Austérité: le grand mensonge

Il y a une sorte d’unanimité de la part des hommes politiques et des médias pour dire que les gouvernements, notamment européens, auraient mené des politiques libérales d’austérité en réaction à la crise. Mais les faits confirment-ils un tel poncif ?

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Austérité: le grand mensonge

Publié le 6 septembre 2012
- A +

Il y a une sorte d’unanimité de la part des hommes politiques et des médias pour dire que les gouvernements, notamment européens, auraient mené des politiques libérales d’austérité en réaction à la crise. Mais les faits confirment-ils un tel poncif ?

Par Jeff Belmont.

L’OCDE (organisation regroupant les pays les plus développés) suit les comptes publics de 32 de ses membres. C’est un outil tout à fait intéressant car en étudiant la période 2007-2012, on peut se faire une idée (avec le maximum de recul possible) des politiques que nos gouvernements ont vraiment pris en réaction à la crise [1]. Rappelons qu’il y a globalement deux types de politiques qui se sont affrontées pour réagir à la crise :

  • Les politiques libérales (ou politiques d’austérité) : réduire la dépense publique pour réduire les déficits et relancer la croissance en comptant sur une baisse consécutive des prélèvements obligatoires.
  • Les politiques keynésiennes (ou politiques de relance) : augmenter les dépenses publiques pour « relancer » la croissance et réduire  mécaniquement les déficits en comptant sur justement cette croissance.

Il y a une sorte d’unanimité de la part des hommes politiques et des médias pour dire que les gouvernements, notamment européens, auraient mené des politiques libérales d’austérité en réaction à la crise. Mais les faits confirment-ils un tel poncif ?

Pays ayant adopté une réaction libérale

(austérité, baisse des dépenses publiques)

Pays ayant adopté une réaction keynésienne

(relance, augmentation des dépenses publiques)

Variation 2007-2012 de la dépense publique

Baisse de plus de 5%

Baisse de moins de 5 %

Hausse de moins de 5%

Hausse de plus de 5%

Nombre de pays

0

2

21

9

Seulement 2 pays sur les 32 ont adopté les politiques libérales (et réduit leurs dépenses publiques entre 2007 et 2012) : la Hongrie (-1,4% du PIB) et Israël (-1,7% du PIB).

En revanche, 30 pays sur les 32 ont adopté des politiques keynésiennes.

C’est la confirmation définitive de la totale manipulation qu’était la grande campagne médiatique contre la soi-disant « austérité » ou le cinéma que nous a fait Hollande à Bruxelles pour pleurnicher pour « plus de croissance » et moins de « rigueur ».

La manipulation repose sur un phénomène dont la France est un exemple typique. Entre 2007 et 2009, le gouvernement français a augmenté les dépenses de 4,1% de PIB. Puis entre 2010 et 2012, le même gouvernement les a réduites de 0,8% du PIB. Ce chiffre peut paraitre ridicule par rapport à l’augmentation de la précédente période, mais il n’en faut pas moins pour lancer les pleureuses de tous bords dans une guerre totale contre « l’austérité ». Mais ce qui compte, ça n’est pas le petit réajustement de 0,8%, mais bien le grand plan de relance de 4,1%. D’où l’intérêt de regarder sur une longue période.

Dés le soir de son élection, François Hollande a déclaré : « au moment où le résultat a été proclamé, je suis sûr que dans bien des pays européens, cela a été un soulagement, un espoir, l’idée qu’enfin l’austérité ne pouvait plus être une fatalité ». Il semble que notre président ait passé trop de temps en Hongrie et en Israël car ce sont les deux seuls pays de l’OCDE qui affichent moins de dépenses publiques aujourd’hui qu’avant la crise.

——-

[1] Note de méthodologie :

Le choix de 2007 comme année de début de la période vient du fait qu’il s’agit de la dernière année de référence d’avant crise. Les premières grandes politiques publiques de réactions à la crise ont été menées sur l’exercice 2008. Ainsi, le gouvernement islandais a, entre autres, quasiment nationalisé les banques Glitnir et Landsbanki, ce qui a créé une variation des dépenses publiques de +15,3% du PIB entre 2007 et 2008 !

Sur le web

Avant un plan B, un plan A comme austérité.

Voir les commentaires (28)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (28)
  • Il faut bien mentir un peu au gens si on veut avoir des marges de manœuvre… En tout cas, c’est ce qu’intellectuels et journalistes prétendent à propos des promesses de campagne qui ne seront pas tenues. Le déni assumé, une invention française !

  • Ces chiffres tiennent-ils compte de l’inflation ? ce qui pourrait fausser les résultats.

  • Un bémol par rapport au graphique : si le PIB diminue, mécaniquement la variation des dépenses / PIB est positive, non?

    • Sur les 32 pays étudiés, il n’y en a que 5 qui ont un PIB plus faible aujourd’hui qu’en 2007, donc l’effet de cette mécanique devrait être donc plutôt de sous-estimer les augmentations de dépense publique que le contraire.
      Après, tout est une question de définition de la « variation des dépenses publiques ». 99% des analystes utilisent le % du PIB.

