Suisse : trop de pauvres sur les routes

La présidente de la Confédération suisse et ministre des finances Eveline Widmer-Schlumpf veut introduire un nouvel impôt écologique sur l’essence. Une mesure qui pénaliserait les plus pauvres.

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Suisse : trop de pauvres sur les routes

Publié le 30 août 2012
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La présidente de la Confédération suisse et ministre des finances Eveline Widmer-Schlumpf veut introduire un nouvel impôt écologique sur l’essence, qui placerait le prix du litre à 5 francs d’ici 2050. Une mesure qui pénaliserait les plus pauvres.

Par Stéphane Montabert, depuis Renens, Suisse.

5 francs [1]. C’est le prix auquel la présidente de la confédération, Eveline Widmer-Schlumpf, souhaite parvenir d’ici 2050 pour chaque litre d’essence.

Vous avez une berline pour transporter votre famille, avec un réservoir de 70 litres ? Sortez les 350.- à chaque passage à la pompe…

Dans la même veine, la conseillère fédérale table sur une augmentation de 50% du prix de l’électricité, toujours à l’aide de taxes « incitatives ». Les quelques individus qui pensaient esquiver les tarifs délirants de l’essence avec une voiture électrique ne s’en sortiront guère mieux. Pas plus d’ailleurs que les consommateurs et les entreprises utilisant de l’électricité, c’est-à-dire, tout le monde.

Facile de se moquer des décisions sur trente-huit ans que le gouvernement se sent obligé de prendre ce jour. Les difficultés de la Suisse ici et maintenant sont-elles à ce point triviales que les géants intellectuels composant notre Conseil Fédéral n’ont d’autre choix que de s’attaquer aux défis à l’horizon 2050 ?

Mais la Suisse existera-t-elle seulement encore à cette date?

Lorsque le projet de fiscalité écologique prendra ses pleins effets, Mme Widmer-Schlumpf ira joyeusement sur ses 94 ans. On devine que, 35 ans après la fin de son mandat, elle ne sera personnellement pas trop affectée.

Évidemment, la proposition suscite un tollé, et il est fort probable que le projet finisse à la corbeille avant même que l’encre ne soit sèche. Si le Parlement a la veulerie de suivre les délires mortifères de l’administration fédérale, il reviendra alors au peuple de remettre ses élites en place. Fichu démocratie directe, n’est-ce pas !

La Suisse dispose de quelques garde-fous pour éviter que les pires utopies ne soient infligées à la population. Malgré tout, le combat fut-il gagné d’avance, la perspective n’a rien de rassurant. Elle amène à s’interroger sur la classe politique tout entière. Avoir installé aussi haut à la tête de l’État helvétique des gens capables de pondre des inepties pareilles a quelque chose d’effrayant.

Eveline Widmer-Schlumpf

Qu’on ne se méprenne pas, Mme Widmer-Schlumpf n’est pas seule en cause. Le projet annoncé par la Présidente de la Confédération n’est pas sa décision personnelle mais l’émanation de toute une administration qui a longuement travaillé pour établir son plan… Et une part non négligeable de la population (quoique minoritaire, je n’en doute pas) soutient le projet.

J’invite ces visionnaires à faire preuve d’audace. Nul besoin d’attendre 2050. Gagnons du temps : que ces belles âmes s’engagent à payer dès aujourd’hui leur essence 5.- le litre, volontairement. Elles n’ont qu’à me faire don de la différence, par exemple. Je promets solennellement de dépenser cette somme au nom de Gaïa.

La seconde réflexion qu’inspire ce projet de fiscalité écologique tient à son mécanisme. Bonne pâte, l’État entend rétrocéder à la population les sommes extorquées au travers de ces taxes énergétiques – moyennant une petite part pour les fonctionnaires, il faut bien vivre… Ces montants seraient reversés par des bonifications d’impôt, une réduction des primes d’assurance-maladie ou des cotisations AVS réduites pour les ménages et les entreprises.

Résumons : l’énergie serait chère pour tout le monde mais serait restituée par des réductions d’impôts.

Résumons encore : l’énergie serait chère pour tout le monde mais serait restituée à tout le monde, sauf à ceux qui sont trop pauvres pour payer des impôts.

Le caractère antisocial du projet devrait faire bondir tout socialiste normalement constitué.

Entre écologie et aide envers les plus démunis, le cœur balance…

L’écologie politique se fait fort de changer les comportements sous la contrainte. Et pour que la population se sente concernée, il faut que ladite contrainte se concrétise en mesures fiscales écologiques frappant durement le porte-monnaie. D’où un implacable énoncé de la logique sous-jacente :

L’écologie implique de changer le comportement du plus grand nombre – c’est-à-dire de la classe moyenne et des pauvres. Elle est donc foncièrement et nécessairement anti-sociale.

