Les racines libertariennes du Tea Party

Beaucoup de gens de gauche rejettent le Tea Party comme s'il s'agissait de la veille droite religieuse. Mais une récente étude du Cato Institute démontre qu'ils ont tort.
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Les racines libertariennes du Tea Party

Publié le 19 août 2012
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Beaucoup de gens de gauche rejettent le Tea Party comme s’il s’agissait de la veille droite religieuse. Mais une récente étude du Cato Institute démontre qu’ils ont tort. Si les membres du Tea Party sont unis sur les questions économiques, ils sont divisés sur les sujets sociétaux qu’ils préfèrent laisser de côté.

Par David Kirby (*), depuis les États-Unis.
Publié en collaboration avec le Cato Institute.

Beaucoup d’analystes ont vu dans le choix de Mitt Romney de prendre Paul Ryan comme vice-présent une concession au Tea Party. Et c’est peut-être le cas. Cependant on peut se demander si ces analystes ont conscience de quelle facette du Tea Party il s’agit là.

La semaine dernière, Emily Ekins et moi-même avons publié une nouvelle étude du Cato Institute intitulée « Les racines libertariennes du Tea Party« , en même temps qu’un article d’opinion dans Politico. Voici ce que nous avons montré :

La plupart des gens de gauche classent le Tea Party dans la même catégorie que la vieille droite religieuse, mais les données tendent à prouver qu’ils ont tort. Le Tea Party a de solides racines libertariennes, et est une influence libertarienne sur le Parti républicain.

Rassemblant des données de sondages locaux et nationaux, ainsi que des douzaines d’interviews avec des membres et leaders du Tea Party, nous avons découvert que celui-ci est uni sur le plan économique, mais plus déchiré sur les questions sociales qu’il tente d’éviter. En gros, une moitié du Tea Party est conservatrice, l’autre moitié libertarienne – ou plutôt fiscalement conservatrice, mais modérée sur le plan sociétal.

Le Tea Party renverse l’opinion commune que les candidats républicains doivent rassembler les électeurs socialement conservateurs pour gagner les primaires. De plus en plus, les candidats républicains doivent remporter les votes du Tea Party en insistant sur une position libertarienne en économie.

Hier, une autre étude sur le Tea Party a apporté plus de détails. Le spécialiste en sciences politiques Ron Rapoport de William and Mary College a réalisé un rapport qui résume les conclusions d’un sondage auprès de 12 000 militants de FreedomsWorks (dont je suis vice-président), mené de décembre 2011 à janvier 2012.

98 % des membres de Freedom Works s’identifient au Tea Party, et 13 % des membres du Tea Party sont membres de FreedomWorks – la plus grande proportion pour un groupe relié au Tea Party au plan national. Par conséquent, afin de comprendre le mouvement Tea Party, ses dynamiques, ses positions, son activité et son comportement politique, étudier les militants de FreedomWorks est un bon point de départ.

Voici quelques conclusions du rapport :

  • Les libertariens sont une partie importante des militants de FeedomWorks, composant près de 30 % du groupe. Sur l’immigration et l’avortement, les libertariens (comme on le voit dans la plate-forme du parti sur les trois dernières élections) ont des positions distinctes du Parti Républicain et de beaucoup d’autres membres du Tea Party. Sur l’avortement, les libertariens sont 20 % moins susceptibles d’être en faveur d’un amendement constitutionnel bannissant l’avortement, et près de 12 % moins enclins à supporter des limites plus strictes sur l’immigration.
  • Le facteur le plus important pour prédire le soutien à un candidat est l’identification libertarienne. Parmi les libertariens (qui composent un tiers des militants de FreedomWorks), Ron Paul était le choix principal, alors que parmi les autres militants il était en retard en termes d’intention de vote.
  • Les partisans de Paul en 2008 parmi les sympathisants de FreedomWorks sont aussi distincts des autres. Seuls 40 % d’entre eux ont participé d’une façon ou d’une autre à la campagne McCain-Palin, comparé à 70 % des autres sympathisants.

Ces résultats rejoignent les nôtres. Les libertariens composent une part importante de l’histoire du Tea Party, et tiennent des opinions différentes sur un certain nombre de questions et de candidats. Cependant Rapoport sous-estime peut-être le nombre de libertariens à FreedomWorks, et par inférence au Tea Party plus généralement.

