Austérité: le grand mensonge

Il y a une sorte d’unanimité de la part des hommes politiques et des médias pour dire que les gouvernements, notamment européens, auraient mené des politiques libérales d’austérité en réaction à la crise. Mais les faits confirment-ils un tel poncif ?

Il y a une sorte d’unanimité de la part des hommes politiques et des médias pour dire que les gouvernements, notamment européens, auraient mené des politiques libérales d’austérité en réaction à la crise. Mais les faits confirment-ils un tel poncif ?

Par Jeff Belmont.

L’OCDE (organisation regroupant les pays les plus développés) suit les comptes publics de 32 de ses membres. C’est un outil tout à fait intéressant car en étudiant la période 2007-2012, on peut se faire une idée (avec le maximum de recul possible) des politiques que nos gouvernements ont vraiment pris en réaction à la crise [1]. Rappelons qu’il y a globalement deux types de politiques qui se sont affrontées pour réagir à la crise :

  • Les politiques libérales (ou politiques d’austérité) : réduire la dépense publique pour réduire les déficits et relancer la croissance en comptant sur une baisse consécutive des prélèvements obligatoires.
  • Les politiques keynésiennes (ou politiques de relance) : augmenter les dépenses publiques pour « relancer » la croissance et réduire  mécaniquement les déficits en comptant sur justement cette croissance.

Il y a une sorte d’unanimité de la part des hommes politiques et des médias pour dire que les gouvernements, notamment européens, auraient mené des politiques libérales d’austérité en réaction à la crise. Mais les faits confirment-ils un tel poncif ?

Pays ayant adopté une réaction libérale

(austérité, baisse des dépenses publiques)

Pays ayant adopté une réaction keynésienne

(relance, augmentation des dépenses publiques)

Variation 2007-2012 de la dépense publique

Baisse de plus de 5%

Baisse de moins de 5 %

Hausse de moins de 5%

Hausse de plus de 5%

Nombre de pays

0

2

21

9

Seulement 2 pays sur les 32 ont adopté les politiques libérales (et réduit leurs dépenses publiques entre 2007 et 2012) : la Hongrie (-1,4% du PIB) et Israël (-1,7% du PIB).

En revanche, 30 pays sur les 32 ont adopté des politiques keynésiennes.

C’est la confirmation définitive de la totale manipulation qu’était la grande campagne médiatique contre la soi-disant « austérité » ou le cinéma que nous a fait Hollande à Bruxelles pour pleurnicher pour « plus de croissance » et moins de « rigueur ».

La manipulation repose sur un phénomène dont la France est un exemple typique. Entre 2007 et 2009, le gouvernement français a augmenté les dépenses de 4,1% de PIB. Puis entre 2010 et 2012, le même gouvernement les a réduites de 0,8% du PIB. Ce chiffre peut paraitre ridicule par rapport à l’augmentation de la précédente période, mais il n’en faut pas moins pour lancer les pleureuses de tous bords dans une guerre totale contre « l’austérité ». Mais ce qui compte, ça n’est pas le petit réajustement de 0,8%, mais bien le grand plan de relance de 4,1%. D’où l’intérêt de regarder sur une longue période.

Dés le soir de son élection, François Hollande a déclaré : « au moment où le résultat a été proclamé, je suis sûr que dans bien des pays européens, cela a été un soulagement, un espoir, l’idée qu’enfin l’austérité ne pouvait plus être une fatalité ». Il semble que notre président ait passé trop de temps en Hongrie et en Israël car ce sont les deux seuls pays de l’OCDE qui affichent moins de dépenses publiques aujourd’hui qu’avant la crise.

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[1] Note de méthodologie :

Le choix de 2007 comme année de début de la période vient du fait qu’il s’agit de la dernière année de référence d’avant crise. Les premières grandes politiques publiques de réactions à la crise ont été menées sur l’exercice 2008. Ainsi, le gouvernement islandais a, entre autres, quasiment nationalisé les banques Glitnir et Landsbanki, ce qui a créé une variation des dépenses publiques de +15,3% du PIB entre 2007 et 2008 !

Sur le web

Avant un plan B, un plan A comme austérité.