SOS Racisme et Cindy Leoni n’aiment pas internet

Question comique de situation, la nouvelle patronne de SOS Racisme est une pointure.

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SOS Racisme et Cindy Leoni n’aiment pas internet

Publié le 12 septembre 2012
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Dimanche dernier, un nouveau président s’est exprimé, a raconté une montagne de trucs aussi débiles que rigolos et personne pour en parler. Je ne parle pas de Hollande : beaucoup de monde (trop, presque) a commenté ses petites phrases à la grand-messe de Chazal. C’est plutôt de Cindy Leoni, la toute nouvelle tête de gondole à SOS Racisme dont je voudrais vous entretenir : il y a de la matière puisqu’en moins de neuf minutes sur Europe1, la nouvelle patronne de l’association anti-méchants nous a livré un chargement complet d’argumentaires consternants allant d’internet au droit au logement en passant par le testing et la politique intérieure.

Car mine de rien, en neuf minutes, on peut en dire, des choses. D’ailleurs, l’auditeur normalement constitué qui serait tombé sans précaution sur l’émission à cette heure-là aurait dû s’accrocher fermement pour ne pas être emporté par la vague monstrueuse, la déferlante de bêtises d’une hauteur de 12 à 15 mètres avec des crustacés, du goémon et plein d’écume que notre gentille passionaria de l’antidiscrimination aura jeté sur son passage.

Magie d’internet, rien ne se perd, tout se conserve précieusement et en voici une version complète que je vous conseille d’écouter par petits morceaux digestibles de quelques secondes (plus serait dangereux pour votre santé).

Les trois premières minutes sont essentiellement consacrées à rappeler à l’auditeur ce qu’est SOS Racisme et revenir sur la magnifique Loi Pleven du 1er juillet 1972 qui créait à l’époque les délits spécifiques d’injure, de diffamation à caractère raciste ainsi que la provocation à la haine raciale.

Loi que la France peut s’enorgueillir d’avoir expérimenté avec le succès qu’on connaît puisque le racisme, les injures racistes et la haine raciale ont quasiment hem disparu hum depuis son instauration, certes avec une légère augmentation des passages aux actes racistes (notion qu’il ne sera pas nécessaire de définir, tout le monde voit de quoi on parle et c’est très vilain tout ça, la situation est grave, ne m’embêtez plus de grâce).

Évidemment, pour Cindy, ces lois ne marquaient que le début de l’action antiméchants. Ainsi, quand son association s’est récemment lancée dans des testings (qui consistent à mettre en place des embuscades autour des boîtes de nuit ou de certaines entreprises qui n’embauchent pas leur quota des gens qu’il faut), stupeur et concombre mou, les constatations d’infractions et de délits racistes ont été nombreuses : les entreprises, notamment, sont vraiment méchantes (leur ultralibéralisme est probablement responsable). Pour Cindy, il va falloir faire quelque chose, vite, un truc, des actions pour que cessent ces vilaines choses.

Mais vers 2:55, on sort de la léthargie ronronnante des lieux communs et on attaque un vrai sujet : après le racisme en boîte de nuit, le racisme sur le lieu de travail, l’interview évoque le racisme sur les interwebs. Horreur : internet est un défouloir de haine, c’est un sondage et son impression qui le disent et ils sont formels. D’ailleurs, c’est bien clair, Internet, « c’est le principal outil de diffusion de la haine raciale ».

Oui, bon, certes, c’est aussi le principal outil de diffusion de toutes les autres informations (toutes). Fatalement donc c’est aussi le canal privilégié pour les bêtises. Captain Obvious Cindy Leoni continue ensuite sur sa lancée vitaminée : « C’est un outil dont les personnes les plus mal intentionnées s’emparent ». Que voulez-vous, les personnes les mieux intentionnées, en revanche, sont parties faire du macramé. Et c’est un peu dommage et on ne le dit pas assez : messieurs les gentils, ne laissez pas les internets à la merci des méchants. Arrêtez votre macramé et venez utiliser cet outil avec les meilleures intentions pour contrecarrer le mal !

Pire que tout, les méchants de l’internet sont des utilisateurs aguerris. Que dis-je ! Des tueurs affûtés du net, des l33t hax0r et tout ça : « Et ils maîtrisent internet parfaitement ». Il est parfaitement vrai et vérifié que les petites frappes d’extrême droite ou d’extrême gauche maîtrisent l’outil de façon puissante : certes, ils ont tous cette difficulté étrange à installer un correcteur orthographique et s’expriment, pour l’écrasante majorité d’entre eux, dans un sabir approximatif où la syntaxe se dispute la palme de la créativité avec la grammaire, pour partie inventée à la volée. Mais a contrario, ils savent tous balancer de la haine raciste sur VPN crypté, utiliser Tor et Onion routing, utiliser la puissance des DDOS de leurs multiples blacknets installés en Russie. Moui. C’est logique.

