L’Holocauste démographique par Robert Zubrin (3eme partie)

Nous devons rejeter l’antihumanisme et adopter une éthique fondée sur la foi en la capacité humaine de créativité et d’invention. Ce faisant, nous déclarons que nous ne vivons pas à la fin de l’histoire, mais au début de l’histoire, que nous croyons en la liberté et non au dirigisme, au progrès et non à la stagnation, en l’amour plutôt qu’en la haine, en la vie plutôt qu’en la mort, en l’espoir plutôt qu’au désespoir.

Nous devons rejeter l’antihumanisme et adopter une éthique fondée sur la foi en la capacité humaine de créativité et d’invention. Ce faisant, nous déclarons que nous ne vivons pas à la fin de l’histoire, mais au début de l’histoire, que nous croyons en la liberté et non au dirigisme, au progrès et non à la stagnation, en l’amour plutôt qu’en la haine, en la vie plutôt qu’en la mort, en l’espoir plutôt qu’au désespoir.

Par Robert Zubrin, traduction Étienne Martinache.

Lire les première partie & deuxième partie déjà en ligne.

Le Pérou

De par leur proximité avec les États-Unis, l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud sont depuis longtemps dans le collimateur des spécialistes du contrôle des naissances de la sécurité nationale américaine. Depuis les années 1960, sur l’insistance de l’USAID, des programmes de contrôle des naissances coercitifs ont été mis en œuvre dans presque tous les pays d’Amérique Latine, du Mexique au Chili. Dans cet article nous allons étudier le cas de l’un d’eux seulement, le Pérou, parce que l’enquête judiciaire menée contre les principaux responsables péruviens a fourni certains des meilleurs documents illustrant les abus systématiques qui ont été, et sont toujours, commis en Amérique Latine sous prétexte de contrôle des naissances.

Le Pérou, pays montagneux, possède certaines des régions les moins densément peuplées de la planète. Mais cela ne dissuada aucunement les planificateurs de l’USAID d’estimer que ses zones rurales étaient surpeuplées, ni de financer des programmes conçus pour éliminer ses populations. Ces plans, qui débutèrent en 1966 furent relativement modestes jusque dans les années 1990, lorsque le nouvel homme fort du pays, Alberto Fujimori, assuma des pouvoirs quasi-dictatoriaux.

En 1995, le Président Fujimori lança une campagne de stérilisation à l’échelle nationale. Des équipes mobiles de stérilisation furent rassemblées à Lima puis déployées dans les campagnes pour organiser des « festivals de la ligature » dans chaque village, l’un après l’autre. Avant l’arrivée des équipes de stérilisation, des employés du Ministère de la Santé étaient chargés de harceler les femmes pour obtenir leur soumission. Celles qui résistaient étaient soumises à des visites répétées à domicile et gravement insultées par les employés du gouvernement, qui reprochaient aux femmes et aux filles indigènes de n’être que des « chattes » ou des « chiennes » parce qu’elles voulaient avoir des enfants. Si cela ne suffisait pas, on disait aux mères qu’à moins qu’elles ne se soumettent à la ligature, leurs enfants se verraient refuser l’aide alimentaire du gouvernement.

Tant les escadrons de harcèlement que les membres des unités de stérilisation travaillaient dans le cadre d’un système de quotas, ils s’efforçaient d’atteindre l’objectif national de cent mille ligatures des trompes par an. Ils étaient payés s’ils atteignaient leurs quotas mais punis s’ils ne parvenaient pas à obtenir le nombre requis de stérilisations. C’est ainsi que de nombreuses femmes qui allaient accoucher en clinique furent stérilisées sans même que l’on se donne la peine d’obtenir leur consentement. Étant donné le niveau de formation limité du personnel chargé de la stérilisation (c’étaient souvent des immigrés spécialistes du contrôle des naissances en Chine), les conditions insalubres qui régnaient au cours des « festivals de la ligature » et l’absence totale de soins postopératoires, il n’est pas surprenant que beaucoup de femmes souffrirent de complications sévères et que plusieurs succombèrent des suites de leurs mutilations.

