Déconstruire le démocratisme

C’est fou comme la propagande officielle est efficace. Osez suggérer que la démocratie parlementaire pourrait ne pas être le nec plus ultra des régimes politiques, et vous aurez les mêmes réponses toutes faites, qui ont dû être inlassablement répétés pour rentrer ainsi identiques dans les têtes de millions d’occidentaux.

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Démocratie Vote Elections (Crédits : Theresa Thompson, licence Creative Commons)

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Déconstruire le démocratisme

Publié le 17 mai 2012
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C’est fou comme la propagande officielle est efficace. Osez suggérer que la démocratie parlementaire pourrait ne pas être le nec plus ultra des régimes politiques, et vous aurez les mêmes réponses toutes faites, qui ont dû être inlassablement répétés pour rentrer ainsi identiques dans les têtes de millions d’occidentaux.

Par François-René Rideau.

C’est fou comme la propagande officielle est efficace. Osez suggérer que la démocratie parlementaire pourrait ne pas être le nec plus ultra des régimes politiques, et vous aurez les mêmes réponses toutes faites, qui ont dû être inlassablement répétés pour rentrer ainsi identiques dans les têtes de millions d’occidentaux. Ces réponses ne nécessitent aucune réflexion, ce sont des réflexes défensifs ; ils servent justement à interdire toute réflexion, ce sont des méthodes d’arrêtducrime orwellien, permettant d’éviter tout crimepensée contre l’orthodoxie officielle.

Tout d’abord, il y a bien sûr, chez les semi-cultivés, l’argument d’autorité, avec la citation de Churchill « la démocratie est le pire des régimes — à l’exception de tous les autres ». L’avantage est que la citation étant une boutade, on pourra vous accuser avec condescendance de manquer d’humour si vous osez la prendre au sérieux de façon critique, mais vous ferez partie de la joyeuse bande si vous la prenez au sérieux comme argument d’autorité pour abandonner tout sens critique.

Dans la lignée de Churchill, il y a bien sûr le point Godwin. Si vous osez critiquer la démocratie, vous êtes ipso facto un partisan de la dictature, du national socialisme, du communisme, et de tout autre croquemitaine que vous aurez omis de critiquer profusément comme préalable à tout commentaire négatif sur la démocratie. Peu importe qu’une telle critique, ne s’adressant pas à une croyance que possède l’interlocuteur, aurait été par là non pertinente au débat. Toute critique de la démocratie qui ne commence pas par confirmer d’avance la démocratie au pinacle des régimes politiques est sacrilège. Il est alors de bon ton de rejeter toute opinion que vous émettrez de par son association supposée aux idéologies damnées ; vous aurez beau nier partager ces idéologies, vous serez taxé de participer de leur dérive anti-démocratique. Et peu importe si vos opinions sont d’un bon sens universel (vous affirmez que 2 et 2 font 4 ? Mais c’est bien ce qu’on enseignait dans les écoles du troisième Reich ! — certes mais…), ou ont été en opposition directe avec toutes les idéologies totalitaires (le capitalisme ? Hitler était pour ! — ah bon ?) car ce qui importe dans la calomnie, ce n’est pas tant la validité logique de l’anathème que l’entachement par la marque indélébile de l’hitlérie vaincue.

Implicite dans le point Godwin bien sûr, est l’argument selon lequel « Nous (les démocraties occidentales) avons combattu le diable, donc nous sommes du bon côté, et ceux qui sont contre nous sont pour le diable. » Or, bien sûr, Hitler n’était pas le diable, et ses ennemis n’étaient pas des anges. Ainsi par exemple, Staline, son ennemi (sur le tard certes), a massacré bien plus d’innocents qu’Hitler ; son inimitié avec son ancien allié n’en a pas fait un ange. Et si c’est le caractère tardif de cette inimitié qui disqualifie Staline comme contrexemple, lisez donc les mots plutôt admiratifs (quoique réservés) de Churchill sur Hitler dans sa biographie d’avant guerre. Bref, en tant qu’argument logique, tout cela ne vaut rien. C’est au contraire un appel à l’émotion dont le but est d’étouffer toute raison. Il s’agit, à coup d’associations et dissocations entre amis et ennemis, de projeter un cadre binaire entre démocratie et non-démocratie, et de forcer l’interlocuteur à choisir son camp par un chantage affectif.