La solution (que Cindy connaît, évidemment, elle n’est pas née de la dernière pluie, hein) passe naturellement par un renforcement de l’arsenal juridique et il faut interpeller les pouvoirs publics et il est tout de même heureux qu’on puisse le dire en toute liberté que non, la haine ne doit pas passer par internet et voilà (ici, reprenez votre souffle).

En revanche, cette exquise liberté de pouvoir dénoncer la haine, cette liberté d’expression de pouvoir dénoncer les méchants, on devra tout faire pour la restreindre. Pas de liberté d’expression pour les ennemis de la liberté d’expression, no pasaran et tout le tralala. Parce que l’horreur de la situation apparaît clairement lorsqu’on apprend que (4:30 au compteur) « les gens utilisent le fait de pouvoir s’exprimer à l’étranger ». Zut merde crotte, ils ont plus de liberté d’expression à l’étranger, c’est absolument scandaleux ! Il faut fermer les zinternets à l’étranger aussi !

Ensuite, tout devient violent.

À partir de 4:50, c’est même un feu d’artifice. Par exemple, un fait divers dont la nature raciste semble évidente pour notre Cindy nationale n’a pas déclenché un rassemblement républicain. Pas le moindre mouvement de foule bigarrée, festivo-citoyenne et consciente. Rien. Eh bien ça, ma brave dame, ça, mon brave monsieur, « ça l’interpelle et ça l’interroge », la brave fille (probablement au niveau du vécu).

Aux alentours de 5:50, on apprend que SOS Racisme (qui est comme son nom l’indique et à l’instar de SOS Baleine, une officine pour protéger les baleines racismes) ne veut pas, ne doit pas être présenté comme le « bras armé du PS » : grâce à des arguments précis et pointus habilement distillés dans une série de bafouillages et d’enfumages rigolos, on apprend que l’association mitterrandienne, parfaitement prête à interpeller la droite si elle est républicaine, est même prête à interpeller des socialistes, par exemple en fustigeant le traitement scandaleux réservé aux Roms, qui là aussi interpelle pas mal Cindy.

Ouf. Plusieurs jours après leurs expulsions, il était temps que tout SOS Racisme monte au créneau au détour d’une émission d’Europe1 et non d’un communiqué de presse bien senti. Montée au créneau d’ailleurs savamment dosée pour ne pas arriver à une indignation qui aurait risqué d’être relayée dans la presse. Étrangement et contrairement à ce qui était encore le cas il y a quelques années, la position de SOS Racisme sur les Roms, soyons bien clairs, toute la presse, quotidienne, nationale, régionale ou autre, s’en tamponne. L’interpellation, c’est pas maintenant. En revanche, à 7:30, ce qui est maintenant, c’est la désillusion. Ou disons que c’est quelque chose qui lui pend au nez. Vu le niveau de naïveté du bivalve, ce n’est pas très étonnant.

Rassurante cependant, la Leoni nous explique tout de même que « Tout un chacun n’est plus stigmatisé au petit matin ». Ah, voilà qui m’emplit d’aise, mais heu, enfin, c’est-à-dire, excusez-moi mais les Roms de tout à l’heure, pourtant commodes pour se positionner en « Pas Bras Armé Du PS », ne se sont-ils pas fait violemment stigmatiser, au petit matin justement ? Bah, ce n’est pas grave puisque pour finir, notre petit bulot veut mettre le paquet en termes de priorités de ses actions indispensables, sur la lutte contre les discriminations et à demander — je vous le donne en mille — toute une brouettée de droits nouveaux parce que sinon, qui se souviendra de son passage dans cette officine du PS cette association de lutte contre les méchants sur Internet ?

Bon, certes, en me relisant, je vois que je me suis beaucoup moqué de la pauvre Cindy. Alors je vais finir en vous rappelant une chose importante : il ne faut pas stigmatiser l’amalgame. Mais on ne m’empêchera pas de penser que déverser autant de subventions publiques dans une association dont la présidente sort autant de poncifs et d’imbécillités en aussi peu de temps, c’est une dépense très bisou-compatible mais vraiment pas indispensable en période de disette budgétaire…

 

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La face cachée de SOS Racisme.

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