Quand l’hôpital français vend son savoir-faire aux nantis étrangers pour se renflouer

La France, comme d’autres pays du Tiers Monde, organise l’accueil de riches étrangers pour les soigner moyennant espèces sonnantes et trébuchantes.

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Quand l’hôpital français vend son savoir-faire aux nantis étrangers pour se renflouer

Publié le 15 août 2012
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La France, comme d’autres pays du Tiers Monde, pardon, en voie de (sous) développement, organise l’accueil de riches étrangers pour les soigner moyennant espèces sonnantes et trébuchantes.

Par Thibault Doidy de Kerguelen.

Nous connaissions cela dans un certain nombre de pays pauvres ou en voie de développement. Hongrie, Serbie, Pologne, République tchèque, Tunisie, Maroc, Brésil, Bolivie, Costa Rica sont les destinations les plus prisées du tourisme médical. Depuis peu, l’Afrique du Sud, en proie à de graves difficultés, s’est elle aussi lancée dans ce commerce international de la santé. Il s’agit d’un véritable marché qui concerne ou concernera pas loin de 10 millions de personnes et qui permet, jusqu’à récemment, à de riches occidentaux, de bénéficier de soins de grande qualité à prix moindre que dans leur pays d’origine. Les pays accueillants, quant à eux, mobilisent certes des moyens matériels et humains mais en contrepartie génèrent un chiffre d’affaire leur permettant de délivrer des soins courants à un plus grand nombre de leurs ressortissants. Bien sûr, certains scandales sur l’origine des organes dans le cas de greffes sont régulièrement étouffés. Nous nous souvenons du « Président » du Kosovo, nommé par l’armée américaine et ami personnel de Bernard Kouchner, convaincu par une cour européenne d’avoir organisé un trafic d’organes en séquestrant des Serbes kosovars et en les utilisant comme réserves vivantes dans une maison que les victimes appelaient « la maison jaune ». En Inde aussi, l’aspect « consenti » des dons d’organes n’est pas toujours évident.

Dans ce joli tableau du tourisme médical, voici qu’apparaît un nouvel acteur. L’AP-HP (Assistance Publique-Hôpitaux de Paris). C’est un de ses directeurs qui vient d’en faire l’annonce à l’AFP. Les hôpitaux parisiens, dans la logique des pays sus-cités, misent sur l’accueil payant de patients étrangers pour renflouer leurs 20M€ de déficit. Oh, bien sûr, « on » tient à rassurer les publics : il s’agit d’une activité qui ne devrait pas peser sur la qualité et les délais des soins prodigués aux Français, car elle ne devrait pas dépasser 1% des patients. Tout le monde sait, en particulier les accidentés qui font dix fois le tour du périphérique dans une ambulance du SAMU en attendant qu’une place se libère, qu’il y a 1% de places en trop dans les hôpitaux parisiens…  Sans compter que de toute manière, 1% des lits dans leur globalité représenteront quel pourcentage des spécialités concernées ? Il est clair qu’un certain nombre de services seront amputés d’une part importante de leur capacité. Et puis tiens, d’ailleurs, quelqu’un peut-il m’expliquer comment 1% des patients vont générer 20M€ de MARGE (et non de CA) quand il faut 99% des autres patients pour les générer en déficit… Soit l’AP a trouvé un super filon d’actes facturés à prix d’or soit « on » se moque de nous et il faudra sérieusement plus que 1% des places pour générer ce bénéfice.

Néanmoins, dernière étape avant l’appel à Médecins Sans Frontières, l’AP-HP se lance dans le tourisme social et s’organise pour accueillir de riches étrangers . Le premier accord vient d’être signé avec Globemed, un partenaire d’Axa basé au Liban et qui gère des programmes de couverture-santé pour les salariés de grandes entreprises locales au Moyen-Orient. D’autres partenariats sont en cours de négociation, visant l’Asie et la Russie.

Ce doit être ça, avoir des ambitions « normales », non ?

—-
Sur le web.

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  • Ouais, je pense qu’il faudrait un peu plus aller dans le détail de la proposition tout de même.

    D’abord, le tourisme médical ne concerne pas uniquement les pays en voie de développement. C’est typiquement une activité historique de la Suisse dans ses cliniques de luxe…

    Ensuite il est peu probable que les spécialités concernées seront la médecine ou la chirurgie d’urgence: on imagine mal un étranger faire plusieurs heures d’avion pour se faire soigner en France après un accident de la route… Je pense qu’il s’agira plutôt de cancérologie ou de chirurgie de pointe (neuro-chirurgie, cardiologie, etc.).

    C’est d’ailleurs cela qui explique les attentes de l’AP-HP en terme de marge. D’abord parce que ce type de service de pointe sont les plus potentiellement rémunérateurs (contrairement aux services d’urgence qui sont chroniquement déficitaires). Ensuite parce que l’impact sur la marge de ventes supplémentaires est très important dès lors qu’on parle d’une industrie où les coûts sont fixes pour l’essentiel. Enfin parce que, j’imagine, l’AP-HP facturera les mêmes actes plus chers à ces clients étrangers qu’à la SECU.

    En tant que libéral je ne suis vraiment pas fan d’un monstre para-public comme l’AP-HP. Par contre, je ne suis pas convaincu que cette proposition n’aille pas dans le bon sens…

    • Bonjour,
      Concernant la Suisse, mais aussi les USA, l’Afrique du Sud jusqu’à récemment etc… Il s’agit de cliniques PRIVEES! Reconnaissez que cette pratique dans des établissements publics reste l’apanage des pays… Je ne sais pas, moi, « émergents », « en voie de développement » etc… (je manie mal la novlangue)
      Je suis d’accord avec vous qu’ils ne viendront pas aux urgences. Ma question est: 1% de la capacité totale d’un établissement ramenée à deux ou trois services, cela fait quel pourcentage de ces services détournés d’usage pour les citoyens français?
      Autre aspect que je mets dans ma réponse à votre troisième point. En tant que libéral, cela ne vous choque pas que la fonction publique s’engage sur le marché concurrentiel?
      Enfin, c’est une question qui m’a été posée sur mon site, les établissements français sont toujours en train de courir après les organes et les donneurs d’organes. Il n’est pas envisageable que des « clients » étrangers passent en priorité devant des patients français, n’est ce pas? Donc nos hôpitaux demanderont à leurs clients de venir avec leurs organes que ceux ci risquent fort d’avoir achetés…. au trafiquants.

      • Bonjour et merci d’avoir pris le temps de répondre à mes remarques, surtout un 15 Août en famille dans la si belle, quoique pluvieuse, Normandie :)…

        Je me suis peut-être mal exprimé dans mon commentaire. En fait, je n’ai pas un avis très tranché sur la question. Il s’agit simplement d’une question plus complexe que la simple fierté nationale ressassée jusqu’à l’écoeurement par les médias Français.

        Concernant la Suisse (j’avoue moins bien connaître les USA et l’Afrique du Sud), les soins payants aux non-résidents ne sont pas le seul apanage des cliniques privées. C’est aussi le cas de certains grands hopitaux publics, comme le CHUV à ma connaissance. Il est vrai aussi que le rapport privé – public n’y est pas aussi déséquilibré en faveur du public qu’il ne l’est, me semble-t’il en France…

        Dans un monde libéral, je suis parfaitement d’accord avec vous que le secteur public ne devrait pas s’engager dans un activité concurentielle. Mais dans un monde libéral, un monstre comme l’AP-HP n’existerait pas de toute façon.

        D’ailleurs, la distinction entre les secteurs publics et privés de santé en France me paraît quelque peu jésuistique. Les cliniques Françaises fonctionnent comme de purs organismes para-publics, notamment en ce que leurs revenus proviennent quasi exclusivement de l’Etat. Même dans les hopitaux dits publics se développent de plus en plus de cliniques internes.

        Bref, tout ceci pour dire que soit on croit que le secteur de la santé se libéralisera brutalement en France (je n’y crois pas) et on doit critiquer l’engagement concurrentiel de l’AP-HP, ou bien on n’y croit pas et dans ce cas on peut se réjouir que cette insitution s’engage sur une voie non pas libérale mais de bon management.

