Marine Le Pen veut imposer un code vestimentaire pour les lieux publics

Marine Le Pen estime « évident que si l’on supprime le voile, on supprime la kippa dans l’espace public ». Évident ?

Marine Le Pen estime « évident que si l’on supprime le voile, on supprime la kippa dans l’espace public ». Évident ?

Par Jan Krepelka, depuis la Suisse.

L’imposition de codes vestimentaires, combat constructiviste par excellence, passe naturellement par l’uniforme à l’école, puis la sacralisation de l’uniforme pour les adultes. Elle est aussi traditionnellement passée par l’imposition d’habits minimaux, en Iran et un peu partout dans le monde d’ailleurs. Plus récemment, elle passe aussi par l’imposition d’habits maximaux, car après tout, si on ne fixe que le minimum, c’est encore vous laisser trop de liberté. Comprenez, il y aura des abus. Des gens qui s’habillent comme ils veulent, ça fait désordre.

Marine Le Pen, de même qu’elle a su synthétiser les programmes d’étatisation de gauche et de droite, a su également lier ces deux limites, et poser ainsi le débat dans sa cohérence :

La présidente du FN estime « évident que si l’on supprime le voile, on supprime la kippa dans l’espace public ».

Les « extrémistes » ont généralement raison : ils poussent à la cohérence, conclusion pire mais logique de principes qui auraient dû avoir été rejetés dès le départ. Donc oui, si l’État se donne le droit d’interdire certains types de vêtements, pourquoi pas en interdire d’autres.

À la question de savoir si une telle interdiction serait liberticide, Marine Le Pen répond : « On vous interdit de vous balader nus dans la rue. C’est liberticide ? »

Eh bien, oui Madame, oui c’est liberticide.

Petit rappel de la position libérale, seule réponse cohérente à ce genre de problématique (car après tout, on pourrait aussi passer des siècles à débattre de l’opportunité d’interdire – ou rendre obligatoires – les chapeaux rouges, ou les chapeaux bleus).

La règle libérale par défaut est le principe de non-agression. Seul un contrat, un accord volontaire entre deux ou plusieurs parties, peut amener quelqu’un à consentir à une forme d’agression.

Ainsi, la règle par défaut est que je n’ai pas le droit de commettre d’actes de violence contre des personnes qui elles-mêmes n’enfreignent en rien ma propriété… à moins qu’elles y aient consenti auparavant.

La règle par défaut est que je m’habille comme je veux, que ce soit nu, en string, en t-shirt, en burqa, ou en costard-cravate. Mais je peux aussi aller à un bal masqué sur une propriété privée où le videur contrôlera que je sois habillé selon le thème de la soirée et m’en exclura si ce n’est plus le cas.

Oui, des gens peuvent s’habiller (ou ne pas s’habiller) d’une façon qui vous déplaît. Get over it, aurait dit Mises, sauf qu’il l’a dit en 1927, avant de fuir aux USA les prédécesseurs spirituels des étatistes actuels, et donc en allemand :

Ein freier Mensch muß es ertragen können, daß seine Mitmenschen anders handeln und anders leben, als er es für richtig hält, und muß es sich abgewöhnen, sobald ihm etwas nicht gefällt, nach der Polizei zu rufen.

La règle libérale est de même que je peux aller où bon me semble, à moins que des propriétaires privés me restreignent l’accès à leur propriété.

En l’absence de propriété, ou dans le cas de propriété mal définie (routes payées par l’État avec l’argent confisqué aux citoyens et non-citoyens passés, présents ou futurs), c’est la règle par défaut qui s’applique.

Et non, comme certains tentent de leur faire croire par des raisonnements plus ou moins tordus, de tenter de déduire que le propriétaire effectif serait une certaine classe de contribuables (les citoyens d’un État par exemple, alors que même des touristes paient aussi des impôts tels que TVA, essence, etc), puis d’attribuer à cette classe de contribuables des préférences non démontrées qui se résument généralement à des préférences purement privées d’aucuns.

Raisonnements par ailleurs particulièrement naïfs s’ils ne voient pas que le prétendu « espace public » ne désigne en réalité rien d’autre que la sphère de contrôle total de l’État, historiquement en croissance jusqu’au point de définir comme « publics » des lieux parfaitement privés selon n’importe quelle définition cohérente :

Cette dérive, prétexte de choix à une étatisation croissante de la société, s’observe dans de nombreux domaines. Ainsi, dans le domaine du port d’armes ou celui de la législation sur le tabac, nous sommes passés, dans les définitions légales, de « lieux publics » à « lieux ouverts au public », autrement dit, des propriétés privées sont venues à être considérées comme des « lieux publics ». Marcela Iacub (Par le trou de la serrure, Fayard, 2008) fournit un autre exemple très parlant pour la France, où l’intérieur d’une chambre, visible uniquement par le trou de la serrure, est venu à être considéré comme un lieu « visible par le public », et donc un lieu où un « outrage public à la pudeur » pouvait avoir lieu, autrement dit, même une chambre à coucher intègre ainsi l’« espace public ».

Et si les prétendus espaces publics deviennent chaotiques par application de ce principe ? Eh bien, argument de plus pour exiger leur privatisation. Cependant, c’est bien plutôt la situation actuelle qui s’apparente à un chaos planifié.

Car si des personnes non-agressives peuvent certes m’empêcher de circuler sur une route « publique », il me semble que c’est plus souvent le fait de policiers érigeant des barrages, de sondages sur la mobilité (sic), de perpétuels travaux, etc., ou tout simplement de bouchons tournant à l’absurde le caractère prétendument non-rival du « bien public » routier, qui tendent à réduire la possibilité d’utilisation de la route à son but premier.

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