En effet, pour identifier les libertariens, le sondage de Rapoport a demandé aux sondés s’ils étaient libertariens de façon stricte (Oui ou Non). Cette méthode montre quelques 13 % de libertariens au niveau national. Cependant, comme David Boaz et moi-même avons montré dans des études précédentes sur les électeurs libertariens, beaucoup de personnes qui ont des convictions libertariennes ne sont pas familières de ce mot. En utilisant des questions plus larges à propos des convictions fondamentales, nous estimons que les libertariens composent entre 15 et 24 % de l’électorat (selon le nombre et le degré de précision des questions). S’il avait utilisé de telles méthodes, les données de Rapoport montreraient sûrement la même division 50-50 qu’établissent nos sources.

Peut-être la nomination de Paul Ryan enthousiasme plus les libertariens du Tea Party que les conservateurs. Sans aucun doute, la campagne de Romney connue pour se baser fortement sur l’étude de données a testé l’impact de cette nomination sur divers segments de l’électorat. Si le facteur clef de l’élection de 2012 est le taux de participation, les résultats de Rapoports suggèrent que les libertariens du Tea Party et les partisans de Ron Paul seront cependant moins enclins à aller voter et participer à la victoire que les conservateurs du Tea Party.

Ryan pourrait bien être l’expression politique d’un candidat « fonctionnellement libertarien » dans cette campagne présidentielle. Même s’il est sûr qu’il n’est pas libertarien lui-même. Mais en mettant l’accent sur des questions fiscales plus que sociétales, il peut unir les membres du Tea Party, attirer les libertariens, et plus généralement tous les électeurs concernés par l’économie.

—-
Sur le web. Article publié initialement sur The Huffington Post le 14.08.2012.
Traduction : Y. pour Contrepoints.

(*) David Kirby est vice-président de FreedomWorks et chercheur associé du Cato Institute pour les questions politiques.

Voir les commentaires (17)

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  • armand losserant
    19 août 2012 at 10 h 58 min

    70% des Tea Partiers sont pour le medicare. Laissez moi rire avec le libertarianisme de ce mouvement.

    • Si on en vient a dire que le Tea Party n’est pas assez libéral, ça fait peur. S’il y a bien une chose qui m’exaspère au plus haut point chez les libéraux français c’est cette exigence de pureté. Suffit qu’un truc dépasse et on coupe tout. C’est très similaire à certains communistes, soit tout soit rien, « le communisme n’a jamais existé car l’URSS était loin d’être vraiment communiste » bla bla bla. Pour avoir le brevet libéral il faut le brevet de pureté 100%. Flash News, ça n’existera jamais !

  • N’ayez crainte, on vous laisse rire

  • Faudrait vraiment mettre les choses au clair: les tea party sont-il majoritairement pour ou contre le medicare et autres protection sociale?

    Car il me semblait que non aux dernières nouvelles.
    Quelqu’un peut-il éclairer une bonne fois pour toute ma lanterne? Merci beaucoup

  • Freedomworks = création des milliardaires oligarques du pétrole Koch.

    Tea party Libertariens ? Une armée de bouseux manipulés par des milliardaires « corporate », oui.

  • Les tentatives de dissocier libéralisme et christianisme sont vaines et nocives pour le libéralisme.
    En effet le gouvernement limité découle de la distinction entre les domaines de Dieu et de César.
    C’est pourquoi le socialisme s’acharne davantage contre le christianisme que contre le libéralisme même, et avec raison: Il l’emporte partout où le christianisme recule.

    Il n’est semble-t-il pas dans la nature humaine de partager l’autorité entre deux domaines.

    Il est temps que les libéraux s’intéressent aux racines de leurs idées, car faite de comprendre leur génèse ils se condamnent à désoler de leur déchéance dans la comprendre.

    • Oui, oui.

      Si le libéralisme ne peut survivre que grâce au Christianisme, comment expliquez-vous qu’on en distingue des trace plutôt évidentes dans les systèmes scandinaves, Irlandais et Romains, longtemps avant l’arrivée du Christianisme dans ces régions.

      Vous cherchez à imposer l’autorité morale qui vous arrange. Tout comme le font les socialiste. Les gens ont le droit de n’être pas catholiques, et ni l’état ni l’église ni Fucius ne doivent chercher à le leur imposer.

      •  » trace plutôt évidentes dans les systèmes scandinaves, Irlandais et Romains, »

        Mort de rire ! Je pense que n’importe quel socialiste trouverait des « traces plutôt évidentes » de communisme longtemps avant l’arrivée » du marxisme dans les mêmes contrées.

        Ou même de traces de christianisme avant l’arrivée du christ.

        Cherchez encore un peu et vous trouverez des traces d’oreilles rondes bien avant l’apparition de Mickey.

        L’histoire ancienne c’est super commode : il est possible de lui faire dire n’importe quoi, juste en déplaçant de quelques centimètres le tabouret d’où on l’étudie, tellement les sources sont rares.