Tout aussi implicite dans l’argument ad hitlerum et ses variantes, le critère selon lequel le fait que la vie est plus douce dans les démocraties occidentales modernes que dans l’Allemagne nazie, la Corée du nord communiste ou tout autre régime honni, fait de « la démocratie », concept jamais précisé, le meilleur régime au monde. C’est mettre la barre bien bas pour juger de la démocratie et lui attribuer la perfection politique, alors même que l’on semble exiger de toute idée rivale qu’elle ait déjà réalisé le paradis sur terre avant de lui donner voix au chapitre. Encore une fois un deux poids, deux mesures caractéristique de l’arrêtducrime : tous les arguments sont bons pour justifier l’orthodoxie et rejeter l’hétérodoxie ; il ne faut jamais appliquer un argument universellement à toutes les thèses en présence, mais seulement éristiquement à celle que l’on veut favoriser ou contrer.

D’ailleurs, si on creuse, s’agit-il bien de la démocratie qui rend ces pays occidentaux si libres et prospères, ou la démocratie est-elle un parasite qui se repaît de la liberté et de la prospérité de ces pays, qu’elle détruit lentement ? Cela pourrait-il expliquer pourquoi la démocratie est un échec patent dans tous les autres pays où elle a été essayée, qui n’avaient pas de tradition de liberté et de prospérité antérieure et supérieure à ladite démocratie ? De telles suggestions horrifieront le bon croyant. À l’ère de l’antiracisme et du relativisme culturel, autant suggérer que les autres pays votent mal parce qu’ils sont peuplés de bougnouls. Or, les différences génétiques et culturelles n’ayant par axiome aucune incidence sur le sort du pays, la seule explication possible est celle de la prévalence ou non dans ces pays de la Démocratie, substance aussi rare que mystérieuse qu’il faudra cultiver, ou encore l’intervention faste ou néfaste d’une puissance étrangère. Pour le bon croyant, si la démocratie ne fonctionne nulle part où on l’essaie en dehors de l’Occident, que ce soit en Russie, en Algérie, au Zimbabwe, en Palestine, au Venezuela, en Malaisie ou ailleurs, cela n’est par définition jamais la faute de la Démocratie (forcément avec un D majuscule), mais au contraire d’un défaut de démocratie. Peut-être faut-il qu’un sauveur américain vienne apporter la vraie démocratie ; ou peut-être un sauveur anti-américain ; mais enfin, vivement un sauveur ou autre homme providentiel tout de même pour arrêter les dégâts. Si les citoyens votent mal, qu’on les juge soit trop à gauche, soit trop à droite, soit trop religieux, soit trop anti-religieux, soit trop raciste, soit trop partisan, ce n’est pas parce que la démocratie est fondée sur des prémisses absurdes et des incitations perverses ; c’est parce qu’il n’y a pas assez de démocratie.

J’aimerais bien qu’on me donne un démocratomètre permettant de mesurer le degré de démocratie d’une nation. Cela se compte-il à la fréquence des élections ? À leur taux de participation ? Au nombre de factions qui se disputent le pouvoir et à la fréquence de leur alternance au pouvoir ? À la divergence violente d’opinion entre ces factions opposées ou au contraire leur consensus par lequel les électeurs sont privés de choix véritable ? Au degré de soutien électoral au leader bien aimé, ou au contraire au dégoût avec lequel il est à peine préféré à son rival malheureux ? Ah soudain, j’en vois mesurer le degré de santé « démocratique » d’un pays en regardant s’il y règne la liberté d’expression et d’action, ou si on y subit l’arbitraire politico-administratif qui opprime quand il est appliqué, et par la corruption duquel les multiples détenteurs de ce pouvoir rackettent les citoyens quand ils acceptent sélectivement de les épargner. Mais quel rapport y a-t-il là à la démocratie en tant que régime politique ? Aucun. Pour autant que ces mesures mesurent effectivement la santé d’un pays, c’est en mesurant effectivement le degré de libéralisme, de liberté individuelle, et non pas de quelconque « démocratie ».

