Le ralliement de Bayrou à Hollande ou l’implosion de la droite

Bayrou exprimait une famille de pensée qui a toujours été à l’opposé de cette façon de ligoter la liberté au profit des plus égaux de la Ferme des Animaux. Bayrou a plongé, voulant entraîner la cordée dans son suicide. Comment en est-on arrivé là ?

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Le ralliement de Bayrou à Hollande ou l’implosion de la droite

Publié le 4 mai 2012
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Bayrou exprimait une famille de pensée qui a toujours été à l’opposé de cette façon de ligoter la liberté au profit des plus égaux de la Ferme des Animaux. Bayrou a plongé, voulant entraîner la cordée dans son suicide. Comment en est-on arrivé là ?

Par Lucien Oulahbib.

J’avais cru en sa rigueur, même si sa première position sur le drame djihadiste de Toulouse dénonçant tout de suite « l’extrême droite » laissait à désirer. Aujourd’hui, avec son appel à voter Hollande, sa rigueur implose, et lui avec. Elle n’était rien au fond cette rigueur bien sûr puisqu’il confond tout : voyant dans le FN le danger principal alors que l’on croyait qu’il s’agissait de dénoncer les déficits, sous-tendus par l’autre incroyable déficit, celui de l’innovation intellectuelle qui précisément éviterait de refaire un NSDAP. Or, en prenant cette position, Bayrou renforce cette possibilité. Mieux encore, il légitime simultanément Mélenchon et Le Pen, à savoir le retour vers l’étatisme, puis le national étatisme lorsqu’il n’y aura plus que la fuite en avant comme unique horizon à savoir le racisme anti-riches, la sortie de l’euro, en avant vers les assignats et le culte de l’Être suprême : celui du « isme ».

Et pourtant ! Les six millions 500 000 qui ont voté pour le FN ne peuvent être réduits à « l’extrême droite » ; pas plus que ceux qui ont voté FDG. Parce que les premiers désirent seulement continuer de vivre de manière pérenne la façon française d’être du monde, et non pas évidemment croire qu’elle serait la seule possible — elle est meilleure : pour eux, c’est tout. Tandis que les seconds pensent que c’est par le collectif que le plus grand nombre est sauvé, malgré lui. Alors que le collectif ce n’est pas cela, ce n’est pas l’obligation mais la mise en commun de ce qui est nécessaire pour la liberté de chacun. Voilà pourquoi se détestent-ils tant au fond : ils sont tous d’accord pour que le collectif fasse stratégiquement sien la vie de chacun. Bayrou exprimait une famille de pensée qui a toujours été à l’opposé de cette façon de ligoter la liberté au profit des plus égaux de la Ferme des Animaux. Bayrou a plongé, voulant entraîner la cordée dans son suicide. Comment en est-on arrivé là ? À laisser croire que le fait de vouloir rester soi signifierait exclusion, racisme.

Dit-on cela de l’UK ? Voire de l’Écosse qui peut-être sortira de celle-ci en 2014 (tout en voulant garder la Livre) ? Comment ne pas comprendre que l’on ne transforme pas un peuple comme l’on fabrique un produit ; qu’il existe des libertés et aussi des coutumes, une manière d’être qui se discute ensemble, se partage, alors qu’aujourd’hui il s’agit plutôt d’exclusion réciproque. Est-ce qu’être Français est un gros mot ? Est-ce que préférer faire travailler un Français, à équivalence de compétences, est un crime ? Est-ce qu’un couple de Français modestes avec deux enfants auraient moins de droits qu’un couple d’étrangers modestes avec trois enfants pour avoir un logement social alors qu’en plus ils viennent juste d’arriver ? Est-ce que le fait de bien travailler en classe et d’être blonde doit entraîner la stigmatisation de la tête à claques réservée aux premiers de la classe, montrée du doigt, humiliée, harcelée, parfois violentée ? Voilà le cœur de la « souffrance » et peu importe si elle n’est pas vécue « majoritairement » puisqu’elle est partagée empathiquement sympathiquement par six millions voire plus… Il ne s’agit donc pas de la « peur de l’Arabe », il s’agit de la peur du rien, de ce rien sous cellophane que la gauche désire faire elle aussi glisser sur les tapis roulants du monde après l’avoir dénoncé jadis : on commence par de grandes idées, on finit par fabriquer des questions que l’on croit subversives dans les jeux de télévision dont les élections sont il est vrai le moment le plus fort.

Bayrou ne comprend pas qu’il ne s’agit pas seulement d’un problèmes de « taux ». On ne tombe pas amoureux d’un taux de croissance avait dit en son temps VGE. Mais Sarkozy pas plus ne sait ce qui se passe. Malgré les efforts d’un Longuet qui cherche à faire croire qu’il aurait « compris »; « je vous ai compris » : pas deux fois, non. C’est trop tard. Et peut-être sans doute les choses ont été trop loin pour tenter des accommodements raisonnables, comme je le croyais précédemment, car il faudrait faire de si coûteux efforts pour ajuster des positions inconciliables (enseignement et santé toujours publics pour les nationaux-étatistes par exemple) qu’il convient sans doute mieux que l’implosion fasse définitivement son œuvre afin de pouvoir construire quelque chose de plus solide, vraiment nouveau, tandis que les bases y seraient infiniment meilleures.

Entendez-vous ? L’orchestre continue de jouer…

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