Ce que la gauche ne comprend pas chez Bastiat

Matthew Yglesias, éditorialiste de slate.com nous fournit encore un exemple de gauchisme vulgaire, sur Frédéric Bastiat cette fois.

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Frédéric Bastiat

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Ce que la gauche ne comprend pas chez Bastiat

Publié le 8 septembre 2012
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Matthew Yglesias, éditorialiste de slate.com nous fournit encore un exemple de gauchisme vulgaire, sur Frédéric Bastiat cette fois.

Par Sheldon Richman, depuis les États-Unis.

Il est toujours bon de voir Frédéric Bastiat débattu hors des milieux libéraux, parce que même quand ses vues sont mal retranscrites, la simple mention de son nom peut amener des lecteurs curieux à aller voir d’eux-mêmes de quoi il retourne. Ça ne peut pas faire de mal !

Donc un grand merci à Matthew Yglesias qui a écrit la semaine dernière pour Slate.com :

Le prétendu sophisme de la fenêtre brisée implique simplement de supposer qu’il n’existe jamais de ressources inoccupées ni d’écart de production. Dans ce contexte, oui, c’est une description vivante et intuitive de l’effet d’éviction. Mais ça ne réfute pas les arguments keynésien ou monétariste au sujet de la pertinence d’une relance pendant une récession induite par des chocs nominaux ; ça implique de supposer que de telles récessions ne peuvent pas arriver alors que c’est pourtant le cas. Pour défendre Bastiat, au moment où il écrivait, le cycle économique industriel moderne était une chose toute nouvelle, et la grande majorité des hauts et bas économiques était causée par des choses comme le mauvais temps, ce qui constitue en effet une considération décisive dans une économie agricole, comme on peut le voir aujourd’hui sur le marché des options sur le maïs. Mais les gens de 2012 qui flanquent sur la table un vieux livre qui ne répond pas aux problèmes modernes n’ont aucune excuse quand ils sont déconcertés de ne pas convaincre leurs interlocuteurs.

Yglesias suppose que Bastiat a simplement fait certaines suppositions quant au fonctionnement des marchés, mais Yglesias ne démontre pas que c’est bien le cas ; et il ne le pourrait pas. Bastiat n’était-il pas familier de Jean-Baptiste Say ? Lord Keynes et ses fans peuvent bien penser qu’il a réfuté la Loi de Say, mais à dire vrai, il leur a fallu l’énoncer incorrectement en premier lieu. Ce n’est pas tant que « l’offre crée sa propre demande », mais plutôt que l’offre est la demande. On produit un bien soit pour le consommer directement, soit, plus fréquemment, pour l’échanger contre un autre bien. L’offre et la demande sont les deux côtés de la même pièce, ce qui me fait penser que la loi de Say est valable aussi bien dans une économie de troc que dans une économie monétarisée, quand elle est libre, ce qui n’est pas le cas de la situation corporatiste dans laquelle nous sommes actuellement.

La structure temporelle

Il est vrai, on pourrait vendre un bien sans dépenser l’argent reçu en échange. Mais ça ne mènerait à une ressource inoccupée que si l’économie ne consistait pas en une structure temporelle de la production coordonnée par les taux d’intérêt. En d’autres termes, l’argent non dépensé est épargné, et disponible pour être investi (c’est-à-dire, payer des biens de production et des salaires, qui seront dépensés dans des biens de production) à des étapes potentiellement éloignées du niveau des biens de consommation ; c’est-à-dire un investissement à long terme dans une production destinée à une consommation future. Comme le formule le macro-économiste Roger Garrison, de l’école autrichienne, les gens épargnent pour quelque chose.

Étant donné notre soif insatiable de biens, dans un marché libre un embouteillage généralisé ne pourrait pas arriver ; si les prix étaient libres de fluctuer en réponse au changement des conditions ou à des erreurs entrepreneuriales, le prix des biens abondants face à leur demande chuterait, et le prix des biens rares face à leur demande augmenterait. Les entrepreneurs ajusteraient alors leurs plans, mais puisque le changement est la règle, le marché n’atteindrait jamais un état de repos. La loi de Say parle d’un processus libre à travers le temps, pas d’un équilibre général.

Yglesias est-il vraiment sérieux quand il écrit que la position de Bastiat « implique de supposer que de telles récessions ne peuvent pas arriver alors que c’est pourtant le cas » ? C’est Yglesias qui suppose ce qui doit être démontré : en l’occurrence, que le cycle économique est une caractéristique naturelle d’un marché libre, plutôt que la conséquence de ce que l’État se mêle de façon corporatiste aux affaires relatives à la monnaie, à la banque et aux taux d’intérêts.

Le gauchisme vulgaire

Yglesias nous fournit le dernier exemple en date de « gauchisme vulgaire », comme l’appelle Kevin Carson. Il s’agit d’attribuer au marché libre les maux de son antithèse, le corporatisme, par exemple le pouvoir des grandes entreprises, les récessions, le chômage structurel de long terme, l’exploitation des travailleurs, et j’en passe. Les keynésiens regardent autour d’eux, voient du chômage et des ressources inemployées, et en concluent (parfois encouragés par les libéraux eux-mêmes) que, comme le « marché libre » permet à ces problèmes d’apparaître et ne semble rien faire pour les résoudre, la relance publique doit prendre le relais.