Alors que les fonctionnaires chargés d’effectuer les opérations de stérilisation de masse étaient des citadins d’ascendance espagnole, l’écrasante majorité des victimes était des ruraux indigènes de langue Quechua et d’origine Inca. Bien sûr, ce n’était pas une coïncidence. Quand Fujimori fut chassé du pouvoir en 2000, le nouveau président, Alejandro Toledo, demanda au Congrès péruvien d’autoriser une enquête sur la campagne de contrôle des naissances. C’est ainsi qu’une commission d’enquête, appelée AQV, fut constituée sous la direction du Dr Hector Chavez Chuchon. L’AQV soumit son rapport à la Commission des droits de l’homme du Congrès péruvien le 10 juin 2003.

Le rapport révéla qu’en cinq ans d’efforts le gouvernement Fujimori avait stérilisé 314 605 femmes. Par ailleurs, la campagne de contrôle des naissances de Fujimori avait « effectué des stérilisations massives auprès de groupes ethniques ciblés, au profit d’autres groupes ethniques ou sociaux qui n’avaient pas été touchés avec la même ampleur … cette action répond à la définition du crime de génocide ». Dans la suite du rapport, Fujimori et plusieurs représentants de son gouvernement faisaient l’objet d’une « Inculpation constitutionnelle pour accusation de crimes contre la Liberté Individuelle, la Vie, le Corps, et la Santé, de Complot Criminel et de Génocide ».

Les principaux bailleurs de fonds de la campagne génocidaire de Fujimori étaient l’USAID (qui viola la loi américaine et ignora une injonction du Congrès en 1998 à mettre un terme à son soutien financier), l’UNFPA et la Fédération Internationale du Planning Familial.

La Chine

En juin 1978, Song Jian, haut fonctionnaire chargé de développer des systèmes de contrôle pour le programme de missiles guidés chinois, se rendit à Helsinki pour une conférence internationale sur la théorie et la conception des systèmes de contrôle. Alors qu’il se trouvait en Finlande, il se procura quelques exemplaires des  » Limites de la croissance  » et du  » Guide de survie  » – livres publiés par le Club de Rome et source majeure de propagande malthusienne – et fit la connaissance de plusieurs européens qui défendaient la méthode de « l’ analyse des systèmes informatisée » pour prédire et contrôler l’avenir de l’humanité.

Fasciné par les possibilités de la méthode, Song rentra en Chine et republia l’analyse du Club de Rome sous son propre nom (sans faire référence aux auteurs d’origine), ce qui suffit à établir sa réputation de penseur original et brillant. En effet, alors que les projections informatiques du Club de Rome sur l’imminence des pénuries de ressources, ses graphiques montrant le raccourcissement du temps d’accroissement démographique et ses discours sur les « capacités de support », les « limites naturelles », les « extinctions de masse » et « l’isolement du Vaisseau Terre » étaient déjà des clichés en Occident en 1978, en Chine c’étaient des idées neuves et saisissantes. Du jour au lendemain, Song devint une superstar scientifique. Choisissant le bon moment pour renforcer ses effets et souligner l’importance de ses déclarations, il recruta au sein de son ministère une équipe de mathématiciens, et, à l’aide d’un puissant ordinateur, pour frapper les esprits, il rendit son verdict, au terme de longs et savants calculs, à savoir que la taille « correcte » de la population Chinoise était de 650 à 700 millions de personnes – c’est à dire 280 à 330 millions de moins que la population réelle de 1978. L’analyse de Song trouva rapidement grâce en haut lieu, aux yeux des dirigeants du Parti Communiste Chinois, parce qu’elle « prouvait » que la cause de la persistance de la pauvreté en Chine n’était pas les trente ans de gestion économique désastreuse par le Parti, mais l’existence même du peuple chinois. (Pour démontrer l’absurdité totale de l’argument de Song, il suffit de remarquer qu’en 1980 les voisins Sud Coréens de la Chine, dont la densité de population était pourtant quatre fois supérieure, avaient un produit national brut par habitant sept fois plus élevé). Le dirigeant suprême Deng Xiaoping et ses compagnons du Comité Central furent également très impressionnés par le verbiage informatique et pseudo-scientifique employé par Song pour habiller sa théorie – qui, à la différence des documents d’origine publiés par le Club de Rome en Occident, ne firent l’objet d’aucune critique dans les médias techniques et populaires chinois contrôlés par l’État.