Si vous ne pouvez dire ce que vous pensez ni faire ce que vous voulez, alors il devient très important de savoir qui sera au pouvoir, élu ou pas élu. Mais si vous êtes libre, qu’importent les rigolos qui se parent de titres qui ne vous concernent pas, élus ou non élus ? Un pays où se fait toujours élire le même président à la tête de son parti qui contrôle le pays est tout à fait démocratique. Mais il n’est pas libre. L’Establishment d’un tel pays a une plus étroite mainmise sur la société que celui d’un pays occidental, mainmise dont il use violemment et maladroitement ; cela ne veut pas dire que le gouvernement ne résulte pas d’une élection chez l’un, ou que l’Establishment ne contrôle pas fermement le pouvoir chez l’autre. En fin de compte, ce qui compte n’est pas tant de savoir par quel moyen technique la personne au pouvoir y est arrivé, mais de savoir si cette personne possède le pouvoir de vous imposer ce que vous ne voulez pas ; le problème n’est pas le mode de détermination des détenteurs du pouvoir, le problème est le pouvoir politique lui-même. Alors qu’apporte de magique la démocratie ? Et d’ailleurs, qu’est-ce donc que la démocratie ?

Car la confusion règne sur ce qu’est la démocratie. La Démocratie, c’est le Bien par définition, par axiome. Être opposé à la Démocratie, c’est le Mal par le même axiome. Quiconque voudrait jeter un regard critique sur cet axiome est ipso facto un idéologue dogmatique, qui se rapproche forcément des idéologies nauséabondes que tous condamnent. (Si ça n’est pas l’orthodoxie officielle, c’est une idéologie ; si c’est l’orthodoxie officielle, c’est simplement la vérité évidente que toutes les personnes saines reconnaissent comme telle.) Et comme nul ne jette de regard critique, ce qu’est précisément la Démocratie n’est pas claire ; axiomes autoritaires et phrases toutes faites se conjuguent mal avec la compréhension de ce que peuvent bien vouloir dire les mots familiers que l’on ânonne sans cesse dans le bon ordre, et qui n’ont par là de « sens » que comme mantra répétée pour éloigner le mal. La Démocratie est un Bien, convenons-en, mais de quel Bien s’agit-il donc ?

S’agit-il d’un principe électoral ? S’il y a des urnes qui sont proprement employées, selon l’une des centaines de variantes répertoriées, alors il s’agirait d’une démocratie… et s’il en sort que Robespierre, Napoléon, Hitler, Allende, le FIS, Putin, Mugabe ou tout autre personnage infâme est élu, ce serait forcément que quelqu’un a truqué l’élection, qui a été volée, ou manipulé la campagne, qui a été faussée — car le peuple est infaillible et la démocratie marche par définition, seule une infâme machination peut donner lieu à un résultat mauvais au sortir des urnes.

S’agit-il d’un principe partisan ? Si les hommes au pouvoir chantent les louanges de la démocratie, alors il s’agirait d’une démocratie. Si au contraire ils ne défendent pas l’idéologie démocratique, ils ne sont pas d’authentiques démocrates. Quand bien même une majorité voterait pour eux, ce serait le résultat d’une manipulation, d’une « fausse conscience ». Les authentiques démocrates cherchent à satisfaire le Peuple, leur opposition n’est faite que de populistes qui en appellent aux bas instincts de la vulgate. Si le peuple vote mal et que les authentiques démocrates ne sont pas élus, c’est donc par définition qu’il n’y a pas assez de démocratie. Vive le parti démocrate.

Ou s’agit-il d’un principe transcendantal ? Par un Mystère quasi-divin, l’issue des urnes se transsubstantie en Volonté du Peuple. Il ne s’agit plus de la simple expression par une majorité relative d’électeurs d’une mince préférence parmi deux choix qu’on leur a présentés ; il s’agit de Volonté du Peuple, d’un mandat qui fait de l’élu le représentant de tous les habitants de son pays ou sa circonscription, même ceux qui ont voté contre lui, même ceux qui n’ont pas voté, même ceux qui n’ont pas le droit de vote, même ceux qui sont arrivés après l’élection, même ceux qui ne sont pas « citoyens ». Par ce mandat, il possède une procuration de la part de toutes ces personnes, et peut prendre en leur nom des décisions qui les concerneront tous. Le résultat est bon et juste et nul parmi eux n’a rien à redire puisque c’est « eux » qui l’ont élu. Si la démocratie a de mauvais résultat, c’est que le peuple est mauvais et l’a bien mérité.

On pourra combiner ces principes : le peuple n’est jamais si bien servi que par le Parti du Peuple, qui s’il perd parfois contre le parti des démagogues populistes, exprime néanmoins la véritable Volonté du Peuple, qu’il sait lire à travers les opinions électorales issues des manipulations de l’Anti-Peuple. C’est ainsi que la Démocratie justifie le pouvoir arbitraire de la bureaucratie inamovible non élue du Service Public, pouvoir illimité puisqu’il traduit la Volonté du Peuple, transmise par les politiciens élus, malgré ceux du mauvais parti, en une seconde Transsubstantiation Mystérieuse. Les authentiques démocrates sont donc les experts à la main sur le cœur qui guident le peuple contre les velléités de l’issue des urnes.

