L’UMP à la croisée des chemins

L’UMP a-t-elle su tirer les leçons de son échec lors des dernières élections. Non si l’on se fie à la dernière déclaration en date de l’ex-Premier ministre François Fillon.

L’UMP a-t-elle su tirer les leçons de son échec lors des dernières élections ? Non,  si l’on se fie à la dernière déclaration en date de l’ex-Premier ministre François Fillon.

Par Philippe Robert.

La prise de pouvoir des socialistes au printemps 2012, dont le premier architecte fut sans conteste l’ex-président Sarkozy lui-même, représente le coup le plus rude qui ait jamais été porté à la France, et au plus mauvais moment, depuis François Mitterrand en 1981.

Le plus grave de cette triste affaire réside dans le fait que l’état de notre pays, depuis un peu plus de trente années, n’a cessé d’empirer tant ceux qui ont été portés au pouvoir auront tout fait pour créer les conditions, en 2012, d’un folle régression socialiste.

Rappelons qu’en 2007, n’en croyant pas leurs oreilles, les Français les plus lucides avaient cru voir enfin le bout du tunnel en entendant la profession de foi incroyablement novatrice d’un certain candidat nommé Nicolas Sarkozy :

Mes chers compatriotes,

Je veux être le Président de la République qui réformera la France. S’il veut rester lui-même, notre pays a besoin de changements profonds.
Je veux être le Président de la République qui tiendra ses engagements. C’est pourquoi je veux vous dire aujourd’hui tout ce que, demain, nous ferons ensemble.
La France traverse une crise morale : celle du travail. La réhabilitation du travail est au cœur de notre projet présidentiel.
Je ne vous mentirai pas, je ne vous trahirai pas. Je ne me déroberai pas. Je vous demande votre confiance pour qu’ensemble tout devienne possible.

Mais patatras !! Sans s’appesantir inutilement sur la terrible désillusion infligée aux Français par cette énième trahison de la (fausse) droite, essayons tout au contraire d’imaginer, munis des outils du présent en notre possession, ce que, désormais, nous réserve l’avenir.

La dernière déclaration en date émane de l’ex-Premier ministre François Fillon : pour avoir une chance de retourner la situation en faveur de l’actuelle opposition, il s’agirait, selon lui, de mettre en place un programme de “réformes radicales” tournant… radicalement le dos à un passé exécrable. Dont acte.

Les 35 heures : “Depuis dix ans, nous avons essayé toutes les formules d’assouplissement. Il faut maintenant poser la question sans tabou etc. etc.” Mais aussi, depuis dix ans, que n’a-t-elle déjà été posée sans tabou, cette question, et les 35 heures purement et simplement abrogées au bénéfice de tous en France !!

La fonction publique : “L’augmentation du temps de travail dans les fonctions publiques a été un élément-clé du plan de redressement en Allemagne. Cela doit évidemment s’accompagner d’un geste sur les salaires”. Sauf qu’en France nous consommons 163 milliards d’euros de plus de dépenses publiques par an que l’Allemagne !!

En matière de chômage : “L’indemnisation doit être liée à la formation, et non au chômage. Il s’agit de positiver, que les périodes d’interruption de travail ne soient pas vécues comme un déclassement, mais comme un temps mis à profit pour se former”. Et si on commençait plutôt par faire la peau au chômage lui-même ?

La citoyenneté : “Je voudrais remettre en place l’idée de Charles Pasqua de demander aux jeunes nés en France de parents étrangers de choisir formellement la nationalité française à 18 ans, et ce, lors d’une cérémonie”. Rien de tel que de faire les fonds de tiroir de la République d’hier pour se faire une idée exacte de ce que devra être demain…

Et toujours aussi radicalement : “La zone euro doit se doter d’un vrai gouvernement économique, capable de définir une politique budgétaire et de la faire respecter etc. etc.” Une vision politique orpheline consistant à faire du neuf avec du vieux dans l’espoir de faire croire qu’en Europe tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Allons, c’est un peu court, jeune homme, car dans tout cela où se trouvent donc les réformes radicales annoncées ? Quelle nouvelle donne les vieux routiers blanchis sous le harnais de la (fausse) droite nous proposent-ils après s’être fait sèchement remercier par les socialistes, ne serait-ce, d’ailleurs, qu’en fonction de leur propre avenir ? Mais passons à quelque chose de plus sérieux.

Ils sont onze, dix jeunes secrétaires nationaux de l’UMP et un délégué de La Nouvelle Donne (www.lanouvelledonne.org) à essayer de faire connaître, dans une lettre ouverte adressée à Jean-François, François, Nathalie, Bruno et Xavier, leur propre conception d’une véritable renaissance de l’UMP :

Nous ne pouvons miser sur le seul échec de la gauche. Aussi, nous souhaitons vous proposer dès maintenant une conception de la gouvernance de l’UMP (…) à travers cinq propositions sur lesquelles nous souhaitons obtenir votre engagement : 1. l’organisation d’un débat public entre les candidats à la présidence du parti; 2. la tenue de primaires ouvertes pour 2017; 3. la mise en place d’une université des talents pérennes dotée de moyens conséquents; 4. l’ouverture de toutes les instances du parti à la nouvelle génération et aux femmes; 5. la création d’un shadow cabinet capable de pointer les incohérences de la majorité actuelle et de préparer les orientations politiques de la majorité de demain.

Car, écrivent-ils en conclusion, “la donne a changé. Nous voulons incarner cette Nouvelle Donne.” Pour ma part, je trouve l’initiative de ces jeunes gens extrêmement sympathique et utile. Mais aussi, quelles sont leurs chances de parvenir à briser le carcan de plus de trente ans de politique politicienne pervertie au plus haut degré ?

“Nous devons reconstruire un patrimoine intellectuel cohérent, novateur et rassembleur. Nous travaillerons à vos côtés sur tous ces chantiers sans tabou et sans délai : l’exigence de vérité et de résultat est un devoir”. Bravo ! Mais je ne suis guère optimiste quand, du sein même de l’UMP, montent des appels indécents à un retour de Nicolas Sarkozy !

Mais bon, I have a dream :

La France est le seul pays civilisé dans lequel il n’existe ni mouvement libéral, ni parti de gouvernement au sein duquel les libéraux pèsent. Aussi la création d’un authentique courant libéral, qui doit se comprendre comme le relai des partisans de la liberté dans la société civile, est-elle une nécessité au sein de l’UMP si celle-ci entend non seulement reconquérir le pouvoir, mais encore l’exercer à bon escient.

Ce constat nous est délivré par Jean-Philippe Feldman dans un article récent intitulé “L’UMP osera-t-elle enfin le libéralisme ?” (www.atlantico.fr) qui, m’apparaît-il, tombe à point nommé et sans se concerter, j’imagine, avec le démarche des 10+1 de La Nouvelle Donne. À bon entendeur…