Song proposa que les dirigeants chinois adoptent une limite d’un enfant par famille, mesure à application immédiate. Deng Xiaoping apprécia le discours de Song, donc tous ceux qui auraient pu s’opposer à la politique de l’enfant unique furent prompts à se protéger et se rallièrent à leur chef. Lors de la Grande Conférence démographique à Chengdu en décembre 1979, seul un homme courageux, Liang Zhongtang, enseignant en marxisme à l’école du parti de la province de Shaanxi, lança un appel à ses camarades pour qu’ils tiennent compte de la brutalité de la politique qu’ils s’apprêtaient à infliger à leur peuple : « Nous avons déjà causé une grande souffrance économique aux paysans. Nous ne pouvons les faire souffrir davantage ». Liang tenta également de faire valoir des arguments pratiques. Si nous mettons en œuvre cette politique, dit-il, chaque couple marié chinois qui travaille devra faire vivre quatre grands-parents âgés, un enfant en plus d’eux-mêmes – c’est tout simplement impossible. Aucun enfant n’aura de frère, de sœur, d’oncle ou de tante. Aucun parent n’aura de proche de sa propre génération pour l’aider en cas de besoin. Le tissu social des communautés villageoises va se désintégrer. Il n’y aura plus personne pour servir dans l’armée.

Mais ces objections de bon sens furent ignorées. Le mot d’ordre tomba rapidement du sommet de la hiérarchie : un enfant par famille est désormais la politique décidée par l’infaillible direction du parti, et aucun désaccord ne sera toléré.

Ainsi débuta le programme de contrôle des naissances le plus énergique jamais entrepris depuis l’Allemagne Nazie. Les régulateurs de population n’avaient plus besoin de recourir à des ruses, pots-de-vin, refus de prestations, festivals itinérants de ligatures ou pelotons de démolition de taudis pour soumettre leurs victimes. Ils avaient désormais à leur disposition la toute puissance organisée et implacable d’un état totalitaire pour imposer leur volonté, un état qui n’exerçait pas seulement son emprise sur une bureaucratie massive, mais sur de gigantesques forces policières et militaires, de polices secrètes, de vastes prisons, le contrôle total des médias et des dizaines de millions d’informateurs. Dans La Bombe Démographique, Paul Ehrlich avait appelé de ses vœux le contrôle par l’état de la reproduction humaine, avec « régulation obligatoire des naissances ». A présent, douze ans plus tard à peine, le rêve utopique d’Ehrlich était devenu une réalité de cauchemar pour un cinquième de l’humanité.

Qian Xinzhong, ancien major-général dans l’armée populaire de libération, formé à l’époque soviétique, fut nommé à la tête de la campagne. Il ordonna que toutes les femmes ayant un enfant se fassent implanter un stérilet en acier inoxydable et régulièrement inspecter pour s’assurer qu’elles n’y avaient pas touché. Retirer le stérilet était considérée comme un acte criminel. Tous les parents qui avaient deux enfants ou plus devaient être stérilisés. Aucune grossesse n’était autorisée chez les femmes de moins de 23 ans, qu’elles soient mariées ou non, et toutes les grossesses non autorisées devaient être interrompues. « En aucune circonstance la naissance d’un troisième enfant ne sera tolérée », déclara Qian.

Les femmes qui bravaient ces ordres étaient capturées et stérilisées de force. On avortait les bébés jusqu’au neuvième mois de la grossesse, beaucoup hurlaient quand ils étaient poignardés à mort à la naissance. Les femmes qui fuyaient pour tenter de sauver leurs enfants étaient pourchassées, et quand on ne parvenait pas à les attraper, leurs maisons étaient rasées et leurs parents jetés en prison, où ils croupissaient jusqu’au paiement d’une rançon de 20 000 yuan pour leur libération – environ trois années de salaire pour un paysan. Les bébés nés de ces fugitives étaient déclarés « enfants noirs », personnes illégales aux yeux de l’État, sans aucun droit à l’emploi, à l’école publique, au système de santé ou à la reproduction.