Le moindre sympathisant vert jurera évidemment le contraire. Pourtant, il faut se rendre à l’évidence, une mesure fiscale ciblant exclusivement les 1% les plus fortunés n’a écologiquement aucun sens. Ce sont les 99% qu’il faut viser.

Les ultra-riches sont volontiers adeptes de l’écologie, en grande partie parce qu’ils peuvent se le permettre. Fiscalement ou socialement, ils tireront toujours leur épingle du jeu. Banquiers, administrateurs de grands groupes, négociants en art ou héritiers de bonnes familles n’auront aucun problème à payer leur électricité le triple, leur essence 5 francs le litre ou leurs sacs poubelles 10 francs pièce. À une époque où les automobiles n’existaient pas, ils disposaient d’une chaise à porteurs ! Que la fiscalité devienne trop irrespirable – malgré les considérables moyens d’optimisation fiscale à disposition – et il leur restera toujours la possibilité de déménager vers des horizons plus cléments (ainsi que leurs éventuelles entreprises, mais c’est un autre débat).

Le Suisse moyen n’a pas cette chance. Prisonnier de la distance entre son logement locatif et son emploi, il ne peut que subir les foudres fiscales en continuant tant bien que mal à se déplacer de son domicile à son travail. On lui fait miroiter un avenir plus vert où en se privant de tout il parviendrait à esquiver certaines des taxes qui le frappent, mais en ces temps difficiles, quelle part de sa consommation relève exclusivement du loisir ? À moins que l’éclairage et le chauffage n’en fassent désormais partie…

Rendons grâce à Eveline Widmer-Schlumpf pour sa cohérence écologique : si la réforme fiscale promue par la conseillère fédérale et son administration réussit à passer la rampe, les routes helvétiques seront enfin débarrassées des embouteillages provoqués par tous ces pauvres qui parvenaient encore à se payer une voiture.

Plus de place sur la chaussée pour les 4×4 série limitée, c’est aussi ça, l’écologie.

—-
Sur le web.

Note :

  1. Soit 4,16 € au taux de change du 29.08.20112
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  •  » Les ultra-riches sont volontiers adeptes de l’écologie, en grande partie parce qu’ils peuvent se le permettre.  »

    Ca, c’est seulement si on considère (par exemple) qu’un chalet de 200 m² chauffé au bois, avec des panneaux photovoltaïques pour alimenter le barbecue électrique, et un garage tout confort pour la Prius est un ensemble « écologique ».

    • Bien sur que c’est écologique. C’est cher, mauvais pour l’environnement, réservé à l’élite et tendance. écologique, quoi…. 🙂

      • S’il y a bien une chose qui m’effraie au milieu de toute cette pagaille pourtant pas très rassurante, c’est de voir le sens des mots perverti en permanence par les propagandistes de tout poil.

        A la base, un comportement écologique est un comportement qui minimise l’impact de la vie humaine sur l’environnement naturel. Point.

        Dans les faits, ce champ lexical est devenu un marqueur (avec d’autres du discours sirupeux gerbant qui sert à endormir le quidam avec des bons sentiments pour mieux l’entuber.

        • A la base comme à l’arrivée un « comportement écologique » ça ne veut tout simplement rien dire de précis (un peu comme « comportement social »). Derrière une expression vide de sens il est normal que chacun y mette ce qu’il veut. Par exemple que signifie exactement minimiser l’impact de la vie humaine sur l’environnement ? Et en quoi serait-ce un objectif nécessairement souhaitable d’ailleurs?

          • @Arn0

            L’écologie est la science qui étudie les interactions entre les êtres vivants. si les mots ont un sens, un comportement écologique est forcément un comportement qui cherche à mettre à profit ces interactions pour l’homme. Les mettre à profit un mécanisme ( naturel ou autre ) implique forcément de le préserver.

            Ensuite, ce n’est pas nécessairement souhaitable si vous pensez que la science peut rendre l’humanité autotrophe (c’est à dire apte à se développer sans l’aide d’aucun autre être vivant pour peu qu’elle soit au contact d’un substrat chimique et d’une source d’énergie adaptée et suffisante).

  • SI les riches payent en % de leur revenus le même % que les pauvres, ça pourrait marcher. Ex un pauvre gagne 1000 et paye 20% de ses revenus pour l’essence. Un riche , qui gagne 10.000 devrait payer 2000 ( 20% de 10.000) le même pourcentage que le pauvre. Et l’écologiste pour nous montrer l’exemplarité de sa position devrait payer 40% de ses revenus.
    Ainsi, étant le premier a subir ses proposition écologique, il aurait une position vraiment inattaquable !!