Bref, quoi que vous direz, en fin de compte, la Démocratie, c’est Bien, toutes les choses Bien naissent de la démocratie, tous les démocrates ont un bon fond, et tous les gens bien sont démocrates. Les ennemis de la démocratie sont tous des Méchants, et tous les Méchants (notamment les électeurs d’en face) sont en fait des Ennemis de la Démocratie (la vraie) ; on ne devrait pas laisser se présenter de tels candidats ni laisser répéter leurs slogans anti-démocratiques. Il devrait y avoir des limites au Mal. Après tout, la démocratie c’est le « gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple », quoi que cela puisse bien vouloir dire, et le peuple c’est bien. Se dire contre la démocratie, c’est se dire contre le peuple ; c’est donc identique à prétendre massacrer le peuple en un vaste génocide.

Le mot « Démocratie » n’est bien sûr pas le seul à régner incontestable et incontesté parmi les étiquettes axiomatiques du Bien, après avoir détrôné le mot « Dieu » et la Religion. Ainsi par exemple le mot « République » est aussi sacré. « La République » de Platon peut et doit donc être vénérée au seul titre que son titre (traduit en français moderne) est ce mot sacré ; peu importe le contenu totalitaire, sexiste, esclavagiste du système de caste rigide offert ; si le nom est bon, tout est bon. « Citoyen » se place bien haut aussi. Vous n’aurez aucun mal à trouvez les mots clefs dénotant axiomatiquement le Bien et ceux affublant axiomatiquement le Mal.

C’est pourquoi, en conclusion, je me garde de critiquer le moins du monde la Démocratie. La Démocratie, c’est Bien. Par définition. Prétendre le contraire implique de parler une langue aussi étrangère au français contemporain que de blasphémer contre l’Église aurait été étranger au français d’il n’y a pas si longtemps. Non. Je veux parler français. Je ne me battrais pas sur les mots. J’accepte les mots. Maintenant je me bats sur leur sens. Donc, bien sûr la Démocratie, c’est Bien. La République, c’est Bien. La dérive anti-démocratique, c’est Mal. L’action Citoyenne, c’est Bien. Et justement, je trouve que tout ce processus électoral n’a rien de démocratique, voyez-vous ; le monde serait plus démocratique si chaque citoyen pouvait influencer directement aux décisions de la société à hauteur de ses propres contributions sans passer par l’intermédiaire d’un monopole fait d’hommes politiques et de bureaucrates. Ce que je combats dans le régime actuel, ce n’est évidemment pas la Démocratie, qui est Bien, mais l’apparence de démocratie, ce n’est forcément pas la République, qui est au-dessus de tout, mais ce qui n’a de république que le nom. Et c’est pourquoi je ne propose surtout pas de combattre la démocratie, mais je propose au contraire de la renouveler et de la rendre plus citoyenne. Vive la démocratie !

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  • Très bon article, Faré ! Avec quelques remarques lumineuses ! Le cas de « la république » de Platon m’a fait immédiatement penser au journal italien « La Republica ». Hormis son existence, je ne connais rien de ce journal, mais il me fait d’avance l’effet d’un journal sérieux, modéré et de qualité rien que par son titre. On devrait tenir compte de cet effet dans nos entreprises (non pas que Contrepoints soit mal choisi) et piocher sans vergogne dans le vocabulaire officiel. Je verrais bien un journal libertarien publié sous le nom de « le progrès ! » par exemple. Vu que le monde libertarien serait un progrès par rapport à celui-ci…

  • J’aime ! =)
    La démocratie directe accompagnée d’une bonne monarchie, voilà la solution

  • Excellent article, particulièrement au niveau de la conclusion où il ne sert à rien de déconstruire le langage actuel et de redéfinir les termes d’un point de vue libéral.

    Il faut au contraire employer les termes de l’adversaire, qui sont largement employés, acceptés par tous et connotés comme ce qui est moralement bien.

    Par exemple :

    Le libéralisme est l’idéologie de la REGULATION, il permet de régler les comportements humains et des entreprises ( banques en particulier) pour éviter les crises que l’on connait aujourd’hui. La finance a été dérégulée par manque de libéralisme et trop d’intervention d’Etat.