Les dirigeants de l’UNFPA et de la Fédération Internationale du Planning Familial (FIPF) étaient ravis. Ils se précipitèrent pour envoyer des fonds (fournis surtout par le Département d’État) et du personnel pour aider à mener la campagne. La Chine fut si ouvertement brutale dans ses méthodes que l’agent d’information de la FIPF, Penny Kane, exprima son inquiétude – pas sur les souffrances subies par des millions de femmes, de filles et de bébés chinois, mais sur le dommage potentiel aux relations publiques qui pourrait dégrader l’image de la FIPF si les Américains découvraient ce qu’elle faisait en Chine. « Des mesures très dures sont prises pour réduire la population », écrivait Kane depuis la Chine, « je pense que dans un avenir proche cette histoire va sortir et faire les gros titres de la presse, car on y trouve tous les ingrédients sensationnalistes habituels – communisme, planification familiale forcée, meurtre de fœtus viables, parallèle avec l’Inde, etc. Lorsque l’affaire sera rendue publique, le programme sera difficile à défendre … Nous pourrions nous retrouver dans une situation extrêmement difficile à gérer, côté presse et opinion publique, si les méthodes des Chinois déclenchaient un scandale majeur ».

Les bébés nés en Chine en défiance de la politique de l’enfant unique sont appelés « enfants noirs » et n’ont aucun droit à la nourriture, la santé ou l’éducation. Si ce sont des filles, elles sont souvent tuées, soit à la naissance, soit plus tard, dans des orphelinats où elles sont rassemblées. Ci-dessus Mei Ming, une fillette de deux ans, attachée à une chaise dans une « salle de la mort ». Le seau au-dessous d’elle est destiné à récupérer son urine et ses excréments. Elle mettra plusieurs jours à mourir, de faim et de manque de soins. La photo ci-dessus fut prise en 1995 par une équipe de télévision britannique alors qu’ils tournaient l’exposé documentaire Les salles de la mort. Le gouvernement chinois nie l’existence des salles de la mort. Publié avec l’aimable autorisation de Soins des orphelins et abandonnés de Chine 

 

La FIPF ne tint aucun compte des mises en garde de Kane et renforça son soutien à la campagne. Mais ses soucis étaient fondés : l’histoire commença à sortir à l’Ouest. Le 30 novembre 1981, le Wall Street Journal publia le récit d’un témoin oculaire, Michèle Vink, qui avait vu des femmes « menottées, attachés avec des cordes ou placées dans des cages à cochons », tandis qu’on les emmenait pour subir des avortements forcés. Selon Vink, les véhicules qui transportaient les femmes vers les hôpitaux de Canton « résonnaient de plaintes et de gémissements », tandis que les nouveau-nés non autorisés étaient tués en masse. « Chaque jour des centaines de fœtus arrivent à la morgue », dit l’un des témoins de Vink.

Le 15 mai 1982, Christopher Wren, correspondant à l’étranger du New York Times, publia un témoignage plus dévastateur encore. Il rapporta des récits de milliers de femmes chinoises « raflées et contraintes de se faire avorter », et de femmes « enfermées dans des cellules de détention ou traînées devant des rassemblements de masse et sermonnées jusqu’à ce qu’elles soumettent à un avortement », et « de miliciens qui enlevaient des femmes enceintes dans les rues et les emportaient, parfois menottées ou ligotées, dans les cliniques d’avortement ». Il cita un journaliste chinois qui décrivait comment « certains bébés avortés hurlaient à la naissance ». L’horreur était devenue tellement flagrante qu’on ne pouvait pas la nier. En 1983, même les journaux chinois publiaient des histoires sur les « massacres, noyades et abandons de nouveau-nés de sexe féminin et cas de maltraitance de femmes qui avaient donné naissance à des filles ».

Indifférent à ce déballage médiatique, Qian redoubla d’efforts. Les responsables locaux du Parti communiste se virent fixer des quotas d’implantation de stérilets, d’avortements et de stérilisations. S’ils dépassaient leurs quotas, ils étaient promus. S’ils ne parvenaient pas à les respecter, ils étaient exclus du parti et tombaient en disgrâce. Ces mesures garantissaient le résultat. En 1983, 4 millions d’hommes et 16 millions de femmes furent stérilisés, 18 millions de femmes subirent une implantation de stérilets et plus de 14 millions de fœtus furent avortés. Le rythme des opérations s’intensifia, le total annuel combiné d’avortements forcés, d’implantations de stérilets et de stérilisations dépassa les 30 millions jusqu’en 1985.

