Ne faites jamais confiance aux marchés

Les marchés comptent sur les rachats d’obligations douteuses par la BCE qui mettent pourtant en danger sa mission

Les marchés comptent sur les rachats d’obligations douteuses par la BCE, mettant en danger sa mission, et remontent par simple croyance en une action supposée assez « impressionnante ».

Par Richard North, depuis Bradford, Royaume Uni.

Bourse de Paris

Après les événements grisants des derniers jours de la semaine dernière, le Grauniad (jeu de mot génital sur le Guardian, le Libé britannique, NdT) la termine en nous disant que les marchés d’actions en Europe et aux États-Unis ont décidé que, maintenant, ils aiment ce que propose Draghi.

La reprise, nous dit-on, a été aidée par « des nouvelles optimistes du marché du travail américain », ce qui a laissé les actions remonter, à la clôture, à leur plus haut niveau depuis trois mois.

Mais le plus grand moteur, semble-t-il, a été une rapide réévaluation du plan de Draghi pour mettre fin à la crise de la dette souveraine en Europe, qui dure depuis si longtemps.

Les analystes ont dit que les promesses d’actions, si les pays étaient prêts à signer pour des programmes durs de réduction de déficits, étaient enfin une réponse à la hauteur de ses problèmes.

Holger Schmieding, économiste à la banque allemande Berenberg, a dit, « le 2 août, la BCE s’est enfin montrée significativement à la hauteur. Elle a annoncé qu’elle ferait tout ce qui est nécessaire pour réparer les mécanismes de transmission de sa politique monétaire. Pour le moment, les troubles sur les marchés des obligations souveraines empêchent la politique monétaire de la BCE de fonctionner ».

« Les interventions des banques centrales », dit-il, « marchent si elles impressionnent les marchés. Si la BCE convainc les marchés qu’elle fournit un filet de sécurité fiable pour les entités souveraines solvables qui restent sur le droit chemin de la réforme, elle pourrait appâter plus d’investisseurs à revenir sur ces marchés. Dans ce cas-là, la BCE pourrait ne pas avoir à acheter des obligations souveraines ».

Mais, si c’est ça la version du Grauniad, le célèbre Handelsblatt est un peu moins sûr. Il a perçu la réaction immédiate des marchés à la conférence de presse de Draghi comme excessive, mais explique la reprise par l’attente des investisseurs que tôt ou tard, la BCE va prendre les choses en main.

Ce qui prouve ça, cependant, est léger, et la BCE opère à la frange de son mandat, et nous parlons donc ici d’un système de croyances. Les économistes interrogés par Reuters s’attendent à ce que la BCE fasse des achats en septembre, avec l’achat d’obligations d’État italiennes et espagnoles. Elle baissera alors son taux d’intérêt clé à 0,5%, de 0,75% actuellement.

Néanmoins, le stratège de marché Jörg Rahn, de Macard, Stein & Co., a concédé que les marchés restent volatiles, « parce que la BCE n’a pas annoncé de mesures concrètes ». Dans les quelques prochaines semaines, ajoute-t-il, il y aura beaucoup de spéculation sur le si, le quand et le quoi des choses à venir.

Le mieux que Reuters peut nous offrir, c’est que Draghi n’a pas tiré le proverbial « gros bazooka », pour instantanément neutraliser la crise de l’euro, mais qu’il a armé le canon, et pourrait bien avoir transformé comment les marchés du monde entier voient les risques de l’euro.

Ça, c’est vraiment de l’espoir et des prières. Les marchés croient que la BCE va faire son boulot, parce que les marchés croient que la BCE va faire son boulot. Il n’y a pas plus de substance que ça dans la reprise de vendredi dernier.

Malgré le fait que les effluves provenant des politiciens sont de moins en moins fiables et ne sont jamais dignes de confiance, les marchés veulent croire que l’aide est au tournant. Et ça, ce sont les ingrédients de la folie.

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