Requiem pour l’Eurozone

L’erreur fatale commise avec la construction de la zone Euro, lors du traité de Maastricht, est de n’avoir tenu aucun compte de ce que l’Europe, à l’inverse des États-Unis d’Amérique, était constituée d’une mosaïque de peuples divers aux destins très différents les uns des autres.

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Requiem pour l’Eurozone

Publié le 12 août 2012
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L’erreur fatale commise avec la construction de la zone Euro, lors du traité de Maastricht, est de n’avoir tenu aucun compte de ce que l’Europe, à l’inverse des États-Unis d’Amérique, était constituée d’une mosaïque de peuples divers aux destins très différents les uns des autres.

Par Philippe Robert.

Le 20 septembre 1992, pour des raisons évidentes de perte de souveraineté, feu mon père et moi-même avons voté “non” au référendum de ratification du traité de Maastricht et donc récusé par avance la création et la mise en oeuvre de l’euro. En France, d’une épaisseur de papier à cigarette, nous avons d’ailleurs bien failli faire perdre aux concepteurs de la zone euro un pari politique qui, vingt ans après, se révèle avoir été plus un coup de dés pipés qu’une création rationnelle vouée au succès.

Quant à savoir la différence entre une monnaie commune et une monnaie unique, je garde le souvenir précis, alors qu’en ce temps-là, déjà, rien n’était moins clair que la nécessité de l’euro, d’une mise au point paternelle sur cette question vitale. J’en avais tiré la leçon qu’une monnaie peut être commune à un ensemble d’États sans, pour autant, qu’il soit obligatoire de supprimer les monnaies nationales ; alors qu’une monnaie unique, par nature monopolistique, ne supporte donc aucune contradiction.

L’erreur fatale commise avec le traité de Maastricht est de n’avoir tenu aucun compte de ce que l’Europe, à l’inverse des États-Unis d’Amérique, était constituée d’une mosaïque de peuples divers aux destins très différents les uns des autres. Certains ont même cru de bon ton de parler d’États-Unis d’Europe, faisant ainsi une claire allusion à l’homogénéité des USA. Tout en oubliant que les Américains étaient toujours chez eux où qu’ils se trouvent dans chacun des cinquante États de l’Union.

Bref, le lecteur voudra bien me pardonner cette longue introduction avant d’en venir au fait, le fait en question étant matérialisé par un article de Pierre Lellouche, ex-secrétaire d’État au Commerce extérieur, récemment paru sur Atlantico. Peut-être trouvera-t-on que ma critique n’est pas justifiée tant le sujet traité, finalement, semble relever de la futilité. Je n’en crois rien car ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et, selon moi, l’appartenance à la classe dirigeante vous crée des devoirs.

Ainsi, quand M. Lellouche écrit : « Comment faire en sorte qu’il y ait une monnaie commune dans une zone économique totalement hétérogène (…) », il aurait sans nul doute été plus efficient de parler, à l’instar de Vaclav Klaus, de monnaie unique commune. Car selon Vaclav Klaus, président en exercice de la République tchèque : « Notre continent a une caractéristique supplémentaire : son système monétaire spécifique, basé sur une monnaie unique commune à 17 des 27 pays membres de l’UE. » [1].

Revenant à Pierre Lellouche, le même traitement devra s’appliquer sans faiblesse au corps de phrase suivant : « La classe politique allemande s’est arrangée pour mettre le maximum de frein à l’idée selon laquelle une monnaie commune entraînerait (…). » Et encore : « Il y a un vice profond dans cette affaire : ou bien on s’en sort par le haut, avec un contrat entre les nations et une harmonisation des politiques fiscales, et alors on a une chance de faire fonctionner une monnaie commune (…) ». Après cela, nous passons sans crier gare à une autre vision de la monnaie européenne telle que nous la délivre l’ancien ministre : « La seule façon pour que l’Allemagne soit garante de la monnaie unique serait que tout le monde fonctionne à l’allemande (…) ».

Monnaie commune à l’échelle de l’Europe, monnaie unique pour l’Allemagne, c’est à n’y plus rien comprendre et les Français, lassés, vont finir par se détourner définitivement d’un sujet pourtant vital pour l’Europe actuellement en pleine dérive politico-économique !

C’est aussi manière de constater à quel point nos pâles gouvernants, dont je ne peux que déplorer la vision politique à courte vue, donnent le sentiment de ne même pas connaître le b.a.-ba de la haute mission que leur a confiée les électeurs. Quelle tristesse !

—-
Sur le web.

Note :

  1. Vaclav Klaus, Sauver les démocraties en Europe, François-Xavier de Guibert, février 2012.
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