Pour célébrer la réussite de Qian, le FNUAP lui décerna en 1983 (ainsi qu’à Indira Gandhi) la Récompense des Nations Unies sur la Population, avec diplôme, médaille d’or et 25 000 dollars en liquide. Dans le discours de félicitation qu’il prononça à New York lors de la cérémonie de remise de la récompense, le Secrétaire Général des Nations Unies Javier Pérez de Cuellar dit : « Etant donné que la Chine et l’Inde représentent ensemble 40% de l’humanité, nous devons tous exprimer notre profonde admiration devant la façon dont leurs gouvernements ont su faire appel aux vastes ressources nécessaires à la mise en œuvre de ces politiques démographiques à aussi grande échelle ». Qian se leva et promit de continuer à « réguler la taille de la population et améliorer la qualité de la population ». Les Nations Unies ne furent pas seules à manifester leur gratitude. La Banque mondiale exprima ses remerciements de la manière la plus sincère – c’est à dire, en espèces, elle accorda à la Chine en 1996 un prêt de 22 milliards de dollars.

Compte tenu de l’importance suprême que représente pour les familles rurales chinoises le fait d’avoir un fils, tant pour qu’il prenne soin de ses parents âgés que pour continuer la lignée et honorer ses ancêtres, de nombreux paysans ne pouvaient tout simplement pas admettre que leur enfant unique soit une fille. Il en résulta une recrudescence brutale de l’infanticide des filles. Ce n’était sans doute pas de nature à perturber les autorités, étant donné la valeur qu’elles accordaient à la vie humaine de façon générale, mais la désintégration sociale qu’elle présageait était nettement plus préoccupante. Devant cette réalité, les gouvernements de quelques provinces acceptèrent en 1988 un léger compromis : les couples dont le premier enfant était une fille seraient autorisés à faire une deuxième tentative pour avoir un fils – à condition qu’il n’y ait eu aucune naissance non autorisée dans leur village au cours de l’année, ni qu’aucune autre violation de la politique familiale n’ait été commise dans ce même village. Tout en relâchant un peu la pression sur le font démographique, cette « réforme » eut pour effet salutaire – du point de vue totalitaire s’entend – de détruire la solidarité paysanne, qui auparavant avait permis de protéger les femmes qui accouchaient dans la clandestinité.  Des représailles de groupe allaient désormais être exercées contre les rebelles, car tous les villageois étaient devenus des informateurs potentiels du gouvernement, prêts à dénoncer leurs voisins à la moindre infraction.

Mais l’infanticide des filles se poursuivit au même rythme. Au cours de la période de 2000 à 2004, il naquit en Chine presque 125 garçons pour 100 filles – ce qui montre qu’un cinquième de toutes les filles étaient avortées ou tuées à la naissance. Dans certaines provinces, la fraction des filles éliminées approchait même les 50%.

Un terrible bilan

En 1991, le chef du FNUAP Nafis Sadik, se rendit en Chine pour féliciter les oligarques de la République populaire pour leur excellent programme, qui, à l’époque, avait déjà procédé à des stérilisations, implantations de stérilets ou avortements sur quelques 300 millions d’individus. « La Chine a toutes les raisons d’être fière et heureuse des remarquables réussites de la politique de planning familial et de contrôle des naissances qu’elle a menée ces dix dernières années », dit-elle. « Elle peut à présent mettre son expérience et ses experts au service des autres nations. Le FNUAP va envoyer certains [experts Chinois de planning familial] dans d’autres pays et diffuser l’expérience de la Chine en matière de contrôle des naissances et de planning familial ».

Sadik tint sa promesse. Avec l’aide de l’UNFPA, le modèle chinois de contrôle des naissances fut mis en œuvre au Vietnam, pratiquement dans son intégralité, et utilisé pour améliorer l’efficacité brutale des efforts antihumanistes dans de nombreux autres pays, du Bangladesh au Sri Lanka, en passant par le Mexique et le Pérou.

