Le Crédit Immobilier de France au bord du gouffre : vers une nationalisation ?

Le Crédit Immobilier de France est incapable de payer sa dette d’octobre. Il est virtuellement mort. Que va faire le gouvernement ?
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Le Crédit Immobilier de France au bord du gouffre : vers une nationalisation ?

Publié le 30 août 2012
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Le Crédit Immobilier de France est incapable de payer sa dette d’octobre. Il est virtuellement mort. Que va faire le gouvernement ? 

Par Thibault Doidy de Kerguelen.

Les 10 et 21 mai dernier, nous vous annoncions que le Crédit Immobilier de France n’était plus viable et qu’il ne pourrait pas se sauver sans l’aide extérieure d’une structure solide.

Aujourd’hui, une dépêche AFP annonce que Moody’s aurait abaissé la note de CIF de trois crans. Il s’agit en fait d’une confirmation. Cette confirmation, comme nous l’écrivions déjà en mai dernier, vient sanctionner la situation de la Banque sur les marchés. Nous sommes au pied du mur. La banque n’a plus accès depuis plusieurs mois aux marchés pour se refinancer et doit régler une dette de 1,75Md€ début octobre. Elle n’a pas le premier fifrelin pour payer. Défaut ? Que va faire le gouvernement ? Nationaliser ? [1]

Le scénario d’une nationalisation du CIF n’a jamais été formellement démenti par les autorités françaises. Un sauvetage serait en tout état de cause un sérieux coup dur pour le système bancaire français et un test grandeur nature pour le nouveau gouvernement. En effet, le président Hollande a promis pendant sa campagne électorale de rendre le système bancaire plus sûr pour éviter aux contribuables de devoir payer la facture en cas de sauvetage d’une banque. Voici la première occasion de montrer à quoi il pensait. C’est d’autant plus intéressant qu’il n’est pas impossible que ce genre de situation ne se représente pour d’autres établissements. Et la manière dont l’affaire CIF (finalement un petit enjeu au regard de ce qui risque de tomber dans le courant de l’année prochaine) déterminera, tant aux yeux des banques qu’aux yeux des usagers des banques et aux yeux des contribuables la manière dont réagira l’État. Une nationalisation, et c’est le feu vert à tous les excès, les banques se croyant garanties par la fameuse loi « à moi les profits, à l’État les pertes ». Un plantage et c’est le spectre de la crise systémique. Pas tout de suite, les CDS sur la dette de CIF ne doivent représenter grand chose, mais si le signal gouvernemental serait « laisser faire » (politique hautement libérale dans son esprit) et les professionnels sachant ce que valent [2] les banques françaises, le cours des CDS vont s’envoler, et la crise va s’amorcer plus vite que prévu avec des conséquences sur tout le système bancaire européen.

Une attitude qui ressemblerait bien à notre Président serait de faire sans faire tout en disant qu’il ne fait pas mais qu’il a néanmoins résolu le problème. À quoi cela pourrait il ressembler ? À un ordre donné à une banque dépendant de l’État de reprendre CIF. Ah oui, cela permettrait de dire que l’État, à proprement parlé, n’a pas sorti un cent mais qu’il est intervenu pour sauver un établissement jouant un rôle prépondérant dans le logement social. Le problème, c’est que visiblement, il va falloir le donner, cet ordre. Parce que depuis le temps que la piste Banque Postale est évoquée, on ne peut pas dire que cette dernière se soit précipitée de joie à l’idée de jouer les bons Samaritains. BPCE a jeté l’éponge dès le départ de l’affaire (trop occupée avec Natixis ?), Crédit Agricole a deux ou trois autres problèmes à régler et cherche plus à se débarrasser de ses canards boiteux qu’à en récupérer… « On » dit dans les milieux qui se disent (ou se croient) bien informés que HSBC, qui avait été mandatée pour trouver un repreneur, a jeté l’éponge, estimant qu’il n’y a plus d’autre solution raisonnable que la nationalisation.

Alors, Banque Postale ou nationalisation ? la Banque Postale est déjà obligée d’avaler la couleuvre Dexia, au moins pour sa partie financement des collectivités locales. Le dossier est bouclé, il ne manque plus que l’aval de Bruxelles. Reprendre dans la foulée le Crédit Immobilier de France est « limite raisonnable ». Bien sûr, une équipe étudie la chose, mais sans grande conviction. On dit, pudiquement, que le dossier « Dexia » mobilise déjà les énergies. Politiquement, il est à peu près certain que le gouvernement va donner l’ordre à Banque Postale de reprendre CIF. Avec le risque de fragiliser le repreneur. Nous risquons donc de voir se jouer une partie de poker menteur dans laquelle le but de la direction de la banque sera probablement de noircir un maximum le tableau (plus qu’il n’est, cela risque de devenir un « trou » noir, et non plus un tableau) afin de négocier des compensations…. Les semaines qui viennent seront intéressantes !

—-

Addendum du 30/08/2012, 16h30 :

En pleine confirmation de ce que nous vous annoncions ce matin (ci-dessus), le match entre la direction de la Banque Postale et le gouvernement est lancé. Ce matin, devant le conseil d’administration de La Poste, Philippe Wahl, le président du directoire de La Banque Postale, a redit son opposition au sauvetage du Crédit Immobilier de France. Il a déclaré ce matin : «Pour l’instant, les conditions ne sont pas réunies»,  «Pour autant les discussions ne sont pas closes». Outre les raisons évoquées dans notre article plus haut, Philippe Wahl a cité l’affaire Appollonia dans laquelle le Crédit Immobilier est englué et dont le périmètre d’avoirs douteux tourne autour de 340M€ comme étant une raison supplémentaire de ne pas s’encombrer de la banque en difficulté. Il a terminé son exposé sur le sujet en attirant l’attention du CA de la Poste sur le fait qu’à la lecture des comptes semestriels publiés de ce matin, La Banque Postale démontrait qu’elle n’avait besoin de personne pour faire du crédit immobilier, puisque ses encours en la matière ont progressé de plus de 8% sur le premier semestre de l’année !

Le Président du Directoire de La Banque Postale a mis la barre haut, le match est lancé.

—-
Sur le web.

Notes :

  1. Sur le site que j’anime Ma Vie Mon Argent, toujours à la pointe de l’information importante, j’ai invité mes lecteurs, tout au long du mois d’Août, à se prononcer sur le sujet. Allez consulter le résultat du sondage.
  2. En vrai, regardez la vidéo d’Olivier Delamarche du 28 Août, sur le site Ma Vie Mon Argent.
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  • notre cabinet est a l’origine de l’affaire apollonia qui constitue sans doute une des raisons des difficultés du CIF
    votre article pose de vraies questions auxquelles la justice tente de répondre

  • – CIF = Créancier Incompétent en Faillite –

    Voilà qui fleure bon la rentrée : une petite crise bancaire qui va mettre en émoi les « acteurs du secteur », comme on dit, chacun dans sa parodie d’existence pour faire croire à son utilité. Les subprimes, ça n’a jamais été le fait des seuls méchants Américains : en France aussi on fait de la titrisation de créances pourries, il y a même une société sise en région parisienne qui porte fièrement sa spécialisation en bandoulière et qui procède selon l’abjecte stratégie décrite ici : http://pamphletaire.blogspot.fr/2011/07/des-bandits-pas-manchots-pour-un-sou.html.

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