  • Oui mais les opposants à l’austérité vous répondront que l’austérité ne marche pas car elle accentue la récession et donc provoque l’augmentation des budgets sociaux et la baisse des recettes. Dans le cas de l’immobilier, elle peut accroître la baisse du marché et donc le surendettement des ménages et la multiplication des faillites. Il faudrait une lecture plus précise des budgets sociaux et de l’évolution des recettes.

    • Parce que dépenser plus qu’on ne gagne, çà marche?

      • Le problème étant que les recettes sont indéterminées, elles dépendent de la croissance et de plusieurs autres facteurs. Chaque gouvernement doit donc se baser sur des prognostics pour déterminer l’évolution des recettes. De l’autre côté vous avez des dépenses incompressibles (dans l’état actuel) que sont l’assurance chômage ou aures minima sociaux. Je ne parle même pas des conditions des fonctionnaires. Ces dépenses vont augmenter automatiquement et il n’y a pas grand chose que les gouvernements puissent faire. A moins de retourner complètement l’Etat Providence et je doute qu’aucun en ait la légitimité (via les élections).

    • L’austérité qui consiste à augmenter les impôts sans baisser les dépenses ne fonctionne jamais. Il faut donc baisser massivement les impôts et encore plus les dépenses.

      • Je suis d’accord mais allez expliquer au premier quidam que vous voulez baisser drastiquement les dépenses (au delà même de ce qui est nécessaire,) car vous prenez en compte la récession que vous allez provoquer via cette réduction des dépenses.

        Si en plus cet Etat revient sur des engagements pris comme l’Assurance chômage, maladie ou les retraites vous allez provoquer une émeute.

        • « vous prenez en compte la récession que vous allez provoquer via cette réduction des dépenses. »

          Ou pas. En tout cas certainement pas à moyen et long terme.

          • Oui, mais l’électeur moyen ne voit pas au delà de 1 an (voir 100 jours pour certains).

            Je maintiens que cet article use de raccourci en omettant l’évolution des recettes de l’Etat, le taux de chômage (et autres dépenses sociales) et l’évolution du solde primaire.

        • Je-ne-sais-plus quel pays (Suède?) base son budget non pas sur les prévisions de l’année en cours ou suivante, mais sur le budget de l’année d’avant.

  • La relance par la consommation, oui ! Mais pas par des plans de renflouement des entreprises !
    On a une vision totalement paradoxale des termes : la relance serait une baisse des impôts, des dépenses publiques, donc une incitation à la production, plus de consommation potentielle en laissant un « pouvoir d’achat » correct.
    En revanche, l’austérité…c’est ce que l’on a : pas moins d’impôts, et encore d’énormes dépenses !

    • « La relance par la consommation, oui ! »

      Non! :p
      La relance keynésienne, ça ne marche pas…

      • C’est sûr qu’on aimerait croire qu’il suffit de consommer plus pour produire plus et devenir plus riche… Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi il y a des margoulins politiques pour vendre cette idée, et des électeurs pour l’acheter. C’est pourtant difficile d’imaginer plus con…

    • @ Mateo et P :

      Vous êtes tellement endoctrinés dans votre idéologie « anti-keynesienne » que vous n’avez même pas lu correctement le post de Cyanure.
      Son post est pourtant clair : réduire les dépenses c’est libérer les entreprises de leurs taxes et charges, ce qui entrainera une baisse des prix et donc bien une relance par la consommation !!!
      Ce n’est pas du tout la même chose que de « relancer la consommation » en faisant des dépenses publiques sociales !!

      • Peut-être que je n’avais pas lu correctement, mais même en relisant trois fois à la lumière de ta remarque, je ne vois rien à change à mon commentaire. La relance par la consommation ça n’existe pas.

  • « Ainsi, le gouvernement islandais a, entre autres, quasiment nationalisé les banques Glitnir et Landsbanki, ce qui a créé une variation des dépenses publiques de +15,3% du PIB entre 2007 et 2008 ! »

    Oui mais pourtant l’Islande est l’un des seuls pays européen à faire environ 2,1% de croissance en 2011 !

    Quelles politiques ce pays a t’il mener pour y arriver ?

    • Suède: 4.2% en 2011 (5.6% en 2010)
      Estonie: 7.5% en 2011 (3.1% en 2010)
      Autriche: 3.3% en 2011

      Ce sont les premiers exemples qui me viennent en tête.

    • A partir de 2009, ils ont cessé de renflouer leurs banques et les ont laissées couler (2 référendums en ont décidé ainsi) et ils ont rediminué leurs dépenses publiques de -12% entre 2009 et 2012. Ça ne rattrape pas les +15% de 2008, mais ils semblent avoir retrouvé la croissance. Si tant est que ce type d’exemple ait une signification quelconque en terme d’interprétation…

  • Question avant de s’en servir: est ce que ça inclus les remboursements de la dette ?