    Les interventions d’Etat au contraire, dérégulent le marché économique.

    Le « vivre-ensemble » est assuré par l’idéologie libérale, qui protège les individus de toutes agressions et assurent la coopération pacifique.

    Au contraire l’Etat providence détruit ce « vivre-ensemble », cette cohésion sociale, en légitimant le vol de tous sur tous.

    La recherche du profit par l’entrepreneur, en répondant à la demande des consommateurs par la production de services et biens ,est un geste civique. Puisqu’il faut se plier aux désirs des autres, donc de la société.

    La redistribution des richesses est effectuée lors des processus de libre -échange et de profits et pertes.

    Etc…etc…

    S’acharner à expliquer les slogans tels « laisser faire, laisser passer » ou  » la main invisible » prend trop de temps et suscite au mieux l’incompréhension de son contradicteur, au pire sa colère et son mépris.

  • Un article dont j’aurais été fier d’être l’auteur – me voilà jaloux du talent de Faré 🙂

  • La critique n’est-elle pas elle-même un peu caricaturale, avec tous ces propos pro-démocratiques peu fins et ces majuscules ?
    Dans son Cours familier de philosophie politique, Pierre Manent présente la démocratie comme l’un des facteurs de la division du pouvoir : une répartition des rôles entre gouvernants et gouvernés fait simplement partie des outils de check

    • Pardon pour l,interruption :
      …and balance, d’une répartition du pouvoir, qui, sans constituer aucune forme de graal politique n’en est pas moins un mécanisme souvent efficace de préservation des libertés individuelles.
      On peut regretter que la démocratie soit devenue un ‘mot de passe’ pour dire tout ce qui semble bon en politique, et que l’on fasse souvent un amalgame entre les droits individuels et la démocratie – ce qui occulte le fait que les deux ressortissent de principes,opposés, qu’il faut souvent les hiérarchiser, et que lorsqu’on le fait, il est conforme à l’idée d’etat de droit qu

      • Désolé, encore une fausse manip’
        ….que l’on privilégie les droits individuels. Mais tout ça est pleinement compatible avec l’apologie churchilienne de la démocratie, et avec une position parfaitement libérale, argumentée et pertinente.
        On peut être agacé par le discours pro démocratique non argumenté, mais les lobéraux devraient être bien placés pour éviter de s’attaquer à des positions faibles et un peu caricaturales. Si la démocratie n’est pas la panacée informe qu’on nous vend parfois, elle mérite mieux qu’une réaction d’humeur – réaction que je partage sans réserve en entendant certains discours, mais qui ne devrait pas guider la réflexion politique.

        • Justement, je crois que la démocratie n’est plus défendue au nom des ses premières vertus libérales (division du pouvoir, possibilité de virer les dirigeants) c’est-à-dire comme un moyen d’atteindre un certain type d’objectif, mais comme une fin en elle-même indépendamment d’un quelconque objectif. Et dès que tu essayes de faire comprendre qu’il existe des principes supérieurs à la démocratie, tu te ramasses l’avalanche de poncifs énumérés ici.

          • « La démocratie n’est plus défendue au nom des ses premières vertus libérales  »
            Mais de qui parle-t-on ? De mon voisin stupide ? Des journalistes des inrocks ou du Monde diplo ? Ou de la vraie réflexion politique ? Si on se contente de parler des premiers, on ne produit pas plus qu’une sorte de billet d’humeur. Si l’on parle des autres, il faut prendre la version la plus solide et on s’y mesure – c’est ainsi que l’on évite le strawman, et qu’on produit une argumentation vraiment forte, non ?

            Quand Ortega y Gasset, par exemple, défend la démocratie libérale comme l’un des achèvements les plus hauts de la culture occidentale et qu’il en prend la défense avec des nuances très fines, ne rend-il pas un peu caduques les protestations vagues contre un démocratisme grossier ?
            Les démocrates brutaux et caricaturaux ne pêchent pas en tant que démocrates, mais en tant que brutaux et caricaturaux. Encore une fois, le libéralisme est lui-même tellement soumis à ce type d’attaques, qu’on pourrait attendre plus de finesse de la part des libéraux dans ce type de discussion.

