La dette publique, héritage des Trente Glorieuses

On dit souvent que la dette publique est une façon de faire payer les petits enfants pour leurs grands parents. Et on le dit généralement en pensant à nos propres petits enfants. Eh bien non, les petits enfants, c’est nous !

On dit souvent que la dette publique est une façon de faire payer les petits enfants pour leurs grands-parents. Et on le dit généralement en pensant à nos propres petits -nfants. Eh bien non, les petits-enfants, c’est nous ! Démonstration.

Par Acrithène.

L’attribution de la dette publique à tel ou tel gouvernement se fait généralement de manière grossière et inéquitable. Elle consiste à comparer le volume de la dette à son entrée en fonction et à la fin de son mandat. Un tel calcul conduit à attribuer pas loin d’un tiers de l’endettement public à la présidence de Nicolas Sarkozy, et 95% aux gouvernements qui se sont succédé depuis l’élection de François Mitterrand en 1981.

Pourquoi cette méthode est-elle « inéquitable » ? Parce que dans le déficit d’un gouvernement en exercice, on trouve les intérêts versés au titre des dépenses impayées de leurs prédécesseurs. Tant que ces vieilles factures ne sont pas honorées, leur montant croît de manière géométrique par le mécanisme des intérêts composés.

Je vous propose une méthode de ventilation de la dette publique qui conduit à un résultat totalement différent et attribuant la plus grande part de la dette publique aux gouvernements qui ont précédé Valérie Giscard d’Estaing. Ce qui peut sembler absurde quand on sait qu’en 1974, la dette publique était de quelques dizaines de milliards d’euros seulement.

Ma méthode de calcul utilise la règle suivante. À son entrée en fonction, un gouvernement se voit attribuée une dette publique de 0. Ensuite, pour chaque année au pouvoir, s’ajoute la part du déficit public (ou dans certains cas la soustraction de l’excédent) du budget de l’État hors charges des intérêts, ainsi que la part des intérêts au pro rata de sa responsabilité pour les années passées. Une fois que le gouvernement a perdu le pouvoir, seule sa part des intérêts lui est ajoutée d’une année sur l’autre. Cela signifie qu’une partie du déficit constaté l’an dernier est attribuée à François Mitterrand, au titre des intérêts versés sur ses dépenses non financées d’il y a 25 ans.

Le tableau suivant illustre ces calculs en prenant l’exemple de Valérie Giscard d’Estaing entre 1974 et 1983. Les données en bleu sont fournies par la comptabilité publique. Un déficit négatif est un excédent.

Avec cette méthode de calcul, on arrive à des résultats très différents de ce qui est généralement admis.

D’abord la droite ne produit certainement pas moins de déficit durant ses mandats que la gauche. On remarque même que Lionel Jospin apporte une contribution négative à la dette publique, non qu’il n’ait fait voter des budgets à l’équilibre, mais parce qu’il a en partie payé les intérêts de la dette de ses prédécesseurs sans avoir à emprunter.

Enfin, et surtout, plus de la moitié de la dette publique est attribuable aux Trente Glorieuses. On dit souvent que la dette publique est une façon de faire payer les petits enfants pour leurs grands-parents. Et on le dit généralement en pensant à nos propres petits-enfants. Eh bien non, les petits-enfants, c’est nous !

Il faut cependant se garder de faire de l’équilibre des comptes publics le critère primordial d’une bonne gestion… en tout cas tant qu’on reste loin de la détresse financière. La bonne gestion de l’État consiste à ne réaliser que des dépenses dont l’utilité pour la société l’emporte sur la renonciation imposée au contribuable, et sur le découragement créé par la fiscalité. L’arbitrage entre payer maintenant et plus tard est plus une question d’équité entre générations que d’efficacité de la politique publique.

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