    Un détracteur pourrait bien dire que c’est uniquement à cause des intérêts de la « dette félonne vendue au grand capitââl » (intérêt qu’on n’aurait pas si on ce prêtait à soit-même grââtuitement (lol))

    Les taux ou remboursements ont augmentés dans la même période ?

    • Si on s’était prêté gratuitement à nous-même, on aurait rien put acheter. Ce n’est pas parce que je prétends que mon billet de 10€ en vaut 100000 que mon voisin va l’accepter.

  • Il est tout a fait exact de dire que l’austérité aura un effet désastreux sur l’économie.
    Pour cela il faut tenir compte d’un facteur ENORME :
    Une grande partie de « l’économie » dans nos sociales-démocratie n’existe que par l’injection permanente d’argent étatique. Ce sont des emplois TOTALEMENT ARTIFICIELS. La filière « éolienne / solaire » en est un exemple flagrant (tout comme les « transports public » : RATP, SNCF, Air France).
    Donc l’arrêt de toutes les subventions aura pour effet de faire tomber le château de carte. Et cela l’Etat ne le veut pas, les syndicats non plus et les lobbyistes profiteurs encore moins !!!

    La vraie question est donc plutôt :
    Est-ce que l’économie une fois débarrassée de ces boulets pourra repartir, créer de nouveaux et véritables emplois et absorber ces nouveaux chômeurs?
    Je pense que pour la France la réponse est NON !!
    Pourquoi cela: tout simplement parce que ce pays a détruit depuis longtemps toute les aspirations à devenir entrepreneur, prendre des risques pour gagner plus et mieux vivre.
    Il n’y a plus beaucoup de gens comme cela en France (d’ailleurs même moi j’ai arrêté !!!), donc la création de nouvelles entreprises sera insuffisante pour absorber l’austérité…
    Nous sommes fichus et seront bientôt tous chinois !!!

    • « Est-ce que l’économie une fois débarrassée de ces boulets pourra repartir, créer de nouveaux et véritables emplois et absorber ces nouveaux chômeurs? »
      Bonne question, et la réponse est dans la remarque suivante :
      ces emplois ne se contentent pas d’être artificiels, ils ont un autre vice bien pire que d’être artificiels. Ce vice, c’est qu’ils coutent plus qu’il ne rapportent. Ils détruisent de la valeur. Ils constituent une valeur soustraite, bien pire qu’un boulet ils constituent une force qui tire dans le mauvais sens.
      Le simple fait de les jeter à la poubelle constitue la fin d’un gaspillage, donc une hausse de la richesse produite (ce que le PIB ne mesure qu’imparfaitement) et donc améliorera la situation.
      En outre, ces gens remis à la disposition de l’économie ne manqueront pas de faire un bien meilleur usage de leur force de travail que ce à quoi on les occupe actuellement ; au moins pour une fraction d’entre eux et pour une fraction de leur temps, ça sera toujours un plus par rapport à la situation actuelle.
      le PIB augmentera ; le nombre d’emplois productif augmentera. Le nombre de chômeurs, lui, ça dépendra de la répartition des nouveaux emplois entre l’officiel et le reste (auto-production, service informel, black …), comme on peut le voir en Grèce où le black explose parallèlement au nombre de chômeur officiels

  • Cette augmentation ne serait-elle pas simplement liée au fait que le PIB a diminué et que donc les chiffres font croire que les dépenses publiques ont augmenté?

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Par Johan Rivalland.

Il est fréquent de croire que le libéralisme s’assimile aux politiques d’austérité. C’est se méprendre à la fois sur le champ que couvre cette philosophie, nullement restreinte à l’économique, mais c’est – même sur le plan économique – en avoir une vision bien terne et restrictive, pour ne pas dire peu enthousiasmante qui ne correspond pas à son esprit.

Vingtième-troisième volet de notre série « Ce que le libéralisme n’est pas ».

Le libéralisme n’est pas qu’économique

Nous l’avons évoqué à de multiple... Poursuivre la lecture

Par Jean-Luc Ginder.

Notre système économique basé sur l’impôt est appelé à s’améliorer, à s’améliorer toujours, et à s’effacer au niveau de l’impôt sur le revenu pour réaliser autrement sa mission de service public.

Supprimer un impôt n’est pas supprimer les autres impôts. Notre système économique est malade. La suppression de l’impôt sur le revenu signifie 20 % des recettes de l’État afin de relancer l’emploi par la consommation. Il serait alors judicieux de s’interroger pour savoir si les 80 milliards dédiés au plan de relanc... Poursuivre la lecture

Par Nicolas Marques. Un article de l'Institut économique Molinari

Les dépenses publiques sont passées de 45,2 % du PIB en 1978 à 55,6 % en 2019 (Figure 1). Cela représente une hausse de 10,4 points. Cette augmentation a été concentrée sur 3 périodes de crises : 1978-1985 (+7,1 points), 1989-1993 (+5,7 points), 2007-2009 (+4,6 points). Sur la longue période, elles augmentent significativement de façon tendancielle, ce qui bat en brèche l’idée d’une austérité budgétaire française.

En parallèle, les recettes publiques ont augmenté ... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles