Les eurosceptiques avaient raison

européisme

La crise de l’euro a été annoncée avant même que la monnaie unique n’entre en fonction par les économistes eurosceptiques.

Toutes les « solutions » pour éviter que l’euro ne se disloque se sont avérées inefficaces. Comme l’avaient prévu Milton Friedman et quelques autres eurosceptiques, avant même que la monnaie unique n’existe.

Par Florin Aftalion.

La crise de l’euro a été annoncée avant même que la monnaie unique n’entre en fonction. Malheureusement, la voix des économistes qui en expliquaient les raisons était peu audible dans le brouhaha des débats politiques qui seuls intéressaient les médias. Circonstance aggravante, ces premiers eurosceptiques étaient surtout des chercheurs et des enseignants américains que leur nationalité et leur libéralisme déconsidéraient à l’avance.

Bien sûr, de nombreux acteurs de la scène publique française prirent position contre l’euro (en particulier à l’occasion du référendum de 1992). Ils ne se déterminèrent cependant pas pour des motifs économiques, mais en raison de la perte d’indépendance qu’entraînerait selon eux la disparition des monnaies nationales. Contre eux, les tenants de l’euro avançaient des arguments également politiques soulignant que la monnaie unique devait conduire à l’intégration européenne ou qu’elle allait être « plus forte que le dollar ». Dans ce contexte, l’argument économique majeur en faveur de l’instauration de l’euro – l’élimination du risque de change des industriels et des investisseurs dans leurs transactions à l’intérieur de la future zone euro – était rarement évoqué. Pourtant il s’agissait d’un argument de poids, mais pertinent seulement à condition que la zone monétaire elle-même fonctionne convenablement.

Or, c’est justement sur ce point que s’exerçait la critique des économistes sceptiques. Comme une monnaie unique signifie une politique monétaire unique, les hétérogénéités impossibles à corriger par des interventions spécifiques doivent l’être spontanément. Ceci est d’autant plus facile que les mains-d’œuvre sont mobiles, les marchés du travail déréglementés et le fédéralisme financier capable de déplacer des capitaux des zones prospères vers celles provisoirement en difficulté. Si ces exigences ne sont pas satisfaites, en cas de crise, aucune solution n’existe.

Malheureusement, dans la zone euro aucune des trois conditions n’était remplie lors de la signature du traité de Maastricht, loin s’en faut. Ce à quoi les défenseurs de l’euro répliquaient que les économies de la zone euro convergeraient rapidement sous l’effet de la monnaie unique (ce fut le contraire qui se produisit).

Jusqu’en 2009 l’euro, fortement apprécié par rapport au dollar, avait fait illusion, plusieurs pays ayant connu des taux de croissance et surtout d’inflation élevés, nettement supérieurs à ceux apparus en Allemagne. L’euphorie qui résulta de cette fausse prospérité permit à tous les gouvernements de la zone d’emprunter à des taux extraordinairement bas.

Les autorités de Bruxelles et de Frankfort ignorèrent le fait qu’avec un taux d’intérêt nominal unique des taux d’inflation divergents se traduisent localement par des taux d’intérêt réels également divergents et dans certains cas négatifs. Taux qui auraient dû être contrôlés, mais ne pouvaient l’être par une Banque centrale européenne (BCE) à la politique monétaire nécessairement unique sans précipiter dans la crise les pays les plus austères.

Dans ces conditions, la crise des subprimes aidant, les États de la zone euro empruntèrent à qui mieux-mieux. En 2010 les marchés prirent conscience que plusieurs émissions souveraines de la zone euro présentaient un fort risque de non-remboursement et exigèrent de se faire rémunérer en conséquence. Ce qui augmentait encore davantage les difficultés de pays comme la Grèce.

Une fois la crise commencée les pays financièrement les plus solides de la zone s’obstinèrent à vouloir renflouer les pays insolvables (ce qui pourtant était interdit par le traité de Maastricht), les empêchant ainsi de faire faillite dans l’immédiat.

Après plus de deux années de vaines tentatives de sauvetage de l’euro, force est de constater que les « solutions » trouvées se sont toutes avérées inefficaces alors que les endettements étatiques gonflaient et que les candidats à la réanimation financière se multiplient.

À la suite de tous ces échecs, que reste-t-il à essayer avant que la monnaie unique ne se disloque ? La mutualisation des dettes contraindrait l’Allemagne à régler indéfiniment la note des gouvernements déficitaires. Elle est donc inacceptable. En revanche, l’Allemagne se fera peut-être à l’idée (encore iconoclaste) que la BCE crée et prête autant que nécessaire aux financements ou refinancements des déficits de la zone. Conséquence inévitable : les liquidités colossales des banques commerciales induiront une hausse incontrôlable des prix. Et ainsi seraient concrétisées les prévisions d’un Milton Friedman et de quelques autres eurosceptiques pour qui la BCE finira par céder aux pressions politiques et « sauvera l’euro » par l’inflation.