De l’Espagne au chaos

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Un vent de panique commence à se faire sentir en Europe. Plusieurs analystes prévoient que l’Espagne sera en défaut de paiement en octobre.

Un vent de panique commence à se faire sentir en Europe. Plusieurs analystes prévoient que l’Espagne sera en défaut de paiement en octobre. Le Portugal se prépare à annoncer son incapacité à tenir ses objectifs financiers. La Grèce s’enfonce toujours. L’Allemagne se prépare à perdre son triple-A, de même que, suprême ironie, le Fonds Européen de Stabilité Financière.

Par Stéphane Montabert, depuis Renens, Suisse.

Ayant évoqué le cas des taux espagnols il y a moins d’une semaine, je ne prévoyais pas de revenir si vite sur le sujet de la crise de la dette publique, mais l’actualité m’oblige.

La dégradation subite de la situation espagnole n’est pas seulement due à des chiffres de croissance pire qu’attendus – à la limite, dans la zone euro, on est habitué à ce genre de nouvelles – mais aux squelettes qui semblent surgir des placards. C’est au tour des régions d’attirer l’attention et de prendre la relève dans la longue liste des maux frappant l’Espagne :

[L’économie espagnole] traverse actuellement sa seconde période de récession en trois ans, après l’explosion en 2008 de la bulle immobilière qui avait alimenté l’économie pendant plus d’une décennie. Le taux de chômage dépasse les 24% (…)

Lundi, la Banque d’Espagne a annoncé que le Produit intérieur brut (PIB) avait diminué de 0,4% au deuxième trimestre par rapport au trimestre précédent. (…) Aux sombres perspectives pour la croissance, vient s’ajouter la situation des 17 régions semi-autonomes espagnoles, si endettées que beaucoup ne peuvent plus lever des fonds sur les marchés.

Depuis vendredi, deux d’entre elles, Valence et Murcie, ont fait savoir qu’elles allaient puiser dans la ligne de crédit récemment mise en place par le gouvernement espagnol pour les régions à court de liquidités. Et la puissante Catalogne (nord-est), a annoncé mardi qu’elle envisageait elle aussi de demander l’aide de Madrid. La région affiche la plus forte dette des régions, 42 milliards d’euros, mais c’est aussi le principal contributeur au PIB espagnol.

D’autres régions risquent de suivre, menaçant de déborder le gouvernement de Madrid.

Menaçant de déborder le gouvernement de Madrid ? Mais il est déjà passablement débordé – comme en témoigne un cafouillage diplomatique fleurant bon la panique, de la part de ceux-là même qui cherchent à tout prix à restaurer la confiance. Du reste, la Catalogne représente à elle seule un quart de l’activité économique espagnole. Avec un tel mastodonte appelant au secours, le gouvernement de Madrid n’est plus à une ou deux régions près.

Divers analystes donnent un aperçu sans langue de bois des perspectives de l’Espagne :

Avec des taux aussi élevés, « c’est impossible de se financer » et Madrid peut tenir « deux mois » au plus, pronostique Daniel Pingarron, analyste de la maison de courtage IG Markets. « Actuellement, le Trésor a encore environ 30 milliards d’euros dans ses caisses, ce qui est suffisant pour couvrir les échéances de dette qui restent en juillet, celles d’août et peut-être celles de septembre », « mais en octobre il y a une échéance très importante », prévient-il.

« Il est évident que la situation reste insoutenable » et « l’État ne peut pas tenir plus longtemps, donc octobre paraît se dessiner comme la date limite », renchérit Alberto Roldan, directeur du département d’analyse boursière à la maison de courtage Inversis.

L’enjeu est « d’éviter un effondrement financier imminent », souligne le journal « El Economista ». La plupart des analystes fixent octobre comme date limite avant le défaut de paiement.

Il serait injuste de ne mettre que l’Espagne sur le devant de la scène, car le prochain chapitre débordera des frontières. Du côté des autres pays européens, le Portugal (qui se fait petit ces derniers temps) commence à invoquer la crise espagnole et ses effets sur les exportations pour préparer l’opinion à l’annonce de son échec à tenir ses objectifs financiers. La Grèce s’enfonce toujours. L’Allemagne se prépare à perdre son triple-A, ainsi que les Pays-Bas et le Luxembourg – ainsi que, suprême ironie, le Fonds Européen de Stabilité Financière ! Quand même le camion de pompier prend feu, difficile de garder son sang-froid.

L’unité de façade se lézarde. Pour de hauts responsables allemands, la Grèce est devenue un obstacle à la résolution de la crise.

Certes, tous ces déboires ne surviendront pas demain, mais la trajectoire est toute tracée. On peine à voir comment nos « élites » pourraient l’infléchir, elles qui hésitent toujours entre la taxation (tueuse de croissance) et la relance (provoquant son lot de dettes publiques supplémentaires). La réduction du périmètre de l’État est encore et toujours repoussée. Elle ne surviendra semble-t-il qu’à la faveur d’une cessation de paiement toujours plus probable.

Pour l’instant, si d’autres mauvaises nouvelles ne surviennent pas, l’Espagne tiendra difficilement quelques mois. Le FESF est désormais insuffisant. L’Allemagne ne débloquera le Mécanisme Européen de Stabilité que le 12 septembre, le temps que la Cour constitutionnelle de Karlsruhe statue sur sa légalité au vu des institutions allemandes. Les taux italiens à dix ans sont à 6,5%, prochain pays à sauver sur la liste.

Tout le monde connaît et appelle la mauvaise solution de court terme : laisser la BCE acheter de la dette pourrie espagnole avec des euros fraîchement imprimés. Mais ceci est totalement interdit par ses statuts, qu’elle semble tardivement respecter, et changer ceux-ci en pleine période de crise aura tout d’un joli marathon législatif. Gageons que nos politiciens y travaillent déjà. Mais le temps joue contre la bureaucratie.

Mais comme le dit un diplomate européen, « s’il faut intervenir massivement en août, il y a un problème ».

Et nous sommes encore en juillet.

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