Peugeot : ne pas noircir excessivement le tableau

Le groupe PSA est certes dans une situation difficile, mais il bénéficie aussi de certains atouts. Veillons à ne pas noircir excessivement le tableau, pour ne pas l’enfoncer. Ce qui aurait des conséquence en termes d’emplois, pour un groupe qui produit encore essentiellement en France.

Le groupe PSA est certes dans une situation difficile, mais il bénéficie aussi de certains atouts. Veillons à ne pas noircir excessivement le tableau, pour ne pas l’enfoncer. Ce qui aurait des conséquences en termes d’emplois, pour un groupe qui produit encore essentiellement en France.

Par Vladimir Vodarevski.

Le plan de restructuration du groupe PSA, Peugeot-Citroën, a entraîné de sévères critiques à l’encontre de ce groupe, à l’encontre de la restructuration elle-même, et aussi à l’encontre de la stratégie du groupe ces dernières années. PSA a certes commis des erreurs, comme je le souligne dans mon précédent article. Cependant, certains articles dans la presse sont par trop excessifs, comme dans le quotidien économique La tribune. Veillons à ne pas noircir le tableau, pour ne pas handicaper le groupe PSA, alors que l’image est si importante de nos jours.

PSA a un problème de trésorerie. Il est engagé dans un programme d’investissement vital pour sa survie. Il organise sa montée en gamme, qui se traduit par le programme DS, ainsi que les nouvelles Peugeot. Il développe aussi des modèles adaptés aux pays émergents, comme le programme 301, ou C4 Élysée. Ces investissements nécessitent de l’argent disponible à dépenser. Des liquidités à dépenser, pour payer les investissements. Du free cash flow dans le jargon comptable. Actuellement, les ventes de véhicules ne génèrent pas suffisamment de liquidités pour ces investissements. Le groupe est donc contraint de réduire ses coûts. Ce qu’il fait en réduisant ses effectifs, là où la production ne couvre pas les coûts. Est aussi prévu une « action sur les prix de revient hors effectifs, qui inclut l’apport de l’alliance avec General Motors », indique Le Figaro.

PSA est donc en position offensive. La réduction des dépenses a pour but la croissance des ventes. Si celles-ci augmentent, il n’est pas exclu qu’il y ait des embauches. Tout en reconnaissant que le marché européen est mature, et que le développement du marché automobile se fera au dehors de l’Europe de l’Ouest.

PSA est par ailleurs le deuxième vendeur de véhicules automobiles en Europe. Ce qui n’est pas rien, pour un marché réputé difficile. Il est le deuxième constructeur automobile européen. L’alliance Renault-Nissan le dépasse, mais c’est une alliance. Renault ne possède que 40% de Nissan. PSA n’est pas le premier venu dans l’automobile. Il a également des relais de croissance, notamment en Chine et au Brésil. Il y a commis des erreurs en n’y investissant pas suffisamment. Mais il a pu y cultiver des relations et des connaissances utiles aujourd’hui, alors qu’il a décidé d’accentuer sa conquête de ces marchés.

Les véhicules de PSA ont par ailleurs des qualités reconnues en tenue de route et en matière de consommation. De plus, aujourd’hui, la qualité de la finition a grandement progressé, sur les modèles tels que les DS ou la 508.

D’autre part, le plan de restructuration ne signifie pas qu’il y aura nécessairement 8 000 licenciements. Ainsi, sur RTL, le président du directoire de PSA, Philippe Varin, indique qu’une proposition de reclassement sera faite à chaque salarié de l’usine d’Aulnay. Une partie se verra proposer un poste à l’usine de Poissy. PSA va également essayer de réindustrialiser le site d’Aulnay. Des entreprises sont par ailleurs intéressées par les salariés de PSA. Comme Safran, ou la SNCF et d’autres sociétés. Enfin, n’oublions pas qu’il y a toujours en matière de restructuration une négociation. PSA a abattu ses cartes. Le groupe est expérimenté, et en relation étroite avec l’État depuis l’après deuxième guerre mondiale, par nécessité. La production automobile, le choix de la production de masse, cela vient de l’État. Il y a fort à parier qu’il y a une marge de négociation, un moyen pour l’État de montrer qu’il a pu faire quelque chose, dans le reclassement des salariés notamment. Les projets de reclassements décrits ci-dessus seront sans doute portés au crédit de l’État.

Le tableau n’est donc pas si noir. Ce n’est pas une petite PME qui se restructure, mais un grand groupe habitué à négocier avec l’État. Un groupe qui a par ailleurs un véritable projet, et qui ne cherche pas simplement à réduire ses coûts, mais à se développer. Il est dans une situation difficile, mais veillons à ne pas noircir excessivement le tableau, pour ne pas l’enfoncer. Ce qui aurait des conséquences en termes d’emplois, pour un groupe qui produit encore essentiellement en France.

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