  • Le drame de la révolution française est d’avoir réduit à néant l’habitude de critiquer la qualité d’un gouvernement en considérant que ce qui est issu de la volonté générale est forcément bien. La position sur la démocratie est issu de ce mensonge. J’ai la mauvaise habitude de reprendre les méthodes d’Aristote et de Saint Thomas d’Aquin sur la critique du gouvernement sur sa légitimité d’origine ou d’exercice. Au fond la position de bon sens est de Hayek pour qui peu importe la forme du gouvernement pourvu que celui-ci ne limite pas la liberté des individus.

    • « peu importe la forme du gouvernement pourvu que celui-ci ne limite pas la liberté des individus. »

      On peut se désintéresser de la question, mais non prétendre qu’elle est sans intérêt : oui ou non la démocratie est-elle le régime le mieux adapté à cette fin, ou sinon lequel fait mieux ? Ou bien la réflexion et l’expérience montrent-ils selon vous que tous les régimes se valent dans cette perspective ?

      J’ai du mal à comprendre cette tendance à jeter le bébé avec l’eau du bain. Ce n’est pas parce que la plupart des défenses et illustration de la démocratie sont naïves et caricaturales que la démocratie elle-même est en défaut, et que cela dispense de réfléchir au meilleur régime – ce que certes n’auraient approuvé ni le Stagirite, ni le Docteur Angélique.

      • Justement la recherche du meilleur régime a été abandonné après les Lumières et la Révolution Française. La volonté du peuple s’exprimant ce qui en sort ne peut être que le meilleur régime, ce qui nous a conduis à expérimenter le premier régime totalitaire au monde avec la 1ère république (Convention)!! De fait les mots ne veulent plus rien dire. Etymologiquement démocratie renvoi au peuple se gouvernant en vu de ses intérêts propres et non du bien commun (sinon c’est la république, dixit Aristote). D’un autre côté la Vème république est elle une démocratie avec son régime semi présidentiel, l’Angleterre avec sa monarchie parlementaire??? À mon sens la forme des régimes est issu de l’évolution des pays et de la légitimité qu’ils détiennent de leurs origines. La défenses des libertés n’agit dès lors qu’à la marge mais peut parfois être déterminante (relire Burke). Pour moi il faut regarder au sein de chaque pays et de chaque systèmes, essayer d’en comprendre les ressorts et leurs origines et à partir de là réfléchir à comment préserver les droits et libertés individuelles.

        • « la recherche du meilleur régime a été abandonné après les Lumières et la Révolution Française »
          Je ne comprends pas, qui a abandonné cette recherche ? Les philosophes, les critiques de la démocratie libérale et des « droits formels » et des « libertés bourgeoises ». La discussion n’est-elle pas au coeur des rapports internationaux (ex. des pays arabes, de la Russie, etc.), des perspectives de développement, des entreprises wilsoniennes des USA etc. ? Les libéraux les premiers ont maintenu vivante cette réflexion, et on ne oit guère comment affirmer aussi simplement qu’elle n’existe plus. Et la réflexion philosophique, de Leo Strauss à Pierre Rosanvallon en passant par Popper, Rawls, sans compter tous les détracteurs de la démocratie libérale ?, et l’opposition très actuelle entre démocratie « participative » et parlementaire, tout cela est-il aussi nul et non avenu ? Dire que la démocratie n’est plus un enjeu depuis la révolution n’est brai ni sur le plan politique, ni sur le plan intellectuel, ni sur le plan intérieur, ni sur le plan international.

          « Etymologiquement démocratie renvoi au peuple se gouvernant en vu de ses intérêts propres et non du bien commun (sinon c’est la république, dixit Aristote). D’un autre côté la Vème république est elle une démocratie avec son régime semi présidentiel, l’Angleterre avec sa monarchie parlementaire »
          Là encore, vous jetez le bébé avec l’eau du bain. Oui, les choses sont plus compliquées qu’on le croit en général, mais elles ne sont pas si impénétrables qu’il faille renoncer au concept et à la réflexion sur le sujet. Cela me semble d’ailleurs un travers un peu post-moderne : tout cela est très compliqué, passons à autre chose.
          Mais oui, des scrutins réguliers et sincères, adossés à certaines moeurs et une certains éducation sont bien des marques de démocratie tout à fait importantes. Et si j’avais un enfant à faire naître dans le monde demain sans savoir d’avance sa position, je choisirais sans aucun doute une démocratie libérale.

          « il faut regarder au sein de chaque pays et de chaque systèmes, essayer d’en comprendre les ressorts et leurs origines et à partir de là réfléchir à comment préserver les droits et libertés individuelles »
          Mais cela inclut totalement la réflexion sur la démocratie.

