Décision de la FIFA sur le port du voile : décryptage

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Les autorités internationales chargées d’organiser le football ont cédé au lobbying de certaines monarchies du Golfe, qui financent de prestigieux clubs de football. Les femmes ont donc été sacrifiées sur l’autel d’une coopération internationale qui s’exprime en espèces sonnantes et trébuchantes.

Les autorités internationales chargées d’organiser le football ont cédé au lobbying de certaines monarchies du Golfe, qui financent de prestigieux clubs de football. Les femmes ont donc été sacrifiées sur l’autel d’une coopération internationale qui s’exprime en espèces sonnantes et trébuchantes.

Par Roseline Letteron.

Le 5 juillet 2012, les règles internationales du football ont été modifiées, pour autoriser les joueuses à porter le voile dans toutes les compétitions officielles. Les autorités internationales chargées d’organiser ce sport ont cédé au lobbying de certaines monarchies du Golfe, qui financent de prestigieux clubs de football. Les femmes ont donc été sacrifiées sur l’autel d’une coopération internationale qui s’exprime en espèces sonnantes et trébuchantes. Bien sûr, la nouvelle règle est présentée comme expérimentale, et devrait faire l’objet d’un nouvel examen en 2014, mais il s’agit là d’une sorte de figure de style destinée à susciter l’adhésion.

L’IFAB, émanation du communautarisme britannique

L’auteur de la règle n’est pas, comme il a été dit, la Fédération internationale de football association (FIFA), association de droit suisse fondée en 1904, et qui regroupe 208 associations nationales. L’autorisation du voile a été décidée par l’International Football Association Board (IFAB), beaucoup moins connue, mais très influente. L’IFAB a été créée en 1886 dans le but d’harmoniser les règles du jeu qui, à l’époque, n’étaient pas identiques dans chaque pays. Elle réunissait quatre associations du Royaume-Uni, région qui a vu la naissance du football, représentant l’Angleterre, l’Ecosse, le Pays de Galles et l’Irlande du Nord.

Après 1904, la FIFA a adhéré à l’IFAB, le principe étant qu’elle dispose du même poids juridique dans l’IFAB que les quatre membres fondateurs. Rien n’a changé aujourd’hui. Les fondateurs ont quatre voix et la FIFA, c’est à dire le reste du monde, a également quatre voix. Même si les décisions sont prises à une majorité pondérée des 3/4 des votants, le calcul est rapidement fait. Il suffit aux britanniques de réunir deux voix supplémentaires de la FIFA pour faire passer n’importe quelle décision. Or, chacun sait que le Royaume Uni pratique un communautarisme décomplexé, que le port du voile y est parfaitement autorisé, chaque communauté faisant l’objet d’un traitement séparé.

Il est vrai que l’IFAB est aujourd’hui étroitement rattachée à la FIFA, et que cette dernière s’estime liée par  ses décisions. En l’espèce, la décision nouvelle fait bien peu de cas du règlement sur « les lois du jeu« , dont la « loi n° 4 » prévoit que « l’équipement de base obligatoire ne doit présenter aucune inscription politique, religieuse ou personnelle« . Certes, un voile n’est pas une « inscription« , mais il permet tout de même d’affirmer une conviction religieuse, L’IFAB, prévoyant cette objection, précise qu’elle considère le voile comme un signe culturel et non pas religieux. Une telle affirmation, sorte de pirouette juridique, n’a pas d’autre objet que de contourner le principe de neutralité du sport, et d’autoriser finalement le port du voile,  y compris dans un but de prosélytisme religieux.

Mépris de la Charte Olympique

La Charte Olympique interdit pourtant tout prosélytisme religieux dans le cadre des Jeux Olympiques. Son article 50 al. 3 se montre très ferme sur ce point :  » Aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n’est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique« . Doit on en déduire que les autorités internationales du football violent allègrement la Charte Olympique ? La question est évidemment posée, dès lors que la FIFA accepte désormais que des compétitions médiatisées servent de support à une pratique de prosélytisme religieux. Le football, largement professionnel, dont les joueurs bénéficient de financements exceptionnels, était déjà bien éloigné de l’idéal de Coubertin. Force est de constater qu’en acceptant des joueuses voilées, il s’en éloigne encore davantage.

A dire vrai, cela n’a rien de surprenant, car le CIO s’est toujours montré tiède, pour ne pas dire inexistant, à l’égard de la question du voile. En 2008, aux Jeux Olympiques de Pékin, on a recensé pas moins de quatorze délégations comportant des athlètes voilées. Le CIO n’est donc guère plus courageux que la FIFA. Alors que l’Afrique du Sud de l’Apartheid était exclue des Jeux Olympiques, on autorise aujourd’hui un traitement séparé pour les athlètes des pays musulmans. Les femmes contraintes à porter le voile ne sont elles pas victimes d’une forme d’Apartheid ?

Le droit français 

Heureusement, les décisions de la FIFA, comme celles de l’IFAD, sont entièrement dépourvues de valeur juridique en droit français. La Fédération française de football est une association fondée en 1919, et reconnue d’utilité publique en 1922. Ses statuts indiquent qu’elle se propose d' »entretenir toutes relations utiles avec les associations étrangères affiliées à la FIFA, les organismes nationaux et les pouvoirs publics« . Une association française n’est donc pas liée par les décisions d’une association de droit étranger. Au demeurant, son caractère d’utilité publique confère aux pouvoirs publics un certain nombre d’éléments de contrôle, pour s’assurer que la Fédération française respecte les principes généraux de notre droit, et notamment la laïcité. La Fédération en est d’ailleurs pleinement consciente, et elle s’est hâtée de diffuser un communiqué mentionnant son « souci de respecter les principes constitutionnels et législatifs de laïcité qui prévalent dans notre pays et figurent dans ses statuts« . En conséquence, elle persiste dans son interdiction du port du voile dans les compétitions.

On pourrait alors considérer que le débat est clos et que la France est à l’abri de tels errements. Sans doute, mais cette délibération de l’IFAB constitue un précédent fâcheux, susceptible d’être utilisé à l’appui de revendications communautaires, pour ne pas dire obscurantistes. Sur ce point, c’est un mauvais coup pour la cause des femmes.

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