Quand l’hôpital français vend son savoir-faire aux nantis étrangers pour se renflouer

La France, comme d’autres pays du Tiers Monde, organise l’accueil de riches étrangers pour les soigner moyennant espèces sonnantes et trébuchantes.

La France, comme d’autres pays du Tiers Monde, pardon, en voie de (sous) développement, organise l’accueil de riches étrangers pour les soigner moyennant espèces sonnantes et trébuchantes.

Par Thibault Doidy de Kerguelen.

Nous connaissions cela dans un certain nombre de pays pauvres ou en voie de développement. Hongrie, Serbie, Pologne, République tchèque, Tunisie, Maroc, Brésil, Bolivie, Costa Rica sont les destinations les plus prisées du tourisme médical. Depuis peu, l’Afrique du Sud, en proie à de graves difficultés, s’est elle aussi lancée dans ce commerce international de la santé. Il s’agit d’un véritable marché qui concerne ou concernera pas loin de 10 millions de personnes et qui permet, jusqu’à récemment, à de riches occidentaux, de bénéficier de soins de grande qualité à prix moindre que dans leur pays d’origine. Les pays accueillants, quant à eux, mobilisent certes des moyens matériels et humains mais en contrepartie génèrent un chiffre d’affaire leur permettant de délivrer des soins courants à un plus grand nombre de leurs ressortissants. Bien sûr, certains scandales sur l’origine des organes dans le cas de greffes sont régulièrement étouffés. Nous nous souvenons du « Président » du Kosovo, nommé par l’armée américaine et ami personnel de Bernard Kouchner, convaincu par une cour européenne d’avoir organisé un trafic d’organes en séquestrant des Serbes kosovars et en les utilisant comme réserves vivantes dans une maison que les victimes appelaient « la maison jaune ». En Inde aussi, l’aspect « consenti » des dons d’organes n’est pas toujours évident.

Dans ce joli tableau du tourisme médical, voici qu’apparaît un nouvel acteur. L’AP-HP (Assistance Publique-Hôpitaux de Paris). C’est un de ses directeurs qui vient d’en faire l’annonce à l’AFP. Les hôpitaux parisiens, dans la logique des pays sus-cités, misent sur l’accueil payant de patients étrangers pour renflouer leurs 20M€ de déficit. Oh, bien sûr, « on » tient à rassurer les publics : il s’agit d’une activité qui ne devrait pas peser sur la qualité et les délais des soins prodigués aux Français, car elle ne devrait pas dépasser 1% des patients. Tout le monde sait, en particulier les accidentés qui font dix fois le tour du périphérique dans une ambulance du SAMU en attendant qu’une place se libère, qu’il y a 1% de places en trop dans les hôpitaux parisiens…  Sans compter que de toute manière, 1% des lits dans leur globalité représenteront quel pourcentage des spécialités concernées ? Il est clair qu’un certain nombre de services seront amputés d’une part importante de leur capacité. Et puis tiens, d’ailleurs, quelqu’un peut-il m’expliquer comment 1% des patients vont générer 20M€ de MARGE (et non de CA) quand il faut 99% des autres patients pour les générer en déficit… Soit l’AP a trouvé un super filon d’actes facturés à prix d’or soit « on » se moque de nous et il faudra sérieusement plus que 1% des places pour générer ce bénéfice.

Néanmoins, dernière étape avant l’appel à Médecins Sans Frontières, l’AP-HP se lance dans le tourisme social et s’organise pour accueillir de riches étrangers . Le premier accord vient d’être signé avec Globemed, un partenaire d’Axa basé au Liban et qui gère des programmes de couverture-santé pour les salariés de grandes entreprises locales au Moyen-Orient. D’autres partenariats sont en cours de négociation, visant l’Asie et la Russie.

Ce doit être ça, avoir des ambitions « normales », non ?

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