ce serait alors une victoire sans précédent de l’Islam sur l’occident et en retour en arrière sordide. Oui la liberté d’expression est vitale, parce que c’est la première liberté, celle sans laquelle aucune liberté n’existe, celle sans laquelle aucune politique digne de ce nom, aucune démocratie ne survit. Il faut la tester en permanence, la défendre par tous les moyens, sans exceptions. Non Charlie Hebdo n’est pas responsable de la mort ou d’attaques d’occidentaux, c’est le manque de prudence et l’inconscience de ces personnes qui est le véritable responsable. Ils travaillent ou visitent des pays ou des zones non sécurisées, ils n’ont pour la plupart même pas conscience qu’ils se trouvent dans un monde empli de primates sanguinaires dont la seule éducation est une religion incapable de s’adapter au monde moderne parce que coincée par les écrits du coran. N’importe quelle excuse est bonne à ces primates pour se réunir pour détruire et tuer. Mais quand lancera t’ont une véritable information sur les dangers de l’Islam ? Quand dira-t’on enfin ouvertement toute la vérité sur le coran, qui est un livre d’amour pour les musulmans (entre eux) et un torchon rempli de haine envers tous les non-musulmans. Tout le monde devrait lire ce livre pour comprendre enfin pourquoi l’Islam est totalement incompatible avec une culture moderne et démocrate basée sur le respect de l’autre. Cette religion détruira à terme toutes nos valeurs acquises si durement et va nous ramener 1000 ans en arrière.

  • « Dans une Société libre, vous ne pouvez pas exiger pour vous-même le droit d’élever des enfants tout en réclamant que ce droit soit refusé à celles et ceux dont les orientations sexuelles vous déplaisent. »

    Si vous voulez parler d’adoption: UN enfant n’est pas un objet.
    Sinon je ne comprends pas de quoi il est question.
    Qui a parlé d’ôter leurs enfants (conçus hétérosexuellement…) aux personnes en couple homosexuels ?!?

    « Dans une Société libre, vous ne pouvez pas exiger pour vous-même le droit de vous vêtir comme bon vous semble tout en réclamant que l’on interdise à d’autres de porter une burqa ou une kippa. »
    Cette cécité devant la Burqa et ce qu’elle représente est consternante.
    Quelle société est moins libre que l’islamiste ?

    La société libre n’existe pas par miracle mais pas l’action de gens déterminés et dévoués à ce modèle – comme tous les autres.
    Comment se fait-il que tant d’athées invoquent constamment la providence pour réaliser leurs voeux, tout en niant son existence ?

    Oui, il faut accepter ce paradoxe: La société libre est le résultat d’un combat collectif.
    Reagan disait qu’on n’est jamais à plus d’une génération de perdre toute liberté – et actuellement on voit venir la menace totalitaire suffisamment clairement, me semble-t-il.

    Il faut que les libéraux cessent de répéter qu’il n’y a pas lieu de combattre le totalitarisme parce qu’il n’a pas lieu d’exister.
    C’est stupide.
    Il existe, et il faut le combattre.

    • D’ailleurs la kippa et la burqa sont sans rapport. La kippa est religieuse, la burqa est moins un signe religieux que le refus de se révéler aux autres.

      Pour vivre dans une société, il faut s’en faire connaître. Pour être responsable, il faut avoir une identité. Ce sont des problèmes qui dépassent largement la liberté religieuse.

  • Mmmhhh… le libéralisme est formidable, mais n’est pas un système moral. Vous le complétez très pertinemment par la notion de responsabilité. Mais n’est-ce-pas aussi la responsabilité de l’état de protéger ses citoyens?

    • Votre prédicat est discutable: en quoi le fait de croire éperdument en la liberté n’est pas moral ? Vous pensez que spolier des gens à plus de 70% est plus moral, peut-être ?
      Les libéraux ne rejettent pas l’idée d’Etat, bien au contraire: pour préserver la liberté, l’Etat est indispensable mais uniquement dans sa forme régalienne.

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