        Nous sommes bien d’accord qu’on ne parlera pas de 1% du total des lits de l’AP-HP mais bien d’un pourcentage plus élevé sur un nombre restreint de services de pointe. Là, j’avoue manquer de données brutes, mais il me semble bien qu’un certain nombre de ces services de pointe souffre d’un manque d’amortissement par les volumes de leurs coûts fixes très élevés. Si cela est vrai, alors il est clair que chercher à augmenter les volumes en allant démarcher de potentiels clients étrangers n’est pas une mauvaise option.
        Par ailleurs, vous reconnaîtrez probablement que la capacité d’accueil totale de l’AP-HP n’est pas une donnée fixe mais dépend également de sa capacité d’investissement (beaucoup trop faible à l’heure actuelle). Ces nouvelles recettes pourraient peut-être permettre d’investir dans les autres services qui sont, je vous l’accorde volontiers, en voie de paupérisation accélérée.

        Votre remarque sur les greffes d’organe est intéressante. Les clients étrangers risquent de venir se faire greffer des organes préalablement achetés à des trafiquants. C’est très possible en effet, mais pas davantage que s’ils n’avaient pas pu venir en France se faire opérer.
        Les trafiquants d’organes sont des criminels, c’est un fait indiscutable. Mais c’est aux Etats régaliens de mettre fin à ces pratiques, pas à l’AP-HP: c’est très, très au-delà de ses compétences.

        Cordialement,
        Nicolas

  • Si nous sommes capables , en l’occurence les AP-HP de vendre des services de santé a de riches étrangers , j’en serai fier , beaucoup plus que de prodiguer des soins gratuits aux étrangers en situation irrégulière.Si en plus cela permet d’améliorer les finances des hopitaux c’est encore mieux et pour le plus grand bien des contribuables et des patients.
    Mr de Kerguelen , Je ne comprends donc pas votre désaprobation, d’autant plus que vous nous avez habitué à une approche très libérale de notre monde.
    Soyons fier de ce que les étrangers sont prêts à nous acheter et non pas de ce que nous sommes prêt à leur donner.

    • Bonjour, excusez moi pour le temps que j’ai mis à vous répondre, hier, 15 Août, famille…

      Je comprends votre réaction, c’est d’ailleurs celle que les articles de la grande presse sur le sujet ont chercher à susciter. C’est politiquement logique et cela me fait penser à la manière dont Vélib est « vendu » au grand public. N’empêche, un pays qui progresse ne roule pas à bicyclette et un pays riche ne vend pas le savoir faire de ses établissements publics aux riches étrangers. Que l’on cherche à flatter l’ego national avec cela, c’est toujours la communication qui est faite. Que croyez vous que disait le régime roumain qui organisait des séjours de lutte contre les effets de la vieillesse dans ses hôpitaux pour les occidentaux? Que croyez vous que tous les gouvernements de tous les pays qui pratiquent cela tiennent comme discours? Le « nivellement par le haut » nous demande d’aller au delà du discours. De ne prendre en compte que les faits. Les faits, c’est que lorsque lorsqu’une administration publique vend ses services à de riches étrangers pour financer son activité première, c’est 1) que le pays n’est plus capable d’assumer le coût de la santé de ses citoyens, donc qu’il est en voie de paupérisation (et il n’y a aucune fierté à en tirer), 2) que, contrairement à ce que vous affirmez, cela aura une conséquence négative sur les soins des patients français, car 1% de la capacité totale d’un établissement (et je suis pour ma part persuadé qu’il s’agira de plus) ramenée à deux ou trois services, cela fait un pourcentage important de ces services détourné d’usage pour les citoyens français. Quels sont les services en sur capacité dans les Hôpitaux parisiens? … Donc, mathématiquement, des patients français resteront sur le carreau. Il n’y a aucune fierté à tirer de cela.
      Enfin, concernant l’aspect libéral de la chose, bien qu’étant un libéral par des aspects fort peu orthodoxe, j’avoue ne pas très bien comprendre votre conception du libéralisme. Il me semblait qu’un des fondement de celui ci est la séparation du public et du privé et l’interdiction à ce dernier de venir faire concurrence au secteur privé sur le secteur marchand….
      Cordialement,
      Thibault

      • Je pense que si l’on veut vendre notre savoir-faire médical tout en améliorant notre qualité de vie, une seule solution: la libérté dans le secteur de la santé.
        Plus d’hopitaux publics, que des cliniques privées (à but lucratif ou non) et suppression de la CQ (avec la liberté des mutuelles et assurances).

      • Vous avez raison sur le principe . Mais en même temps , si l’on peut vendre une partie de notre production « publique » à un prix compatible avec son côut ( ce qui reste à prouver) , c’est toujours cela en moins à payer pour le contribuable .

  • Les commentaires sont fermés.

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