  • « chaque citoyen pouvait influencer directement au décisions de la société à hauteur de ses propres contributions sans passer par l’intermédiaire d’un monopole fait d’hommes politiques et de bureaucrates. »
    ça s’appelle le marché (lorsqu’il est libre) 😉

    • @burke, « Mais de qui parle-t-on ? » Bravo, tu as démontré qu’il s’agit d’un billet d’humeur et pas d’une thèse de doctorat. C’est vrai qu’on avait failli se tromper… Mais reconnaît au moins que c’est un bon billet d’humeur.

      • Franchement, je vais même dire que mon aigreur relève de la déception parce que je me suis régalé avec le début, et j’ai trouvé la suite moins bonne. Mais en fait, je suis bien d’accord, c’est un bon billet qui nous fait sentir moins seul face au démocratisé dégoulinant, et j’aurais dû le dire aussi…

  • De toute façon un libéral est anti-démocrate.
    Un libéral considère l’individu comme seul souverain.
    Un démocrate considère « le peuple » comme souverain.

    D’ailleurs les pays de l’est étaient des Républiques Démocratiques (RDA).
    Les pays démocratiques sont la dictature de la majorité ( entre les mains d’un petit groupe).
    Le processus électif est seulement considéré comme un moyen pour les libéraux de gérer les conflits d’une manière pacifique, en respectant les individus.

    • Pas forcément, ce qui importe est que le souverain respect et protèges les droits et libertés individuelles. En Angleterre le souverain est une reine et pourtant ce pays est plus libre que nous.

      • AH AH AH

        Je suis ton maître, tu es mon esclave… je te respecte et protège tes libertés.
        Tu as vu la Reine d’angleterre, plus grosse fortune anglaise.
        Elle défend ses intérêts point-barre.

        • Vous recherchez la perfection et cela ressemble fort à une abstraction. La réalité ne pourra jamais vous contenter et chaque fois que l’on a tenté, dans l’Histoire, à mettre en œuvre une telle abstraction cela s’est terminé par des monceaux de cadavre (1ère république, Communiste, National Socialisme). Il faut partir de ce que l’on à, de l’Homme, de son imperfection et de sa place dans l’Histoire et l’espace. C’est peu à peu que nous ferons avancé la cause des libertés, pas par une table rase.

  • L’essentiel est d’empêcher les abus de pouvoir, et d’avoir un recours réel, efficace et rapide contre ceux qui se produiraient malgré tout (l’homme étant homme).

    Pas de laisser s’exprimer tout le monde.

    Donnez moi un régime qui permet ça, sans me laisser « voter » une seule fois de ma vie, je signe tout de suite.

    Aujourd’hui, on vote, et tout n’est qu’abus, et on n’a aucun recours.

    • Et tu penses à quel régime politique concrètement ?

      • Je n’ai pas de réponse à cette question. Ce qu’il me faudrait c’est une vaste étude des régimes politiques de toute l’humanité dans toute l’histoire, pour voir lequel a le mieux évité les abus de pouvoir et le mieux corrigé / compensé ceux qui se produisaient.

        Je suppose, mais ça reste à prouver, que de petites entités politiques sont préférables à des grosses (mais se pose alors le problème de résister à l’invasion d’une grande puissance voisine) et quelquechose de censitaire / baronie n’impliquant par trop de monde (se pose bien sûr le problème d’empêcher cette classe de détourner le pouvoir à son profit).

        Quant à la concurrence des systèmes judiciaires (dans la partie « recours »), je demande à voir où ça s’est pratiqué et comment ça a marché.

        De toutes façons, l’individu doit préférer avoir certains moyens de résistance à l’oppression à portée de main, comme petite garantie.

        • La solution c’est une confédération avec droit de sécession sans limite…. Faut pas rêver 🙂

          • Le bon régime n’est possible que si ceux chargés de le mettre en œuvre le veuille bien. La solution anarcho capitaliste est séduisante sur le papier, irréalisable en pratique. Le bon gouvernement est un combat de chaque instant et une attention constante aux actes des gouvernants. En cela le vote est un moyen de régulation intéressant mais à mon avis insuffisant. Je reste attaché aux idées de Montesquieu des auteurs du fédéraliste et de Constant: division du pouvoir, équilibre et collaboration entre eux, respect des minorité, concurrence des légitimités.

