Élection présidentielle : les grands écarts

duel Sarkozy Hollande

Nicolas Sarkozy et François Hollande semblent contraints à de grands écarts pour s’attirer les faveurs d’un électorat dispersé. Mais dans cette élection atypique, le choix porte davantage sur la personnalité des candidats que sur leurs orientations politiques

Nicolas Sarkozy et François Hollande semblent contraints à de grands écarts pour s’attirer les faveurs d’un électorat dispersé. Mais dans cette élection atypique, le choix porte davantage sur la personnalité des candidats que sur leurs orientations politiques. Aussi, tous les jeux ne sont pas faits.

Par Gilles Dryancour.

Le premier tour de l’élection présidentielle est riche de nombreux enseignements politiques que les grands médias ne semblent pas vouloir tirer. Le plus frappant est que le vote des Français a, en une seule journée, invalidé six mois de sondages et de doctes analyses. Aucune des tendances fortes annoncées n’a été confirmée.

Ainsi, on nous a dit que les Français trouvaient cette campagne ennuyeuse. Que l’abstention serait au rendez-vous. Le taux de participation du premier tour a été de 80%.

Depuis des semaines, on nous martèle que Jean-Luc Mélenchon faisait la meilleure campagne, qu’il serait le troisième homme. Il a péniblement rassemblé 11% des électeurs en siphonnant tout l’électorat de l’extrême gauche, réduite à néant.

De même, depuis deux mois, on nous a annoncé le décrochage régulier de Marine Le Pen dans les intentions de vote. Elle a obtenu plus de six millions de voix. Un résultat sans précédent pour le Front National.

Certes, pour les deux candidats qualifiés, pour le second tour, les projections ont été un peu meilleures. Cependant, Nicolas Sarkozy n’est pas aussi clairement distancé par François Hollande que ne l’espéraient nombre de commentateurs. Quant au candidat socialiste, il n’a que 1,5 point d’avance sur le président sortant. Soit environ 500.000 voix. En outre, il ne dispose pratiquement d’aucune réserve en dehors des voix qui se sont portées sur Mélenchon.

Toutes les fausses projections dont l’on nous a abreuvés, au cours de ces dernières semaines, ont comme un arrière-goût de manipulation. C’est comme si les grands médias ne retenaient que les projections qui confortent leurs a priori idéologiques. De facto, n’accordera-t-on que peu de crédit aux sondages qui sont diffusés depuis le début de la semaine et encore moins aux commentaires qui les accompagnent.

Ainsi, depuis l’annonce des résultats du premier tour, nombre d’analystes prophétisent la défaite de Nicolas Sarkozy au prétexte qu’il ne pourra pas réaliser le grand écart entre l’électorat de François Bayrou et celui de Marine Le Pen. Bizarrement, l’idée ne semble venir à personne que l’écart pour François Hollande est encore plus grand, obligé, pour sa part, de rassembler les électorats de Mélenchon, Bayrou et Le Pen.

Si l’on était dans un scénario de simple arithmétique politique, Nicolas Sarkozy l’emporterait facilement au second tour. Car la grande vérité cachée de ce scrutin, c’est que la droite, toutes tendances confondues, est largement majoritaire en France. À ce jour, elle représente presque 55% de l’électorat – à condition de considérer le MODEM comme l’héritier de la droite orléaniste.

Si Nicolas Sarkozy n’était pas réélu, cela ne serait pas pour des raisons idéologiques. Cela serait principalement à cause de sa personnalité. Et, dans une moindre mesure, à cause de son bilan. À l’opposé, si François Hollande l’emportait, cela ne serait pas pour son programme. Cela serait pour l’image radical-socialiste qu’il a réussi à donner de lui-même. Comme y était parvenu Jacques Chirac, en son temps.

Dans cette élection atypique, le choix porte davantage sur la personnalité des candidats que sur leurs orientations politiques. Aussi, tous les jeux ne sont pas faits. C’est ce qu’ont bien compris Nicolas Sarkozy et François Hollande. Ce n’est donc pas un hasard si l’un propose plusieurs débats, pour améliorer son image, et si l’autre les fuit voulant éviter de dégrader la sienne.

Si, malgré tout, François Hollande était élu, il le serait sur la base d’un grave malentendu. La gauche de son électorat sera très rapidement déçue de voir que, prisonnier de la dette publique, du déficit budgétaire et des taux d’intérêts obligataires, il sera dans l’incapacité de distribuer les rentes publiques auxquelles elle s’attend. Tandis que l’électorat centriste verra que la situation financière de la France s’aggrave encore, alors que la croissance ne sera pas au rendez-vous des promesses électorales. Au mieux le pays perdra cinq ans en attendant le prochain train des réformes. Au pire, il entrera dans une phase de fortes turbulences.

En cas de victoire de Hollande, un scénario à la grecque n’est pas à exclure. Après un bref moment d’euphorie, la France connaîtra une longue et profonde cure d’austérité qui secouera le malade. Au point qu’il voudra rapidement changer de médecin. Peut-être même d’hôpital en exigeant une sixième république ou en voulant quitter la zone euro.

Très certainement, les lendemains du grand soir du 6 mai 2012 ne chanteront pas, du moins pas très longtemps.

 

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