Made in France : la solution ?

En France , le « made in France » avait fait sensation au début de la campagne présidentielle. On peut même dire qu’il a donné le « la » d’une campagne quelque peu déprimante. Analysons-en les tenants et aboutissants en détail.

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Made in France : la solution ?

Publié le 23 mai 2012
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En France , le « made in France » avait fait sensation au début de la campagne présidentielle. On peut même dire qu’il a donné le « la » d’une campagne quelque peu déprimante. Analysons-en les tenants et aboutissants en détail.

Par Pierre Garello.
Article publié en collaboration avec Un monde libre.

En France , le « made in France » avait fait sensation au début de la campagne présidentielle. On peut même dire qu’il a donné le « la » d’une campagne quelque peu déprimante. A quelques jours des élections, il est sans doute nécessaire de revenir sur cette « vague » (Note de Contrepoints: article paru initialement fin avril 2012).

Rappelons d’abord quelques chiffres. Si « la France » importe dans presque tous les secteurs de l’économie, ces importations sont particulièrement importantes dans les secteurs des produits industriels (181Mds€), des équipements électriques, électroniques et informatiques (96,7Mds€), dans les matériels de transport (64,3Mds€), et dans le secteur de l’énergie (pétrole, gaz, produits raffinés : 47,3Mds€). Sans surprise, nos importations de services représentent des sommes bien moins importantes puisque le service demeure bien souvent une activité par essence de proximité.

Ces chiffres d’importations sont-ils une mauvaise nouvelle ? Pour répondre il faut se tourner vers les chiffres des exportations cette fois-ci, et ceux-ci indiquent que la France exporte également dans ces secteurs, et souvent pour des montants à peu près identiques ! « Nous » importons et exportons des voitures ; « nous » importons et exportons des avions, « nous » importons et exportons des produits électroniques, « nous » importons et exportons des produits alimentaires, etc. Il n’y a guère que dans le secteur de l’énergie que nous importons beaucoup plus que nous exportons.

Allons plus loin : lorsqu’on importe un produit, il y a bien souvent des composantes qui viennent de France. Prenons par exemple une voiture allemande, conspuée d’ailleurs par M. Bayrou qui roule donc… en Audi (!). Une Audi peut être équipée de pneus Michelin : plutôt une bonne nouvelle pour la firme française. Par ailleurs, les importations sont souvent des importations de produits intermédiaires. Par exemple, on importe du pétrole ou des composants afin de produire des biens en France qui seront ensuite exportés. Réduire ces importations pénaliserait lourdement nos exportations !

La question des importations et des exportations et donc bien plus complexe qu’on le prétend. Et freiner les importations en augmentant les tarifs douaniers par exemple, ou en mettant des quotas aurait pour résultat que les produits coûteraient plus cher et seraient dans bien des cas de moins bonne qualité. Donc les entreprises françaises paieraient un prix plus élevé pour leurs fournitures et donc auraient plus de mal… à exporter.

La France est cinquième exportateur mondial. Faudrait-il se couper du monde avec une politique protectionniste ? En particulier à l’égard de l’Asie ? Ces pays répondront par des représailles. Et si « nous » ne commerçons plus avec l’Asie, nos exportations baisseront de façon substantielle. La France est aussi le cinquième PIB mondial (derrière les États-Unis, la Chine, le Japon et l’Allemagne). L’analyse économique nous enseigne que l’on se développe en échangeant (principe de la division du travail). Une économie développée est donc systématiquement une économie qui exporte beaucoup et qui importe beaucoup.

Beaucoup critiquent le « modèle allemand ». Il y a de bonnes choses faites en Allemagne et il y en a de mauvaises. Sans doute pouvons-nous nous inspirer de certaines politiques globales qui visent à faciliter la création d’entreprises, qui facilitent la fluidité de la demande et de l’offre de travail, qui permettent l’innovation dans les secteurs de la formation et de l’apprentissage, qui maintiennent les charges sociales à un niveau raisonnable. Par contre, évitons les « paris fait par la Nation » du genre : « nous allons conserver nos industries et développer nos propres sources d’énergie ». Non pas que l’industrie soit un mauvais secteur ou que les nouvelles sources d’énergie ne soient pas intéressantes. Mais concentrer toute l’énergie des entrepreneurs et des employés (et des contribuables) dans une direction choisie par un groupe d’experts soi-disant éclairés est extrêmement dangereux. Les politiques industrielles, qui reviennent à la mode dans le discours politique, font plus de mal que de bien pour la bonne et simple raison que les décideurs ne sont jamais… les payeurs.

Le « made in France » est en réalité un argument populiste, dangereux et sans aucun fondement théorique. Pour ceux qui mettent en avant ces arguments, la France va mal à cause des autres et il faudrait vivre en autarcie. Cette position est ridicule. Ce qu’il faut souhaiter c’est que la terre entière achète du « Made in France » parce que nos produits auront une réputation de bon rapport qualité/prix. Voilà ce que nous devons viser.

Pierre Garello le 19 avril 2012 –

(*)Pierre Garello est professeur d’économie à l’Université d’Aix-Marseille et directeur de recherches à l’Institut de recherche en économie et fiscalité.

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