C’est un peu comme arriver au milieu d’une séance de cinéma en pensant comprendre l’intrigue. Oui, il y a indubitablement des travailleurs inemployés et des ressources inexploitées aujourd’hui. Mais cette simple observation ne nous apprend rien sur pourquoi elles sont inemployées. Ludwig von Mises et Friedrich Hayek, soutenus par ceux qui ont disséqué le corporatisme, en ont fourni une explication. Les critiques sont les bienvenues, mais personne ne peut prétendre que cette explication n’existe pas.

Le cycle économique

Comme l’expliquent les économistes de l’école autrichienne, les politiques inflationnistes des banques centrales qui abaissent artificiellement les taux d’intérêt encouragent des activités de production à plus long terme que ce qui aurait été fait autrement, compte tenu du niveau réel de l’épargne. Quand la surexpansion prend fin, les ressources physiques et humaines mal investies apparaissent en plein jour. Le travail, les machines et le terrain qui ont été attirés vers des productions qui ne correspondent pas à une vraie demande des consommateurs doivent à présent être réalloués. L’économie déformée doit pouvoir reprendre une structure plus appropriée. Mais pour cela, il faut des entrepreneurs qui prennent des risques, du temps et de l’argent (sous forme d’épargne). Pour que la correction se passe rapidement et avec le moins de difficultés possibles, l’État doit dégager le chemin. Et en particulier, il ne doit pas maintenir les taux d’intérêt artificiellement bas (ce qui décourage l’épargne) ou créer de l’incertitude pour ce qui est des réglementations et des impôts à venir. Le monde est déjà assez incertain ; dans la mesure où l’action de l’État augmente l’incertitude sur la réglementation et l’imposition, les investisseurs seraient alors encouragés à faire du sur-place et à ne pas faire de grands mouvements. Ce qui empêche l’effort pourtant nécessaire pour réaligner le travail et les ressources avec ce que les consommateurs veulent (ou voudront dans l’avenir).

Les dépenses publiques peuvent stimuler l’usage des ressources inutilisées, mais ça ne suffit pas. En fait, il vaudrait mieux qu’il n’utilise pas du tout ces ressources, qui, après tout, sont rares. Nous voulons qu’elles soient utilisées pour des choses que les consommateurs demandent. Les politiciens, dont les décisions ne subissent pas la sanction du marché, sont complètement désemparés pour le faire.

Donc, contre ce que pense Yglesias, quand un admirateur de Bastiat voit dans les dépenses publiques de « relance » le sophisme de la fenêtre cassée, son raisonnement repose sur des bases plus que solides. Chaque centime que l’État dépense, qu’il soit acquis par l’impôt ou par l’emprunt, est un centime que quelqu’un, dans le secteur privé, ne dépensera pas. Si les gens attendent encore pour dépenser, ce qui n’est pourtant pas le cas en ce moment, nous devons nous intéresser aux interventions publiques précédentes qui ont abouti à cette situation, et abroger ces politiques corporatistes, anti-marché, ces réglementations et ces impôts.


Paru sur Reason.com le 26.08.2012 sous le titre When Liberals Misread Bastiat.
Traduction : Benjamin Guyot pour Contrepoints.

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  • C’est surtout qu’on ne comprend rien de ce qu’écrit slate a propos de Bastiat. Quand une contestation est démontrée d’une manière aussi peu limpide on voit bien ou cela mène.

  • Marrant comme la gauche cherche toujours à justifier par des pseudo arguments économiques leurs arguments sociaux, comme si leurs arguments sociaux ne suffisaient pas et n’avaient pas de légitimité.

    «Mais ça ne réfute pas les arguments keynésien ou monétariste au sujet de la pertinence d’une relance pendant une récession induite par des chocs nominaux»

    Pourquoi faudrait-il réfuter ce que les adeptes de ces théories n’ont pas réussi à prouver ?

  • slate : « Pour défendre Bastiat, au moment où il écrivait, le cycle économique industriel moderne était une chose toute nouvelle, et la grande majorité des hauts et bas économiques était causée par des choses comme le mauvais temps, ce qui constitue en effet une considération décisive dans une économie agricole, comme on peut le voir aujourd’hui sur le marché des options sur le maïs. »
    ————————————-
    Pour la petite histoire, même au temps de l’économie agricole, le « mauvais temps » suivait un cycle régulier, celui des cycles solaires de 11 ans. L’astronome Hershell avait constaté que le prix du blé était lié à celui du nombre de taches solaires de ce cycle. Donc les cycles économiques existaient déjà au temps de Bastiat. Les dépenses keynésiennes aussi. Et l’échec de ces dépenses keynésiennes aussi (il n’y a qu’à voir la dette et l’état économique catastrophique du pays laissés par Louis XIV aux Français).

    Mais cycle ou pas, ce que dit Bastiat relève d’une loi économique de base, à savoir qu’on ne se désendette pas … en s’endettant davantage. C’est comme la loi de la gravité, elle reste vraie quelles que soient les contorsions rhétoriques des humains : on ne peut pas léviter en tirant sur ses lacets de chaussures. Ca été amplement démontré par les échecs répétés des « relances » keynésiennes, aux USA d’Obama, au Japon depuis plus de 10 ans, en Europe…

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