  • Excellent article. Faré devrait écrire plus souvent pour Contrepoints. En plus il écrit bien.

  • « La différence entre la théorie et la pratique, c’est qu’en théorie, il n’y en pas »

    Démocratie Théorique vs Démocratie Pratique.

    En théorie : équilibre des forces, paix. En pratique : abus de pouvoir, crises.

    On en déduira qu’il existe deux solutions simples :

    1) Si fondamentalement on ne fait pas confiance aux hommes pour se gouverner eux mêmes, alors mieux vaut instaurer un mécanisme réduisant la fréquence et l’impact des crises : gouverne un « dictateur élu » par 80% des votes, jusqu’à ce qu’un autre, arrivant à 80%, le remplace, quand le premier aura trop abusé de son pouvoir. Bref, la dictature sans son inconvénient (le dictateur qui refuse de partir), l’équation grec résolue.

    2) Si fondamentalement on fait confiance aux hommes pour se gouverner eux même, alors mieux vaut l’état de droit avec de vrais garanties d’indépendance des pouvoirs : exécutif et judiciaire fonctionnarisé, promotion à l’ancienneté + hasard, mandats courts non renouvelables, régime de referendum permanent pour toutes les lois avec possibilité de déléguer son vote à qui l’on veut, quand on veut, sujet par sujet.

    Dictateur vs Dictature de l’opinion, en somme.

    Le régime actuel est un mix de ces deux extrêmes, avec des petits dictateurs organisés en oligarchie se disputant les belles places à coup de manipulations périodiques de l’opinion en période électorale.

    Dans les deux cas, la prochaine révolution sera technologique, le vote continuel devenant possible via Internet. Elle sera précédée par des sondages permanents de plus en plus fiables et légitimes.

  • La confédération avec droit de sécession illimité existe dans un seul pays au monde: Le Liechtenstein

  • Bon et si l’on montrait quelques exemples historiques exemplaires (si possible datant de moins d’un millénaire), sur les quels baser ces élucubrations ?

  • Article intéressant mais tout de même condescendant, c’est dommage… Cependant, des choses justes émergent d’un argumentaire aussi caricatural que celui que pourrait opposer un fanatique de la démocratie. J’ai beaucoup apprécié l’idée que la démocratie souffre d’un vide idéologique. Il faut la définir, comme une idéologie plus globale que socialisme ou libéralisme, qui sont excessivement axées, en tout cas à notre époque, sur l’économique. Des valeurs et des idées existent déjà, qu’ils faudraient se réapproprier et transcender. Nous avons besoin de penseur sur ces questions… Vous jetterez vous à l’eau !?http://leonbellevalle.blog.lemonde.fr/2013/05/28/le-democratisme-est-il-une-ideologie/

  • Encore un article tres interessant. Il est vrai que la democratie est incriticable dans notre societe elle est svt vue comme le point culminant de notre societe mais ne pourrait-elle pas n’etre qu’un passage ? Le democratie existait dans l’antiquite en mediterrannee puis en russie au moyen-age (Novgorod, pardon pour l’orthographe) et s’est finalement effacee devant la monarchie. La democratie est sans doute par excellence le cadeau empoissonne laisse aux anciennes colonies. En Afrique la democratie se traduit par la dictature d’une ethnie ou d’un groupe. Et nous autre occidentaux a l’esprit « Noble » nous leur interdiront de vouloir sortir de ce systeme. Je partage l’avis d’autres commentateurs, la fin est un peu decevante est tombe en queue de poisson. Je reviendrai vous lire…

  • La démocratie est devenue un régime infalsifiable; elle n’est plus, comme tout régime politique, un moyen pour atteindre une finalité parce qu’elle est désormais la finalité même. Oser poser un regard critique sur ce régime divinisé par les démocratistes toujours plus nombreux est une démarche courageuse. Au fait, l’on pourrait même se faire lapider en s’engageant dans la remise en question de la démocratie. Je pense que nous devrions réinterroger les principes, les préalables et la pratique démocratiques au lieu d’en faire un style, une parure. Les gouvernements se préoccupent de moins en moins du contenu de la démocratie: pouvu qu’on soit reconnu comme démocratique. telle est la situation des pays africains dont les gouvernements sont jugés par leur niveau de démocratie. Comme si l’équation « démocratie implique développement, bien être et progrès » était seulement vérifiable. La question de l’efficience de la pratique démocratique dans nos pays du sud mérite de faire l’objet des recherches approfondies.

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