  • Schlumpf s’est faite élire avec les voix de la gauche et de l’extrême-gauche, pas étonnant qu’elle leur renvoie l’ascenseur.

    Mais avec un montant aussi élevé, on pourrait presque se demander, si ce n’est pas aussi dans le but que cela finisse rejeté en votation populaire…

    • Ou bien que nous acceptions une essence à 4.- le litre.
      On sera content de payer « si peu » par rapport à la proposition originale.

    • @ Libre

      C’est aussi le risque, mais si on regarde pour la TVA, c’est à coup de 0.1 % qu’on arrive à faire passer la pilule, et vu l’ambiance économique assez morose, on peut espérer que le peuple ne changera pas de ligne… 

      @ Sandra

      Je ne crois malheureusement pas qu’il existe un pays libéral sur cette Terre.

      Si la Suisse suit la tendance en devenant toujours plus socialiste, elle ne la suit que lentement, grâce notamment à la démocratie directe et aux Suisses-allemands qui ont su freiner l’ardeur de nos politiciens et permettre que même si on se fait tondre, cette tonte est encore très modérée en comparaison mondiale.

  • Bon… L’année prochaine, on va déjà se coltiner le sac-poubelle à CHF 2.- (avec, écrit dessus, un slogan très niais: recycler, c’est valoriser. Faudrait rajouter « Arbeit macht frei » pour que ce soit complet, mais personne n’a poussé le bouchon aussi loin), la vignette autoroutière à CHF 70.- au lieu des 40 actuels. Voilà pour les taxes 2013. La vignette, passe encore, même s’il ne s’agit que d’un impôt de plus. La taxe poubelle, ça, c’est une invention géniale pour grever le budget des petits vieux qui n’ont ni la force ni le véhicule adéquat pour se rendre à la déchetterie locale pour « pratiquer le tri sélectif ». Et, maintenant, l’Etat parle d’augmenter le prix de l’essence jusqu’à un coût prohibitif??? Ça, c’est sûr, la Suisse est gouvernée par des abrutis qui n’ont rien compris aux fondements d’une économie prospère. Je crois que si on en arrive là, je quitte l’Europe pour un pays où le mot liberté n’a pas encore perdu tout son sens. Ras-le-bol d’être un mouton qu’on tond deux fois l’an et qu’on maintient dans le troupeau.

    • Ce ne sont pas des abrutis, ce sont des socialistes.

      • Mais abrutis et socialistes sont synonymes, non? 🙂

        • @ Sandra

          Hélas, non… Les élites socialistes sont des gens très malins qui ont compris qu’avec une idéologie à l’eau de rose, ils pouvaient forcer les autres à travailler à leur place…

          Sinon je vous ai répondu juste avant votre intervention (sans remonter le temps, cependant…)

          • En effet, les Suisses allemands ont davantage de bon sens que nous. Je leur en ai voulu quand le peuple a balayé l’adhésion à l’EEE (en 1992, je crois), mais, maintenant, je ne peux que les remercier de nous avoir épargnés un désastre. En Suisse romande, nous sommes malheureusement très influencés par la politique française et j’ai l’impression d’assister à une socialisation galopante de la société. Mais comme vous l’avez écrit, nous pouvons compter sur les Suisses allemands pour empêcher le navire de virer définitivement à gauche.

          • La Suisse devient toujours plus socialiste, mais grâce à la démocratie directe, plus lentement qu’ailleurs. Après, j’ai quand même l’impression qu’on est de moins en moins convaincu.

            Au Jura et à Neuchâtel, on parle ces derniers temps de baisses d’impôts.

            Et on a l’exemple récent d’Obwald qui a relancé son économie et son attractivité par de telles mesures, au grand dam de l’extrême gauche…

            Avec les Français toujours moins convaincus de l’UE, un gouvernement totalement socialiste qui est déjà en baisse de popularité, et la baisse d’influence des médias, on peut toujours espérer une prise de conscience…

    • Pour la taxe sur les ordures ménagères payée au poids, ça a déjà été essayé. Résultats :
      – canalisations bouchées
      – tout plein de poubelles en forêt
      – tout plein de gens brûlés pour avoir voulu incinérer leurs ordures dans leur jardin.

  • n’est-ce pas cette même dame qui ne trouvait rien à redire sur la distribution gratuite de noms de collaborateurs bancaires de 12 banques suisses?
    Au moment des petits soucis de noms de clients de l’UBS elle était déjà dans le coup, décidément cette dame est une des pires politiques suisse…

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