Entretemps, les mêmes événements macabres se déroulaient dans plusieurs autres pays. Le programme de contrôle des naissances indonésien fut vaste et coercitif ; Betsy Hartmann relate un épisode en 1990 au cours duquel « des fonctionnaires du planning familial accompagnés par la police et l’armée allaient de maison en maison, raflaient hommes et femmes pour les emmener vers un site de stérilisation. Les femmes qui refusaient se voyaient contraintes de subir l’implantation de stérilets sous la menace des fusils ». La politique de contrôle des naissances menée de longue date par le gouvernement indonésien signifiait que d’autres aspects de santé publique furent négligés, ce qui explique que le taux de mortalité infantile en Indonésie est le double de celui de la Malaisie et de la Thaïlande voisines.

La mauvaise répartition des maigres ressources attribuées à la santé est encore plus flagrante en Afrique subsaharienne. Des professionnels et des programmes de santé qui auraient du être consacrés à la lutte contre le paludisme et d’autres maladies mortelles furent détournés vers le contrôle des naissances. Comme l’écrivit en 1997 le Dr Stephen Karanja, ancien Secrétaire de l’Association Médicale Kenyane :

« Notre secteur de la santé s’est effondré. Des milliers de Kényans vont mourir du paludisme, une maladie dont le traitement ne coûte que quelques cents, dans des hôpitaux où sont stockés pilules, stérilets, Norplant, Depo-Provera et autres produits et instruments valant des millions des dollars, dont la plupart ont été achetés avec de l’argent américain … Des salles d’opération spéciales complètement équipées et bien pourvues en instruments sont ouvertes dans les hôpitaux pour stériliser les femmes. Alors que dans ces mêmes hôpitaux, on ne peut pratiquer une chirurgie d’urgence par manque d’instruments et de fournitures de base. »

Au cours d’une interview qu’il donna en 2000, Karanja poursuivit : « On ne peut pas effectuer d’opérations parce qu’il n’y a ni équipement ni fourniture. La salle d’opération ne fonctionne pas. Mais si c’est pour une stérilisation, la salle est prête. » Pis encore, comme le montre Steven Mosher dans son ouvrage Contrôle des Naissances, on a toutes les raisons de penser que les cent millions de seringues hypodermiques expédiées en Afrique depuis les années 1990 pour injecter des drogues contraceptives furent l’une des principales causes de l’épouvantable épidémie de SIDA sur le continent africain – qui a fait des dizaines de millions de victimes, fera près de deux millions de morts de plus cette année, autant l’année prochaine et chacune des années suivantes.

Dans le monde entier, le mouvement de contrôle des naissances a ruiné des milliards de vies, perdues ou gâchées. Nous ne pouvons pas nous contenter de réfuter les pseudosciences et de relater les crimes commis par les zélateurs de la surpopulation. Nous devons aussi dénoncer et affronter l’idéologie sous-jacente de l’antihumanisme. Si nous acceptons l’idée que les ressources mondiales sont définitivement limitées, que toute nouvelle vie est malvenue, que tout acte et toute pensée non conforme sont une menace, alors chaque individu est radicalement l’ennemi de tous les autres, chaque race et chaque nation est l’ennemie de toutes les autres races et nations. L’issue finale d’une telle vision du monde ne peut être que la stagnation forcée, la tyrannie, la guerre et le génocide. Les horribles crimes préconisés ou perpétrés par les adeptes de l’antihumanisme depuis deux siècles l’ont amplement prouvé. Il n’y a que dans un monde aux ressources illimitées que tous les hommes peuvent être frères.

C’est pourquoi nous devons rejeter l’antihumanisme et adopter une éthique fondée sur la foi en la capacité humaine de créativité et d’invention. Car, ce faisant, nous déclarons que nous ne vivons pas à la fin de l’histoire, mais au début de l’histoire, que nous croyons en la liberté et non au dirigisme, au progrès et non à la stagnation, en l’amour plutôt qu’en la haine, en la vie plutôt qu’en la mort, en l’espoir plutôt qu’au désespoir.


Robert Zubrin est un des rédacteurs à la « Nouvelle Atlantide » (New Atlantis). Cet essai est adapté de son nouveau livre Les Marchands de désespoir : Ecologistes radicaux, Pseudo-scientifiques criminels et le culte Fatal de l’Antihumanisme .

Robert Zubrin, « Le contrôle de la Population Holocaust », la nouvelle Atlantide, numéro 35, printemps 2012.