Les économistes dans le doute ?

Les économistes doutent, mais ne remettent pas en cause la politique économique menée avant la crise, fondée sur un soutien de l’économie par la monnaie, et sur un encadrement très stricte des organismes financiers.

Les économistes doutent, mais ne remettent pas en cause la politique économique menée avant la crise, fondée sur un soutien de l’économie par la monnaie, et sur un encadrement très stricte des organismes financiers.

Par Vladimir Vodarevski.

Le journaliste et éditorialiste du quotidien Les Échos, Jean-Marc Vittori, a signé ce jeudi 9 août un article intitulé Le grand doute de la science économique. Il faut comprendre le grand doute de la science économique face à la crise. Dans cet article, Jean-Marc Vittori, bon connaisseur de la science économique, rapporte les doutes des économistes quant à l’efficience des marchés, des anticipations rationnelles, et la rationalité des acteurs du marché. C’est donc la théorie néoclassique d’équilibre des marchés qui est mise en cause.

Ce qui est très significatif, et, d’une certaine manière, amusant, c’est que cet article sur Le grand doute de la science économique est placé sous un article intitulé : Les banques centrales, rempart contre le chaos. Cet article fait l’éloge des banques centrales, et donc du soutien de l’économie par l’expansion monétaire.

Par conséquent, les économistes doutent, mais ne remettent pas en cause la politique économique menée avant la crise, fondée sur un soutien de l’économie par la monnaie, et sur un encadrement très strict des organismes financiers. (Voir à ce sujet l’article Monnaie et finances : de l’orthodoxie à l’expansionnisme.)

Les économistes dans le doute ignorent totalement le monétarisme, qui enseignait à ne pas manipuler la monnaie. Il est vrai que certains sont persuadés que les banques centrales ont mené une politique monétariste. En effet, Milton Friedman a attribué la crise de 1929 à une brusque contraction de la masse monétaire, opérée par la Réserve Fédérale US. Par conséquent, le pilotage de l’économie par la monnaie, en baissant les taux d’intérêt pour relancer l’économie, en les relevant pour la ralentir, est qualifié de monétariste. Or, la conclusion de Milton Friedman est que, au contraire, il ne faut pas jouer avec la monnaie. Il préconisait une augmentation faible et régulière de la masse monétaire, et non un jeu de yoyo avec les taux d’intérêt.

Sont également totalement ignorées les théories autrichiennes, qui pourtant expliquent clairement la crise. (Voir à ce sujet la série d’articles de Gérard Dréan, L’école autrichienne d’économie, une présentation.) Les économistes du courant dominant, ou économistes mainstream, refusent totalement toute alternative à leurs conceptions. Pourtant, d’autres théories existent. Il n’y a pas de quoi douter, d’être désemparé.

Jean-Marc Vittori conclut en écrivant que « La vision globale des grands mécanismes économiques est entièrement à rebâtir. » Dans une chronique, dont je n’ai malheureusement plus les références, il y a quelque temps, il s’interrogeait sur la science économique. Aujourd’hui, le système de récompense encourage à écrire des articles sur des points très précis, plutôt que des livres qui auraient une vision globale de l’économie. Gérard Dréant parle, lui, des économistes pour lesquels « la part théorique de l’économie n’est qu’une boîte à outils, où chacun peut avoir son utilité sans qu’il soit besoin d’un fondement théorique commun. » Ce qui est qualifié de science économique est une tentative d’envisager l’économie comme un système mécanique, que l’État pourrait contrôler. Ce qui est logique : c’est ce que les États demandent aux économistes. La nature humaine de l’économie est totalement ignorée.

La crise devrait remettre en cause cette conception dominante de l’économie. Ce n’est pas le cas. Sauf un peu aux USA, avec Ron Paul qui se fait l’écho, au niveau politique, des idées autrichiennes. Mais qui est snobé par les médias. Les théories alternatives existent. Elles sont dans le corpus libéral. Il faudrait revenir au fameux doute scientifique, mettre en cause les théories dirigistes, mécaniques, constructivistes, les mettre à l’épreuve, et regarder vers les théories proposées par le libéralisme.

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