      • « Vous cherchez à imposer l’autorité morale qui vous arrange. Tout comme le font les socialiste. »
        J’argumente.
        Le socialisme est de nature religieuse (cf. Philippe Némo.). La lutte entre libéralisme et socialisme est donc de l’ordre de la religion.

        L’autorité morale socialiste est opposée à la liberté individuelle (plus précisément à la responsabilité, mais cela revient au même). Elle est désordonnée et envahissante.

        La morale chrétienne, s’appuyant sur des écrits immuables, est peu susceptible d’inflation envahissante, et il est établi qu’elle est propice au libéralisme (son rôle fondamental dans l’élaboration des droits de l’homme de 1789 ne fait aucun doute).

        Que cela m’arrange ne change pas que c’est vrai.

        Je doute fort que les Romains et vos autres exemples aient été si libéraux (notamment avec l’esclavagisme), je fais plutôt remonter le libéralisme à la Magna Charta (encore influence chrétienne). Attention ce qui compte n’est pas la théorie, mais l’avènement.

        De toute façon la question n’est pas là: L’enjeu en ce qui nous concerne est de préserver le libéralisme avec les outils que nous avons ici et maintenant.

        Dire que l’État est catholique signifie que l’État se plie aux principes catholiques, pas que les citoyens le sont. Et j’aimerais voir autant d’indignation lorsque l’État athée déchristianise le peuple par la force. Car catholique ou pas, l’État imposera sa morale. L’enjeu est qu’elle soit intelligente et propice à la liberté individuelle.

        Enfin, sur le fond, il faut que les libéraux commencent par accepter ce paradoxe: Le choix de la primauté de l’individu est collectif.
        Ce n’est pas parce qu’une société est libérale que ce n’est pas une société. Faute de cadre référentiel commun, il ne peut pas y avoir de libéralisme. Le déni dogmatique de l’imbrication entre christianisme et libéralisme est à mon avis un facteur crucial dans la domination du socialisme – d’où l’acharnement socialiste à déchristianiser.

        • On peut être chrétien et socialiste (vouloir un état plus fort). Regarder Chavez, Lugo, l’abbé Pierre. Sans compter que l’Eglise critique ouvertement la mondialisation.

          • Ce sont des personnes incohérentes, comme la plupart d’entre nous à un degré ou un autre. C’est pourquoi il importe d’écouter leurs arguments et d’en questionner le cohérence.

            L’Église catholique, dont la pensée est d’une rigueur extrême, affirme la nécessité de la propriété individuelle, l’autonomie des individus et des corps intermédiaires et la subsidiarité, ce qui est effectivement incompatible avec le socialisme et constitue à mon avis les fondements du libéralisme.
            Voyez Rerum Novarum: Le pape Léon XIII y dénonce le socialisme et la propriété collective dès la fin du 19e siècle, bien avant que les ravages du socialisme soient patents, simplement sur la base de l’anthropologie catholique.

            Il me semble facile de montrer aux chrétiens que la redistribution n’est pas la charité au sens chrétien, puisque le contribuable est contraint à « donner »; or jamais Jésus n’a contraint qui que ce soit à quoi que ce soit, mais certes abondamment incité à donner (ce qui est bien la reconnaissance de la propriété).
            Il y a bien des choses étonnamment libérales dans les Évangiles, comme Charles Gave l’explique dans « Un libéral nommé Jésus ».

            A contrario, il est difficile de douter que le socialisme est ennemi du christianisme, qu’il extermine par tous les moyens, parce qu’il rejette le principe d’une autorité morale extérieure à l’autorité régalienne, et supérieure à elle pusique la morale est préalable à la loi.

            Bref, j’en conviens, le christianisme n’assure pas le triomphe immédiat du libéralisme; mais il reste que le libéralisme est une anthropologie, donc de nature avant tout religieuse, comme le socialisme; que dans l’histoire il a été le préalable du libéralisme; que de nos jours encore l’adhésion populaire au libéralisme n’existe plus guère que dans une des rares populations encore fortement chrétiennes (contrairement à ce que l’article voudrait faire croire), bcp moins chez les athées, pour ne rien dire des musulmans; et que le socialisme s’emploie toujours à déchristianiser.

          • « ‘adhésion populaire au libéralisme n’existe plus guère que dans une des rares populations encore fortement chrétiennes (contrairement à ce que l’article voudrait faire croire), bcp moins chez les athées, pour ne rien dire des musulmans »

            Source? Stats?

            C’est clair que des « petits » économistes libéraux comme Von Mises ou Rothbard étaient vaaaachement chrétiens…

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